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Christophe Doré : « Attention à ne pas créer une multitude de centres de formation »

Nouvelles mesures pour le lycée professionnel

Minima sociaux, pouvoir d’achat, lycée professionnel… La rentrée sociale s’annonce chargée dans un contexte de forte hausse des prix. En exclusivité pour Profession bien-être, le président de l’Union des entreprises de coiffure (Unec), Christophe Doré, fait le point sur les principaux dossiers.

Profession bien-être : Commençons, si vous le voulez bien, par les minima sociaux. Faute d’accord, les discussions ont été suspendues cet été entre les organisations patronales et les syndicats. Où en est-on à la rentrée ? 

Christophe Doré : Du fait de l’inflation, les augmentations du Smic se succèdent, ce qui fait que la coiffure, en termes de négociations, est toujours en retard. Je rappelle que, depuis 2019, nos propositions ont toujours été refusées. Et comme les organisations patronales ne parvenaient pas à tomber d’accord entre elles, les discussions ont été difficiles. Je comprends les organisations de salariés, mais il faut aussi qu’on s’entende. La coiffure est composée de très petites entreprises, avec, en moyenne, 2,3 salariés. Il faut que les chefs d’entreprise puissent leur donner ce salaire et l’assumer.

La loi sur le pouvoir d’achat, votée cet été, comporte une disposition qui prévoit que si une branche professionnelle reste durablement avec des paliers inférieurs au Smic, le ministère du Travail peut procéder à la fusion administrative des champs conventionnels, c’est-à-dire avec d’autres branches que la coiffure. Ce texte est-il de nature à accélérer les négociations, selon vous ?  

La coiffure ne peut pas accepter ça, car nous avons toujours négocié. Négocier ne veut pas dire aboutir. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas négociation, sous prétexte que les organisations salariales ne veulent pas signer ou que les patrons ne trouvent pas de position commune. Nous, nous avons toujours été dans l’échange. Et puis, rappelons-le, c’est le ministère qui préside nos séances. Par conséquent, ils savent très bien comment se déroulent nos discussions.

Vous êtes optimiste ?

Je ne sais pas si on peut parler d’optimisme dans la situation actuelle. Il faut être responsable et raisonnable. Je souhaite que, de part et d’autre, des efforts soient faits. Les minima conventionnels ne sont qu’un point, qui permet de cheminer vers la négociation salariale pour chaque salarié de l’entreprise. Moi, je ne suis là que pour négocier les minima conventionnels.

Les salons sont-ils prêts à augmenter les salaires ?

Non, il n’y a plus de grain à moudre. On sort quand même de deux ans de Covid. Même si on a été reconnu essentiels, les marges des entreprises de coiffure sont encore très difficiles à augmenter. Aujourd’hui, on n’a toujours pas retrouvé les chiffres de 2019. De plus, l’augmentation des coûts de l’énergie vient se greffer à toute cette problématique. En 2022, on s’oriente vers un recul du chiffre d’affaires compris entre -5 et -15% pour l’ensemble du secteur.

La prime Macron est-elle un bon moyen de redonner du pouvoir d’achat sans toucher aux salaires ?

La prime Macron reste quelque chose de difficile à mettre en place. On peut inventer toutes les primes du monde, si vous n’avez pas les moyens de les donner, c’est compliqué. Par contre, quand je vois dans la loi de finance rectificative, qu’on octroie une réduction des charges aux entreprises de plus de 20 salariés et qu’il n’y a rien pour les autres, j’estime qu’on marche sur la tête ! C’est justement les petites entreprises qu’il faut aider.

Dans le paquet de mesures adopté par les parlementaires cet été, il y a l’épargne salariale. C’est une piste pour les salons ?

Excusez-moi, mais on est sur des petites entreprises, avec des marges faibles. Je pense que, pour un métier comme le nôtre, l’intérêt n’est pas là. Il est dans une réduction de charges, que l’entreprise supporte chaque mois, et un taux de TVA réduit pour la profession. Une autre proposition : si demain le gouvernement supprime les charges sur les heures supplémentaires, cela va se ressentir immédiatement sur le pouvoir d’achat.

La réforme des lycées professionnels fait partie des grands chantiers de la rentrée. Peu de pistes ont encore été présentées, mais Emmanuel Macron a évoqué des stages plus longs et mieux rémunérés. Qu’est-ce que vous en attendez ? 

J’attends d’avoir plus d’information. Attention à ne pas avoir une concurrence démesurée entre les CFA et les lycées professionnels. Autre point de vigilance : la réforme de la formation professionnelle, telle qu’elle a été écrite, a commencé par mettre en exergue des formations qui n’existaient pas auparavant. Donc, attention à ne pas créer une multitude de centres de formation. Si on a plus de formations qu’on a de jeunes, ça ne sert à rien…

Il faut plutôt aider et accompagner les formations qui sont habilitées, qui ont la reconnaissance du public et des coiffeurs. Car un jeune qui entre dans un lycée professionnel, c’est peut-être, parfois, par manque de maturité. Il faut donc laisser à ces jeunes le temps de maturer leur projet. A l’inverse, une réforme de la formation professionnelle avec les lycées, mixant le fait qu’on peut démarrer en lycée professionnel et après aller en centre de formation, c’est cohérent.

Quel est le moral des coiffeurs aujourd’hui ?

On sent l’inquiétude monter, notamment sur la problématique du recrutement. Inquiétude, également, par rapport à l’énergie. Quand la Première ministre dit qu’il faut que les entreprises s’engagent à faire des économies d’au moins 10%, d’accord, mais comment je fais dans mon salon de coiffure ? Je pense que si on avait déjà trouvé des réponses à ces questions, je l’aurais certainement fait depuis longtemps !

Quand je lave les cheveux de mes clientes, il faut que l’eau soit chaude, quand elles ont les cheveux mouillés, il ne faut pas qu’elles aient froid, le sèche-cheveux consomme toujours pareil… Bref, tout le monde est donc un peu dans l’expectative et attend de voir ce qui va se passer. Néanmoins, la coiffure reste optimiste. On voit bien qu’il y a un engagement des professionnels sur l’apprentissage, ce qui montre qu’il y a un véritable espoir en l’avenir.

Propos recueillis par Georges Margossian.

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