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Comment Capillum transforme les coiffeurs en acteurs du recyclage

Les fondateurs de Capillum

Quel est le point commun entre une fibre capillaire, la création de micro-forêts et la lutte contre les marées noires ? L’économie circulaire… Et la start-up Capillum compte bien révolutionner les pratiques dans la coiffure en créant une véritable filière de recyclage du cheveu en France, explique son co-fondateur, James Taylor.

James Taylor CapillumProfession bien-être : Vous demandez aux coiffeurs de conserver chaque mèche de cheveux qu’ils coupent. Qu’est-ce que vous en faîtes ?

James Taylor : On a constaté que le cheveu, en tant que fibre capillaire, pouvait remplacer de nombreuses fibres plastiques. On a étudié pendant deux ans ce qu’on pouvait en faire, rencontré des industriels et, finalement, on a choisi deux axes de valorisation : le paillage et les produits d’absorption, qui permettent de capter les hydrocarbures.

Pourquoi le paillage ?

Il y a une vraie demande de la part des acteurs du marché. Ces derniers nous ont dit qu’ils utilisaient énormément de produits plastiques, notamment ces grosses bâches noires qui ressemblent à des sacs poubelle et qu’on voit dans les champs et les jardins. Ils sont destinés à garder la chaleur et à éviter l’évaporation de l’eau des sols. Mais le cheveu a aussi un fort pouvoir isolant. De plus, il limite, de par son opacité, la pousse des mauvaises herbes. Un point important : le cheveu, c’est la seule fibre qui ne nécessite pas des centaines de litres d’eau pour pousser, mis à part ce que l’on boit !

Le marché est important ?

Oui, car il y a environ 17 millions de jardiniers amateurs en France ! Notre objectif est d’être référencés par les grands magasins spécialisés. Et puis, on s’adresse aussi à des acteurs forestiers qui font pousser des micro-forêts destinés à créer des espaces de fraîcheur ou de biodiversité dans les villes. Ils sont intéressés par nos disques de paillage, qui leur permettent de consommer moins d’eau et d’accompagner naturellement le développement des arbres. Aujourd’hui, la ville de Volvic a remplacé tout ce qu’elle utilisait par nos produits.

Comment vous différenciez-vous ?

On a une technicité supplémentaire. Par exemple, on n’a pas un tapis moucheté, du fait d’avoir des cheveux de différentes personnes. Visuellement, on voit qu’il est très homogène. Notre process industriel permet d’avoir un produit standardisé, reproductible, avec toujours le même niveau de qualité. C’était capital pour les acteurs, qui ne voulaient pas avoir un décalage de performance pour le même prix.

Que proposez-vous au secteur pétrolier ?

Des produits absorbants qui offrent la possibilité de capter les hydrocarbures. C’est là où on s’est dit que, pour répondre à un cahier des charges très rigoureux, il fallait qu’on structure la filière, car personne n’a encore réussi à créer un produit qui soit assez qualitatif pour se substituer à ce qui est utilisé actuellement, à savoir le polypropylène. Ce travail commence à porter ses fruits : on vient d’apprendre qu’on a été labellisé Greentech, ce qui veut dire que la ministre de la Transition énergétique a reconnu que Capillum était d’intérêt environnemental sur le territoire français.

Vous êtes pionniers dans ce type de recyclage ?

Non, pas du tout. On ne revendique pas d’avoir inventé le recyclage des cheveux. Il faut savoir que le peuple mongol, il y a 5 000 ans, utilisait déjà ses cheveux pour isoler ses yourtes ! Nous, ce qu’on a réussi à faire, c’est de professionnaliser une filière pour que tous les acteurs de l’écosystème puissent utiliser des cheveux, plutôt que du pétrole.

Tout repose donc sur leur collecte. Comment les coiffeurs ont-ils accueilli votre initiative ?

Très bien. Les cheveux représentent entre 50 et 60% de ce qu’ils jettent par an. Ils ont donc vraiment envie de contribuer à cette démarche, à condition, toutefois, que ce ne soit pas contraignant. C’est pourquoi on leur propose, pour 149 euros HT par an, plusieurs services : un espace client où ils peuvent déclencher directement leurs collectes, sans frais supplémentaires, un kit de communication composé d’un «Capi’bac», où ils peuvent déposer les cheveux, et un référencement sur notre site, où les clients peuvent trouver près de chez eux des salons engagés dans le recyclage. Un peu plus 3 000 salons adhèrent aujourd’hui à notre démarche, qu’on partage désormais avec les coiffeurs à domicile.

Quels sont vos objectifs ?

D’ici 2025, on vise 10 000 salons de coiffure qui adhèrent à notre démarche, soit salon sur sept qui serait Capillum.

Vous avez rencontré votre associé Clément Baldellou sur les bancs de l’ESC Clermont Business School en 2018. Un an après, vous lanciez Capillum. Comment faites-vous pour financer vos projets ?

On est parti de rien, c’est vrai ! On a commencé à faire quelques concours, qui nous permettaient d’avoir nos premiers fonds. Pour l’instant, notre chiffre d’affaires est en grande partie liée aux adhésions des coiffeurs, qui nous permettent de leur apporter une solution clé en main. Et nous ne margeons pas sur cette activité. C’est la vente de produits naturels que l’on propose en substitution des produits pétrochimiques, qui financera notre développement.

En attendant, on a réalisé une levée de fonds de 1,3 million d’euros en décembre 2021. Notre chiffre d’affaires devrait passer de 50 000 euros à 350 000 euros à la fin de l’année, avec déjà dix salariés. L’enjeu, pour nous, c’est la pérennité d’un acteur de l’économie circulaire.

Comment voyez-vous l’évolution de Capillum ?

On a d’autres idées pour faire du cheveu la fibre de demain avec toujours la même ambition, c’est-à-dire, soit participer au progrès médical, soit se substituer aux ressources pétrochimiques, avec, si possible, une économie d’eau. Pour cela, on a mis sur pied un pôle R&D, où on travaille sur l’extraction de la kératine, avec pour but d’améliorer les soins de la peau.

Propos recueillis par Georges Margossian.

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