Profession bien-être : La beauté sélective connait une forte progression depuis le début de l’année, après avoir frôlé les 8% de croissance en 2023. Comment expliquez-vous cette dynamique, alors que le contexte économique, inflationniste l’an dernier, pouvait laisser présager des résultats moins favorables ?
Emmanuel Le Roch : Il est difficile de comprendre pourquoi certains acteurs du secteur de la beauté et de la parfumerie connaissent une forte croissance dans tous les segments. D’un côté, les marques d’entrée de gamme connaissent un véritable succès, même des marques plus accessibles parviennent à se démarquer, et, de l’autre, un acteur comme Sephora, par exemple, continue à afficher une solide performance.
Une explication possible réside dans les comportements des consommateurs. Ils font des arbitrages sur plusieurs critères, mais celui du prix semble être prépondérant. Le secteur a bénéficié d’une augmentation générale des prix, ce qui lui a permis de maintenir des promotions régulières. Et ces promotions, aujourd’hui, sont un moteur essentiel de la consommation dans les parfumeries. Cela explique en partie pourquoi certains acteurs parviennent à maintenir leur dynamique malgré des prix plus élevés.
À la différence d’autres secteurs, j’ajoute que la beauté et la parfumerie semblent relativement épargnées par les critiques sociétales liées à l’environnement, comme celles concernant la consommation d’eau ou la destruction des écosystèmes. Contrairement à l’industrie textile, qui fait l’objet de nombreuses attaques, elles ne sont pas encore confrontées à ce type de pression médiatique.
Enfin, n’oublions pas que la santé et le bien-être occupent une place croissante dans les préoccupations des consommateurs. Au-delà de la consommation de produits, il s’agit d’un désir de mieux-être personnel et d’une attention accrue à sa propre santé. Cela doit aussi jouer favorablement sur le marché de la beauté, où les consommateurs cherchent à s’occuper d’eux-mêmes et à se sentir bien dans leur peau.
Quel est l’impact de l’e-commerce sur les ventes en magasin ?
Le commerce en ligne dans la beauté et la santé connaît une accélération depuis le début de l’année. Cette tendance s’est inversée par rapport aux deux dernières années où les magasins physiques avaient connu une croissance plus rapide que celle du Web. Le secteur de la beauté profite de la réputation du web, perçu comme un lieu où les promotions sont fréquentes, ce qui attire particulièrement les consommateurs sensibles aux prix.
Peut-on parler d’une accélération de la transition digitale ?
En tout cas, je relève que les grands acteurs sont aujourd’hui assez performants sur le digital. En 2024, le Web a eu tendance à croître plus vite que les magasins. Les comportements des consommateurs semblent plus liés à la recherche de bonnes affaires et à des prix avantageux. Et quand on est très attaché au prix, c’est toujours plus favorable au Web. Cela étant, dans la beauté et la santé, la différence entre les ventes en ligne et en magasin reste relativement classique. Il n’y a pas de transfert majeur vers les ventes numériques comme on peut l’observer dans d’autres secteurs.
Compte tenu du contexte politique et économique, comment anticipez-vous le comportement des consommateurs dans les semaines à venir ?
On estime que les achats pour les fêtes de fin d’année ne seront pas fortement affectés par les incertitudes politique et économique. Les consommateurs semblent déjà avoir pris leur décision d’achat et la volonté de se faire plaisir reste présente. On constate aussi que les achats de Noël ont commencé un peu plus tard cette année, et qu’ils ont été accélérés par le Black Friday, avec un fort afflux de consommateurs qui attendent cette période pour se lancer.
Pour autant, bien que l’impact de la situation politique ne soit pas encore très visible sur la consommation, une inquiétude persiste pour les mois suivants. En début d’année 2025, la situation politique pourrait avoir un impact significatif sur la confiance des consommateurs. Cela pourrait se traduire par une baisse de la consommation dans les mois à venir. La situation demeure à ce jour incertaine.
Propos recueillis par Georges Margossian.
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