Couleurs Gaïa est l’une des marques pionnières de la coloration végétale à destination des salons de coiffure. Et depuis sa création, il y a une quinzaine d’années, le marché professionnel a fait du chemin. Entretien avec son dirigeant, Benoît Bodineau.
Profession bien-être : Comment est née la marque Couleurs Gaïa ?
Benoît Bodineau : C’est d’abord la rencontre de deux femmes, une coiffeuse, Bénédicte Boisdron, et une bio-esthéticienne, Hélène Landreau, qui se sont passionnées pour la coloration végétale et les soins capillaires bio. Deux ans plus tard, en 2007, elles créent leur première gamme de couleurs 100% végétales. Aujourd’hui, Hélène s’occupe de la R&D et de l’innovation produit, et Bénédicte, de la formation. Moi, je suis arrivé en 2008, pour les accompagner sur le lancement de gammes et le positionnement de la marque.
Que proposez-vous aujourd’hui ?
Toute la palette de couleurs capillaires, du blanc jusqu’au noir ébène en passant par toutes les nuances de blond, cuivré, marron châtain clair, châtain foncé… La base des plantes tinctoriales, c’est le henné ou l’indigo, mais aujourd’hui on y a associé plein de plantes. Par exemple, la camomille, pour les blonds, ou le Shikakai, une plante ayurvédique qui va apporter du volume et de la brillance aux cheveux.
C’est en Inde que vous trouvez vos ingrédients ?
L’Inde est un pays qu’on affectionne particulièrement. Dès 2011, on est parti chercher des plantes tinctoriales là-bas, ce qui nous a permis de lancer des noirs très foncés en 100% végétal, qui n’existaient quasiment pas en France. Depuis, on y va souvent. Aujourd’hui, on a beaucoup de plantes issues de la médecine ayurvédique indienne.
Il est difficile de trouver des plantes ?
Non, ce n’est pas difficile de trouver des plantes, notamment en Inde, mais c’est difficile de trouver des plantes de très bonne qualité avec une filière qui est dans une démarche de respect de l’agriculteur. Les Français, eux-mêmes, ont du mal à contrôler ce qui se passe. Donc, il faut aller sur le terrain, vérifier, et ce n’est pas simple.
Dans la coloration végétale, où se situe l’innovation ?
L’innovation, c’est un des piliers stratégiques de Couleurs Gaïa. On passe notre temps à faire des essais. C’est pour ça qu’on a deux salons de coiffure avec des modèles, où on teste plein de choses qu’on ne commercialise pas. Au départ, bien sûr, il faut une plante très saine, dépourvue de tout ingrédient chimique, de pesticides, de métaux lourds. Et là, le champ des possibles est illimité. On travaille, par exemple, avec des racines.
Mais l’innovation se trouve aussi dans les protocoles d’application. Il y a plein de paramètres qui entrent en compte dans la qualité d’une couleur : comment on laisse la plante évoluer, comment on la chauffe, etc.
Comment vous assurez-vous de la qualité des plantes ?
On a un fournisseur qui est certifié bio, contrôlé par Ecocert. On travaille aussi avec des labos pour vérifier qu’il n’y a aucune trace de produit chimique dans les ingrédients.
Longtemps, la coloration végétale a déçu : mauvaise tenue, spectre de couleurs limité… Où en est-on aujourd’hui ?
La coloration végétale, on l’a connue très longtemps avec le henné, mais on n’avait pas de blond, ni de foncé. On n’était que sur des cuivrés. Cela a donc mis très longtemps à arriver en France… Et on n’en est qu’au début, parce que les recherches sur les plantes, c’est un univers qui est immense. Il y a tout à faire, même si on est capable aujourd’hui de faire des blonds avec des temps de pause de 20 minutes et des foncés avec des temps de pause d’une heure et demi.
Comment faites-vous pour augmenter la tenue d’une coloration végétale ?
Aujourd’hui, on a une couverture totale du cheveu blanc et c’est une coloration permanente, si elle est correctement faite. Pour garantir le résultat, tout dépend de la température de l’eau, du principe avec lequel on va laisser l’oxydation se faire, si on chauffe ou pas le temps de pause, etc. C’est sur ces paramètres que nous travaillons nos protocoles.
Est-ce que ça veut dire que la coloration végétale est plus contraignante pour un coiffeur ?
Ce qui est sûr, c’est qu’il faut qu’il se forme et qu’il travaille différemment. Dans nos formations, on y apprend toutes les bases de la coloration végétale, la manière dont on va travailler les couleurs. Avec le végétal, on est plus sur un principe de peinture avec des fonds de couleur, des superpositions. On apprend donc au coiffeur à travailler les mélanges, pour qu’il acquiert une véritable expertise.
Est-il possible de faire du 100% végétal dans un salon aujourd’hui ?
Bien sûr ! Sur notre dernière enquête, on a 22% de nos clients qui font 100% de végétal.
Comment vous prémunissez-vous contre les allergies ?
On fait des tests. S’il y a un terrain allergique, on fait patch de contrôle. C’est plutôt rare. Cela concerne surtout l’indigo, qui possède un côté astringent sur la peau. Il peut provoquer un peu de rougeur.
En retour, est-ce que les clients sont suffisamment sensibilisés sur les particularités de la coloration végétale ?
Aujourd’hui, la demande des consommateurs est très forte. Ce sont eux qui poussent la porte des salons de coiffure pour demander ce type de service, c’est-à-dire de la vraie coloration végétale, pas avec 90% de plantes naturelles.
Quel est leur profil ?
Ce sont des clientes de plus en plus jeunes, qui vont faire des reflets. Elles ne vont pas chercher un blond platine en décoloration, mais plutôt des nuances de cuivrées.
Disposent-elles d’un pouvoir d’achat plus élevé que la moyenne ?
Non, pas du tout. Une coloration végétale, c’est entre 10 et 20% plus cher qu’une coloration chimique, mais l’avantage, c’est que vous n’allez pas avoir un effet racine net, ça va se diluer, ce qui permet aux clientes d’espacer un peu les couleurs. Ce n’est donc plus une obligation, pour elles, de refaire une couleur toutes les 3 ou 4 semaines.
Un coiffeur, qui souhaite proposer de la coloration végétale dans son salon, doit-il se positionner davantage dans le conseil ?
Cela n’entraîne pas un surcroît de conseils de la part du coiffeur, mais il doit être clair sur ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire. Par exemple, en coloration végétale, on ne peut pas décolorer le cheveu. Maintenant, si on accepte de rajouter un peu de chimie, alors oui, on pourra faire de la décoloration, mais on sort du 100% végétal…
Faut-il prévoir une montée en gamme de son salon ?
C’est le positionnement que nous avons choisi, mais ce n’est pas obligatoire. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas un salon qui peut démarrer la coloration végétale sans formation. Cela requiert un vrai savoir-faire. Ensuite, notre démarche est de laisser le coiffeur libre de son évolution. On lui propose des formations qui lui permettront de monter en compétences, soit en expertise dans la coloration végétale, soit dans les prestations de bien-être, notamment le massage et les rituels soins, pour aller vers le soin capillaire.
Cela fait aussi des coûts supplémentaires pour le coiffeur…
Oui, mais il y a un vrai marché pour ça. Pour tous nos protocoles de soins, qui vont du shampoing classique au shirodara, on préconise de les facturer un euro la minute. Aucun de nos clients qui développe une offre alternative n’en souffre.
Comment voyez-vous évoluer le marché de la coiffure ?
Toutes les marques qui sont positionnées sur le végétal sont sur des croissances à deux chiffres, alors que le marché de la coiffure est en baisse. Ce n’est pas un hasard. La coloration végétale est une des voies d’avenir. C’est un vrai service.
Propos recueillis par Georges Margossian.
© Images : Couleurs Gaïa



