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« Les conditions de travail, dans la coiffure, on n’en parle jamais »

Opération conditions de travail organisée par la CFDT à Brest

Salués comme «essentiels» durant la crise sanitaire, les salariés de la coiffure, composés à une écrasante majorité de femmes, n’ont pas vu pour autant leurs conditions de travail s’améliorer, selon Virginie Jouan, secrétaire générale de la CFDT services et commerce du Finistère.

Entre le rêve de glamour et les réalités du métier, il y a un écart dont on ne parle jamais – ou si peu. Les coiffeuses, comme les esthéticiennes, qui ont le privilège de rendre belles leurs clientes, de s’occuper d’elles et de les écouter, ont toujours eu une certaine pudeur à évoquer leurs difficultés au travail.

A Brest, Virginie Jouan est partie à leur rencontre, avec la complicité de deux esthéticiennes, Pauline Richard et Océane Piette, qui ont prêté, à cette occasion, leur salon de beauté itinérant pour les accueillir dans un cadre intimiste et convivial.

Virginie JouanProfession bien-être : Pourquoi cette initiative ?

Virginie Jouan : Des salariées sont venues nous voir au syndicat pour parler de leurs problèmes. On s’est aperçu que leurs cas personnels n’étaient pas isolés. On a alors décidé de lancer une action sur Brest pendant trois ans, quatre après-midi par année, en partenariat avec le beauty truck «Beauty Sisters». Cette année, on a eu deux dates en mai et deux dates en octobre. On redémarre une nouvelle édition en 2023, sans doute au printemps, et une dernière en 2024. Les personnes qui sont venues, souvent par le bouche-à-oreille, étaient principalement des coiffeuses.

Pourquoi est-ce si important que les salariées des salons de coiffure s’expriment ?

On voit bien qu’il y a tout un tas d’événements autour de ce métier, des salons, des récompenses, comme le meilleur ouvrier de France, c’est très bien, le métier d’artisan, c’est un très beau métier, mais on ne parle jamais des problèmes professionnels que rencontrent les salariés au quotidien. Et pourtant, tous ces petits salons, dans lesquels ils travaillent, font l’économie d’une ville. On estime que 500 salariés, dans la coiffure et l’esthétique, sont concernés sur le bassin brestois.

Qu’est-ce qui rend le métier de la coiffure si particulier à vos yeux ?

Il y a d’abord une majorité de femmes, ce qu’on oublie souvent, avec 21% de CDD et 79% de CDI. Il y a aussi une ancienneté moyenne de 6 ans. C’est un fort indicateur qui montre qu’il y a un problème de fidélisation des salariés avec un turnover très élevé. Enfin, on note que 95% des employés sont quand même des jeunes. Seulement moins de 10% ont plus de 50 ans. Cela veut dire que c’est un métier qui est abandonné en cours de route par les salariés. Et encore ! Sur les 95% des employés qui sont jeunes, plus de la moitié a moins de 30 ans…

Quand les coiffeuses viennent vous voir, qu’est-ce qu’elles vous disent ?

Toutes celles que nous avons reçues nous ont dit que le droit du travail était peu abordé durant leur formation. Du coup, quand elles arrivent dans un salon et qu’elles commencent à rencontrer des problèmes, elles ne savent pas vers qui se tourner. Par exemple, je n’ai pas de BP mais ma patronne me demande de tenir le salon…

Souvent, elles écoutent leur employeur. Parfois ça se passe très bien, bien sûr, mais elles ne reçoivent pas toujours la bonne information. En plus, l’employeur, étant aussi un artisan, n’a pas forcément les bons renseignements. Deux tiers des salons sont des indépendants. Il y a une majorité de petites entreprises, et donc pas de représentation du personnel. C’est pourquoi les négociations, c’est toujours compliqué dans des petites structures.

Quels sont les problèmes les plus souvent évoqués ? 

Les bulletins de salaire, les heures supplémentaires ou encore la pause du midi, qu’elles n’ont quasiment pas. Le plus souvent, elles mangent debout, parce que les salons ne ferment généralement pas le midi. Elles parlent souvent des amplitudes horaires, qui sont importantes dans leur métier. Pas de pause le midi, le soir, elles finissent tard, le samedi, elles travaillent… Et dès qu’elles commencent à avoir des enfants, elles se rendent compte que concilier vie privée/vie professionnelle, c’est compliqué.

L’autre point, souvent évoqué, ce sont les produits chimiques. Dans beaucoup de magasins, il y a un problème d’aération. Certaines salariées se retrouvent avec des migraines, qu’elles attribuent à ces produits. J’ai aussi rencontré deux salariées qui s’étaient retrouvée en inaptitude, parce qu’elles ont fait une allergie au niveau des mains aux produits capillaires. Elles ne pouvaient plus exercer ce métier, et donc, il fallait qu’elles se réorientent vers autre chose, après avoir quitté l’école très tôt, avec un CAP ou un BP.

Les conditions de travail se sont dégradées après la crise sanitaire, selon vous ?

Non, je pense que ça a toujours été comme ça, mais on n’en parle jamais.

Selon vous, la faiblesse des salaires est-elle une des causes de la difficulté à trouver du personnel dans les salons ?

En fait, c’est lié. Le recrutement, cela passe par l’amélioration des conditions de travail et par une revalorisation des salaires. Les coiffeuses sont un peu à bout de souffle sur leurs conditions de travail et, du coup, elles estiment qu’elles ne sont pas assez payées. Ce qui est tout à fait normal, puisqu’elles sont aux alentours du Smic. Et puis, elles voient ce qui se passe à côté et se rendent compte que ça bouge un peu. Dans la branche Hôtels Café Restauration, on a quand même réussi à obtenir une revalorisation salariale importante, puisque c’était gelé depuis un moment.

La fermeture de certains salons le week-end, ça va dans le bon sens ?

Oui, bien sûr. Les femmes qui ont des enfants ont envie d’être avec eux le week-end, se balader ou les aider à faire leurs devoirs, puisque, le reste de la semaine, ils sont à l’école, alors qu’elles finissent de travailler tard, le soir…

Propos recueillis par Georges Margossian. 

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