Profession bien-être : Pourquoi un tel engagement pour ce métier ?
Angélique Gascoin : Je suis entrée dans ce métier il y a plus de vingt ans. D’abord par la pratique : j’ai exercé sur le terrain, transmis, conçu des produits, développé des concepts, structuré des équipes. J’ai compris en profondeur ce que ce métier exige, et surtout ce qu’il peut offrir lorsqu’il est exercé sérieusement.
Depuis toujours, j’ai la volonté de permettre à des jeunes femmes et des jeunes hommes de se projeter dans un vrai métier, choisi et assumé. Un métier qui a du sens, qui permet de gagner sa vie, d’entreprendre, de s’émanciper. Je tiens aussi à les sensibiliser très tôt à la réalité du terrain, c’est-à-dire la rigueur, les responsabilités, les enjeux sanitaires, économiques et humains.
Pour vous, l’ongle n’est donc pas, comme on l’entend parfois péjorativement, un « métier de bonne femme » ?
Certainement pas ! C’est une remarque que j’ai déjà entendue plus d’une fois. Et non, nous ne faisons pas que « peindre des ongles ». C’est un métier exigeant, qui mérite respect et reconnaissance. Tant que cette reconnaissance n’existera pas, tout le monde sera fragilisé : les professionnelles, les clientes et l’image du métier.
Vous y voyez un métier d’avenir, et non une tendance éphémère ?
Oui. La prothésie ongulaire a un véritable potentiel d’avenir. À condition d’être reconnue, structurée et encadrée. Je viens du terrain, et cette légitimité, je la revendique calmement. J’ai vu des vocations naître, des parcours se transformer, des indépendances se construire. J’ai aussi constaté les dérives et le flou réglementaire. Mon engagement aujourd’hui est guidé par une seule ligne : protéger le métier, celles et ceux qui l’exercent sérieusement, et les clientes.
Et je ne suis pas la seule. J’ai plusieurs casquettes : je suis vice-présidente au sein de l’Union des professionnels du bien‑être (UPB), où je représente les métiers de l’embellissement des ongles, des mains et des pieds. J’interviens également avec ma casquette Medef, convaincue que ce métier doit être reconnu à la fois comme un savoir-faire exigeant et comme un véritable levier économique et social.
Cette position me permet de faire remonter les réalités du terrain, de défendre une profession encore trop peu encadrée et de travailler à des solutions durables, en lien avec les institutions.
Ce ne sont pas vos seules casquettes. Puisqu’après vingt ans, vous venez de quitter L’Onglerie…
L’Onglerie a été une aventure fondatrice, exigeante et profondément engageante. Quitter cette marque a été une décision difficile, à la fois humaine et émotionnelle. Elle est intimement liée à mon histoire, et j’y ai consacré plus de vingt années de ma vie.
Mais après l’avoir modernisée, repositionnée et solidement structurée, il a fallu faire preuve de lucidité. Mes ambitions dépassaient le cadre d’une seule marque. Aujourd’hui, l’enjeu est plus large. C’est le métier dans son ensemble qui se fragilise.
Les pratiques non encadrées, les produits non conformes et la confusion générale nuisent à tout l’écosystème. Nous ne parlons plus seulement d’image ou de concurrence, mais bien de santé publique.
C’est pour cela que j’ai choisi d’agir à un autre niveau. J’ai rencontré à plusieurs reprises des ministres, j’ai rendez-vous très prochainement à la DGE, et plusieurs sénateurs soutiennent cette démarche. Cette exposition engage, mais elle confirme surtout que le sujet est devenu incontournable.
Cela ne vous empêche pas de dynamiser une autre marque…
C’est vrai, j’ai repris la direction de la société M’Novae, une marque qui partage profondément cette vision du métier et de son écosystème. Ce n’est pas une rupture, mais une continuité cohérente. Avec Gabriel, son fondateur, nous portons des valeurs communes et une même exigence de sérieux, de structuration et de projection à long terme. Nous travaillons sur plusieurs projets pensés pour servir le métier, pas pour l’exploiter.
Les diplômes esthétiques actuels ne préparent-ils pas à la prothésie ongulaire ?
La prothésie ongulaire n’est pas un complément de l’esthétique. Elle s’appuie sur des savoir-faire distincts, qui reposent sur la maîtrise de la matière, de la chimie, de l’architecture de l’ongle, une hygiène irréprochable et une grande précision gestuelle.
Il s’agit donc d’un métier technique à part entière, qui exige une formation adaptée et une actualisation permanente des compétences. Les dérives observées aujourd’hui dans l’esthétique au sens large posent un vrai problème de sécurité et de santé publique.
Travailler sur le corps, l’ongle ou la peau sans cadre clair ni compétences solides est dangereux, pour les clientes comme pour les professionnelles. Avec l’émergence de nouveaux métiers et de nouvelles technologies, ne pas encadrer ces pratiques serait une faute collective.
Mais le CAP devrait répondre à cet encadrement ?
Il faut être lucide. Le système actuel est incohérent. La manucure est réservée aux esthéticiennes diplômées, tandis que la prothésie ongulaire peut être exercée sans CAP. Comment accepter que l’on travaille la matière sans maîtriser pleinement l’ongle naturel, la peau et les règles sanitaires fondamentales ?
L’objectif n’est pas de retirer la manucure des référentiels des diplômes d’État. Ces diplômes ont leur place, même s’ils sont, à mon sens, vieillissants. L’enjeu est de créer un véritable titre dédié à la prothésie ongulaire, reconnu par les pouvoirs publics et aligné sur la réalité du terrain.
Notre métier est à un point de bascule. Soit nous restons dispersés et d’autres décideront pour nous, soit nous choisissons de nous unir, avec lucidité et responsabilité, pour structurer notre avenir. Je ne cherche pas à rallier tout le monde. Je cherche à rassembler celles et ceux qui veulent élever ce métier, pas l’exploiter. Quand un métier sait où il va, il n’a plus besoin de se justifier.
Propos recueillis par Siska von Saxenburg.
Présente à Beauty Profs Paris, les 14 et 15 mars prochains aux Docks de Paris,sur le stand MNails, Angélique Gascoin répondra aux questions de tous ceux qui appellent aujourd’hui à un cadre clair pour exercer sereinement leur métier.
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