À l’adolescence, se sentir «trop gros», redouter la prise de poids ou se juger sévèrement dans le miroir peut sembler banal. Pour une équipe de chercheurs de l’University College London, ce malaise n’a pourtant rien d’anodin. Leur étude, menée sur plus de 2 000 jumeaux suivis pendant plus de dix ans, montre qu’une insatisfaction corporelle à l’adolescence est associée à un risque accru de troubles alimentaires et de dépression à l’âge adulte.
Les participants ont été observés de l’adolescence jusqu’au début de l’âge adulte, ce qui a permis d’analyser l’évolution de leur bien-être psychologique sur plus de dix ans. L’originalité de cette étude repose aussi sur sa méthodologie. En comparant des jumeaux identiques, qui possèdent le même patrimoine génétique, et des jumeaux non identiques, qui ne partagent qu’une partie de leurs gènes, les chercheurs ont pu distinguer ce qui relève de l’hérédité et de l’environnement.
À 16 ans, un signal d’alerte durable
À l’âge de 16 ans, les participants ont répondu à des questionnaires portant sur leur rapport à leur corps : sentiment d’être «trop gros», peur de prendre du poids, tendance à se juger à travers sa silhouette, etc. Ces données ont ensuite été croisées avec des enquêtes menées à 21 et 26 ans sur les troubles alimentaires, les symptômes dépressifs et l’indice de masse corporelle.
Résultats ? «Une insatisfaction corporelle plus élevée à 16 ans prédit davantage de symptômes de troubles alimentaires et de dépression jusque dans la vingtaine», relèvent les psychologues et les psychiatres qui ont mené ces travaux. Surtout, ce lien reste visible même après prise en compte du milieu familial, du quartier, de l’école ou de la génétique.
L’image négative du corps apparaît donc comme un facteur de risque à part entière, et non comme un simple symptôme. «Au cours des vingt dernières années, on observe une augmentation préoccupante de la dépression et des troubles alimentaires chez les jeunes», rappellent les chercheurs.
Des effets plus forts chez les filles
Les effets sont observés chez les garçons comme chez les filles, mais ils sont plus marqués chez ces dernières, souligne l’étude. Selon l’équipe, cela peut s’expliquer par des pressions sociales plus fortes. «Les jeunes femmes subissent davantage de pression que les jeunes hommes pour correspondre à certains critères d’apparence», observe-t-elle.
Enfin, l’étude montre que l’image corporelle résulte d’un équilibre entre génétique et vécu. Environ la moitié des variations s’expliquent par les gènes, mais les expériences personnelles comptent aussi. Ainsi, «des expériences de vie telles que la pression des pairs, le harcèlement scolaire ou l’exposition à des images véhiculant des standards de beauté irréalistes (comme les réseaux sociaux et la culture des célébrités) peuvent avoir un impact considérable».
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