Rien ne se fait en un coup de tondeuse ! Derrière chaque barber à succès, il y a des heures de travail, des doutes, des échecs et une stratégie bien rodée. La maîtrise de l’art ne suffit plus : il faut savoir se vendre, capter l’attention et construire une communauté sur les réseaux sociaux. Mais par où commencer ?
«L’idée était d’aider ces professionnels à mieux gérer leur activité, en abordant les sujets qui fâchent, comme augmenter ses prix sans perdre de clients ou encore se construire une véritable identité de marque pour ne pas faire comme tout le monde», explique Styve Compper, co-fondateur avec Jean-Christophe Guimya de la plateforme de réservation Iddan, organisateur de l’événement.
Ces deux ingénieurs en informatique, à peine trentenaires, ont une certitude : leur place n’est pas derrière un écran. Pour se faire connaître, ils ont choisi d’aller sur le terrain et de rencontrer leurs futurs clients dans leurs salons. Pour les comprendre, mais aussi pour les accompagner. «On va développer la solution avec vous. On est dans une démarche de co-création», promettent les deux entrepreneurs devant une salle enthousiaste.
Le marché du barber devient ultra-compétitif
Une cinquantaine de coiffeurs et barbiers avaient fait le déplacement au Novotel Paris, dans le 17ème arrondissement, pour cette première édition, attirés par la masterclass de la star du barbering, Baky Barber. Au programme : une session pour apprendre à se démarquer et une démonstration technique avec la réalisation d’un buzz fade. Dans une ambiance bon enfant, rythmée par du rap US, la matinée s’est articulée autour de onze ateliers.
Le public ne sera pas déçu. Baky Barber entre dans le vif du sujet : «Aujourd’hui, le marché du barbering commence à devenir saturé», lance-t-il. Un constat que d’autres intervenants confirment. «Beaucoup de petits salons de quartier ont ouvert sur Paris. De plus en plus de barbers veulent devenir indépendants. Certains démarrent même leur activité en aménageant une chambre chez eux», prévient LF Kutz. Barber depuis neuf ans en Seine-Saint-Denis, il partage une expérience précieuse, notamment sur les réseaux sociaux, où il rassemble 10 400 followers sur Instagram.
«Instagram, c’est le CV d’un barber», martèle Baky. Après avoir côtoyé les stars du football, du rap et du showbiz, il a choisi de transmettre son savoir-faire en se consacrant pleinement à son Académie de barbiers. La solution pour réussir ? «Il faut travailler votre identité et votre signature !», enchaîne Baky.
« Un métier où l’univers visuel est très fort »
«Un barber, c’est plus qu’un coiffeur, c’est une tradition et une passion. Et son identité commence avec son histoire», poursuit-il. Formé à Londres il y a une dizaine d’années, il aborde le business sans complexe. Derrière l’artiste, un entrepreneur aguerri, toujours à l’affût des tendances. «Un barbershop, c’est plus qu’un lieu où on se fait tailler la barbe. C’est un espace de détente. Il y a beaucoup de gens qui viennent chez le barber et qui ne se font pas coiffer. Ils sont juste là pour profiter du moment, parler avec les gens», fait valoir la star des barbers.
Une approche qui bouscule les codes traditionnels, mais l’environnement évolue très vite. «Nous faisons un métier où l’univers visuel est très fort. Il ne faut pas avoir peur de se montrer», encourage-t-il, invitant les participants à sortir de l’anonymat. La clé du succès, selon lui, c’est la «signature», qui mettra en avant les points forts du barber.
«J’ai vite compris qu’il fallait que j’aie une identité, un style. Si je m’identifie dans un domaine, il faut que je puisse apporter une crédibilité. C’est pour ça qu’il est important d’avoir sans cesse un feedback de la clientèle, sinon on avance dans le flou», estime, pour sa part, Stano Barber, acteur du marché du barbering depuis 2015.
Bien communiquer, c’est se démarquer
Mais la vie n’est pas comme une story Instagram. Tous ceux qu’on voit sourire, avancer, réussir, se sont battus contre des problèmes, des difficultés qui semblaient impossibles à surmonter… Dans un secteur où l’image est reine, il ne suffit pas d’exister, il faut marquer les esprits. «On a commencé dans une cuisine avec 300 euros et aujourd’hui on a plus de 10 000 barbiers et une cinquantaine de revendeurs», raconte Slayde Ledoux, co-fondateur en 2022 de la ligne de cosmétiques La Douce Barbe, avec Cynthia Chambeau.
Là encore, savoir communiquer fait toute la différence. «Je suis présent sur tous les fronts, aussi bien sur les contenus organiques que sur les contenus publicitaires», affirme le jeune informaticien, bien décidé à maîtriser son image. Mais cette génération a aussi compris que rien n’était jamais acquis sur ce marché. «Avant, le barbering était plus urbain. Aujourd’hui, la prestation va plus loin : gommage, nettoyant visage… On ne se limite plus au dégradé. Ce qu’on veut, c’est de la qualité et une vraie expérience client», observe Slayde Ledoux.
Moralité ? «En 2025, la technique ne suffit plus. Si tu ne fais que ça, tu seras vite dépassé par les autres», renchérit Styve Compper. Message reçu, visiblement. «Il a raison. J’avais beaucoup de questions sur le marketing, savoir comment attirer et gérer le client, montrer aux autres ce qu’on sait faire et, aussi, avoir confiance en soi», approuve Loritz, un coiffeur barbier venu tout spécialement de Genève. Les organisateurs prévoient déjà un tour de France dans les prochains mois.
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