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Défaillances d’entreprises : « La coiffure va connaître la pire année de son histoire »

Défaillances d'entreprises

Avec 401 procédures collectives (sauvegarde, redressement ou liquidation) enregistrées au troisième trimestre dans la beauté et le bien-être, le niveau annuel devrait dépasser celui de la période pré-Covid. Le point avec Thierry Millon, directeur des études du cabinet Altares.

Thierry MillonProfession bien-être : Le secteur de la coiffure doit-il s’attendre au pire d’ici à la fin de l’année ?

Thierry Millon : En 2023, la coiffure va connaître la pire année de son histoire en termes de défaillances. Jamais ce secteur n’a été aussi sinistré. On peut dire qu’il souffre beaucoup plus que celui des soins de beauté. Et d’ici à 2024, il y a peu de chances que la tendance s’inverse. Les salons, comme les instituts, vont avoir en plus des charges courantes, qui ont augmenté du fait de l’inflation et, avec l’hiver, viendront s’ajouter des dépenses liées aux contraintes de chauffage avec un coût de l’énergie qui augmente.

L’Insee table sur un ralentissement de la hausse des prix, ce qui libèrerait du pouvoir d’achat. Les coiffeurs et les esthéticiennes peuvent-ils espérer, selon vous, une reprise de la consommation ?

On ne peut pas raisonnablement imaginer que la consommation des ménages puisse à ce point redémarrer et que ça redynamiserait le secteur d’ici à la fin de l’année. Elle pèse déjà depuis longtemps sur les comptes des salons et des instituts et, pour le moment, cette tendance ne s’inverse pas. Cette situation condamne une grande partie des acteurs qui étaient sur la corde raide. 

Lorsqu’un client ne prend plus qu’un rendez-vous par mois, au lieu de deux ou trois, c’est autant de chiffre d’affaires qui est irrattrapable. Cela conduit à un effet de ciseau catastrophique lorsque, dans le même temps, le niveau d’exploitation a fortement augmenté, parce qu’il y a une dette Covid – un PGE ou une dette sociale – qui reste à rembourser.

Le prêt garanti par l’Etat (PGE) a été une bouée de sauvetage pour de nombreux salons durant la crise sanitaire. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Un salon de coiffure habituel, mettons de deux personnes, pouvait avoir, à la fin de l’année 2021, lorsque les remboursements ont commencé à s’effectuer, la perspective d’un retour d’activité qui lui permettrait d’absorber une augmentation des montants à payer pour rembourser son PGE.

Mais aujourd’hui, le chiffre d’affaires n’est pas là et les échéances de PGE, depuis la fin 2021, peuvent avoir conséquemment augmenté. On peut ainsi partir d’une échéance de 50 euros, il y a deux ans, pour arriver à des montants à rembourser, aujourd’hui, cinq à dix fois plus élevés. C’est une charge qui vous colle au doigt comme le sparadrap du capitaine Haddock !

Le fait qu’il y ait un nombre trop élevé de salons de coiffure en France aujourd’hui, comme le soutiennent des organisations professionnelles comme l’Unec, peut-il également expliquer cette accélération des défaillances dans le secteur ? 

Bien évidemment, et ce n’est pas propre à la coiffure. On peut aussi prendre un secteur qui est dans une situation comparable, comme celui de la restauration rapide, dont l’offre a explosé. Aujourd’hui, il n’y a pas suffisamment d’activités pour autant d’acteurs. C’est un peu pareil pour la coiffure avec une observation qui doit être différente selon que nous raisonnons en ruralité ou en métropole.

Comment expliquez-vous que, malgré cette hausse des défaillances, les créations d’entreprises ne chutent pas, notamment dans la coiffure ?

Cela veut dire qu’il y a, à la fois, comme pour les instituts de beauté mais dans une moindre mesure, des acteurs qui rentrent sur ce marché et qui ne sont pas tous des salons ou des instituts. Ce sont des acteurs qui font de la coiffure ou de l’esthétique à domicile. Ils ne souffrent donc pas des mêmes contraintes d’exploitation.

Les coiffeurs ont longtemps tergiversé sur la nécessité d’augmenter ou non leurs tarifs. Ont-ils eu raison ?

Ceux qui ne l’ont pas fait sont passés à côté d’une opportunité qui aurait soulagé leur trésorerie. Tout le monde, quel que soit le secteur, a augmenté ses prix. La difficulté, c’est de le faire à la hauteur de l’augmentation des charges d’exploitation. C’est compliqué, parce qu’il ne faut pas confondre hausse des charges et inflation !

Si l’inflation doit être compensée, on ne peut pas augmenter ses prix de 20%, car les clients ne comprendraient pas… Dans le même temps, vous ne pouvez pas non plus faire payer aux clients le poids de votre dette Covid. Il faut donc jouer sur la carte de la disponibilité, de l’agilité, du service et du conseil.

Pour les petites structures, c’est un peu compliqué d’envisager des solutions de rebond ou de réorganisation. Ce que vous avez la possibilité de faire, c’est d’allonger la durée d’ouverture, travailler sur les horaires, avec toujours la même question : est-ce que le client sera là ?

Comme voyez-vous l’année 2024 ?

En toute hypothèse, on attend un retour de la consommation des ménages. L’épargne est revenue sur des niveaux importants. L’argent est donc là, mais le retour de la consommation devrait se faire de façon très progressive. En revanche, sur les défaillances, je pense que nous allons toucher un plafond au cours du premier semestre 2024.

Propos recueillis par Georges Margossian. 

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