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Barbie botox, traptox, brotox : « Nous faisons face à des demandes atypiques »

Ressembler à une Barbie humaine, affiner ses mollets, s’offrir une partie de botox avec des copains… Venues des Etats-Unis, ces nouvelles demandes rendent perplexes les médecins esthétiques français. Petit florilège avec le Dr Nicolas Georgieu, membre de la Société française des chirurgiens esthétiques plasticiens (Sofcep).

Profession bien-être : Qu’est-ce qui est en train de changer aujourd’hui dans dans la médecine esthétique ?

Dr Nicolas Georgieu : Il y a une évolution constante. On voit arriver une clientèle plus jeune, mais aussi ultra renseignée, parce qu’elle est ultra connectée sur les réseaux sociaux. Ces jeunes femmes sont exigeantes et savent ce qu’elles veulent, le prix des injections, le produit qu’il faut injecter… Je trouve que ce sont des points positifs. On sait de quoi on parle, l’échange est constructif. Après, il y a les côtés négatifs, là où ça dérape : ce sont les dérives. Ce qu’on appelle aussi des «modes flash».

En quoi consistent, justement, ces dérives ?

Ces dérives sont des demandes atypiques ou des demandes sur lesquelles on ne peut pas répondre, voire des demandes qui n’ont pas de sens ! Par exemple, celle créée par les réseaux sociaux et les médias, le «Baby botox», qui émane de patientes très jeunes, c’est-à-dire 25-30 ans. En fait, on utilise ici le botox dans une approche préventive. On l’injecte de manière très légère dans le front, dans les pattes d’oie, afin d’éviter l’apparition des rides futures.

Ensuite, il y a ce qu’on appelle le Barbie botox, qui consiste à faire des injections très importantes dans les trapèzes, pour affiner le cou. Et là, on n’a aucun recul sur la quantité, les effets secondaires, et surtout ce type d’intervention déstabilise la statique du cou. Le risque, c’est qu’on ne puisse plus le retenir s’il y a un mouvement brusque ou si on freine en voiture, ni avoir un port de tête normal.

On peut aussi parler du «traptox», qui désigne une pratique où l’on injecte, là encore, du botox dans les trapèzes, uniquement pour affiner la partie basse du cou. Ou encore le «calf tox», où les injections se font dans les mollets, pour les affiner. Après, on ne peut plus faire de sport, faire des démarrages rapides quand on joue au tennis…

Il y aussi le « brotox »…

Alors, là, c’est plus une tendance. Le mot vient d’une contraction entre «brothers» et botox. On réunit des copains et, au lieu d’aller prendre une bière ensemble, on s’offre un petit coup de botox pour se sentir bien ! 

Comment réagissez-vous face à ce type de demandes ?

Injecter de grosses quantités de botox dans les trapèzes ou dans les mollets, ce n’est pas très cohérent. Ce n’est protocolisé, ni validé par la communauté scientifique et ça déstabilise des muscles qui sont utiles. Quand on en met dans les rides de la face, les quantités sont petites, juste pour pouvoir empêcher une contraction excédentaire. Mais là, c’est pour que le muscle ne bouge plus et s’affine…

Quelles sont les limites que vous vous fixez ?

Il y a les limites personnelles et il y a une limite éthique. Éthique, c’est notre métier, on ne peut pas faire n’importe quoi. On est quand même des thérapeutes. Même si on fait de l’esthétique, cela reste du soin. Ensuite, il y a ce qu’on ressent. On ne peut pas accéder à toutes les demandes, comme celles de patients qui veulent des corrections qui nous paraissent excessives au niveau des lèvres ou de la mâchoire. Il y a aussi un encadrement des produits injectables. Par exemple, le botox n’a une autorisation de mise sur le marché que pour certaines zones du visage. Point barre.

Propos recueillis par Georges Margossian.

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