Beauté

Bien-être

Business

Chez L’Oréal, même le futur a un plan marketing

L'Oréal

Pour son dixième anniversaire au salon VivaTech (17-20 juin), L'Oréal n'a pas lésiné sur les moyens pour séduire les geeks de la beauté. Du jumeau numérique du cheveu à la cartographie de l'âge biologique de la peau, le groupe dévoile une série de technologies destinées à personnaliser les soins.

Impossible de manquer le stand L’Oréal à VivaTech. Avec le savoir-faire marketing qu’on lui connaît, l’entreprise qui a fait de la teinture capillaire une science commencera par en mettre plein les yeux avant même de parler cosmétique. 

Le géant mondial accueillera les visiteurs avec «Kallisté», une installation monumentale mêlant création artistique et intelligence artificielle. Vidéo conçue pour provoquer une sensation de détente ou de bien-être grâce à des stimuli sensoriels, création sonore immersive accordée à 330 Hz et une scénographie réalisée par une trentaine d’artisans, techniciens et créateurs… 

Il est décidément loin le temps où, en 1907, le jeune chimiste Eugène Schueller élaborait dans sa cuisine sa première formule de coloration. Un siècle plus tard, L’Oréal parle de jumeaux numériques, de biomarqueurs et d’intelligence artificielle.

Demain, un produit capillaire pourra être évalué sur un cheveu virtuel avant même d’être formulé. Une caméra détectera l’état d’un cuir chevelu avant l’apparition de déséquilibres visibles. Et l’âge biologique de la peau sera cartographié avant l’apparition des premiers signes de vieillissement. À VivaTech 2026, L’Oréal entend ainsi imposer sa vision du futur de la beauté. Les adeptes du low-tech, prière de passer votre chemin… 

Anticiper pour lancer plus vite

Certes, les visiteurs familiers de VivaTech, dont votre serviteur, ne seront pas totalement dépaysés. Voilà plusieurs années déjà que le groupe explore les promesses de l’IA, de la personnalisation et des appareils connectés. Alors, qu’est-ce qui change vraiment ? La réponse tient en un mot : l’anticipation.

L’an dernier encore, le groupe présentait Noli, une marketplace beauté capable d’analyser plus d’un million d’indicateurs cutanés dans le but de recommander des produits adaptés à chaque profil. Côté coiffure, AirLight Pro promettait de réinventer le séchage grâce à une combinaison d’infrarouge et d’air pulsé.

Cette année, le curseur se déplace. Il ne s’agit plus seulement de recommander le bon produit ou d’améliorer l’efficacité d’un appareil, mais de comprendre, mesurer et, autant que possible, prédire. C’est le cas avec le jumeau numérique du cheveu. Derrière ce nom emprunté à l’aéronautique se cache un modèle virtuel en trois dimensions capable de reproduire le comportement de différents types de cheveux. 

L’objectif des blouses blanches de L’Oréal était de tester des molécules avant même les essais physiques et d’accélérer le développement de futurs produits. Pari gagné, donc. Et c’est sans doute l’innovation la plus disruptive du stand. Car dans la beauté, il y a un sprint permanent. Le consommateur en veut toujours davantage, nous dit-on. Le cycle de vie des produits se réduit donc chaque année un peu plus. Et au bout du compte, ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne, mais le premier.

Le cuir chevelu passe au scanner

L'OrealL’Oréal profite aussi de son show à Vivatech pour mettre en avant son K-Spa, un nouveau concept de spa capillaire développé par Kérastase à destination des salons professionnels. Au temps des shampoings, tout était simple. «Laver la laine, laver les cheveux, c’est laver une même fibre», écrivait Eugène Schueller. Aujourd’hui, chaque protocole débute par un «K-Scan», une caméra de diagnostic du cuir chevelu alimentée par intelligence artificielle. 

Déjà déployé dans plus de 9 000 salons, cet outil est conçu pour analyser l’état du cuir chevelu et accompagner la personnalisation des soins. Le parcours se poursuit avec «K-Station», un appareil associant plusieurs technologies de soin destinées aux cheveux et au cuir chevelu. Il ne reste plus au coiffeur qu’à appuyer sur les bons boutons. Ou presque. 

Dans l’univers du coiffage, L’Oréal présentera aussi «Light Straight + Multi-Styler». Un nom qui en impose… L’appareil utilise une technologie brevetée de lumière proche infrarouge destinée à agir sur les liaisons hydrogène du cheveu. Ces liaisons faibles, qui se cassent et se reforment naturellement lors du coiffage, jouent un rôle important dans la capacité du cheveu à changer temporairement de forme. 

La promesse de L’Oréal se veut révolutionnaire : lisser les cheveux en chauffant moins. Là encore, difficile de ne pas penser à AirLight Pro présenté l’an dernier. La logique reste similaire : utiliser la lumière infrarouge pour limiter le recours à la chaleur et préserver davantage la fibre capillaire.

De l’anti-âge à la longévité

L’Oréal aime bien changer les mots. Après l’anti-âge, voici donc la longévité. Une thématique annoncée tambour battant l’an dernier. Sur le fond, le message reste banal : mieux vaut prévenir que guérir… Au passage, l’univers du bien-être n’a pas attendu les biomarqueurs pour appliquer ce principe de bon sens.

Aujourd’hui, la différence tient surtout aux outils mobilisés. Avec «Longevity AI Cloud», le groupe de cosmétiques affirme pouvoir analyser plus de 260 biomarqueurs afin de cartographier l’âge biologique de la peau. Un «Skin Decoder» complète le dispositif grâce à une imagerie 3D capable de visualiser collagène, tissus et paramètres cellulaires.

L'Oréal

Le futur se porte sur le visage

Cette vision trouve déjà des débouchés concrets. Lancôme profite ainsi de VivaTech pour présenter son masque «Led Absolue Longevity MD». Équipé de 208 Leds et développé autour de deux longueurs d’onde, cet appareil sera lancé mondialement en 2027. La mariée est belle : diagnostic, mesure, Led, longévité… Tous les ingrédients de la beauty tech premium sont désormais réunis.

Au fond, la véritable nouveauté de cette édition 2026 n’est peut-être ni l’intelligence artificielle, ni les appareils connectés, ni même les diagnostics numériques. Tout cela existait déjà dans les présentations précédentes du groupe. Ce qui change, c’est sans doute la volonté de faire du diagnostic prédictif le point de départ de toute l’expérience beauté. 

Car celui qui maîtrise le diagnostic maîtrise aussi la recommandation. Et celui qui maîtrise la recommandation a généralement quelques produits à vendre derrière… Une façon pour L’Oréal de redessiner sa propre vision du futur. Reste à savoir si les consommateurs auront envie d’y vivre.

LIRE AUSSI : Beauty Tech : L’Oréal bascule dans l’ère de l’IA générative à grande échelle

Facebook
LinkedIn
WhatsApp
Email
Dans la même catégorie

Nous utilisons des cookies