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Microneedling : « Sortons du silence », oui, mais sans travestir les faits

Microneedling

À la suite de notre article sur le microneedling, une formatrice liée à une marque a grossièrement mis en cause notre média. Nous lui répondons, factuellement, pour rappeler un principe simple : informer, ce n’est pas nuire, c’est protéger.

Vendredi soir, une formatrice liée à la société distributrice du dispositif ACS-PEN a publié sur les réseaux sociaux une réaction très virulente, aux accents diffamatoires, faisant suite à notre article : « Non, le microneedling n’est pas devenu légal pour les esthéticiennes ».

Ce post, intitulé «Sortons du silence» et largement partagé, met en cause Profession bien-être sans jamais citer ni contester précisément un seul passage de l’article. Il ne s’attaque pas au journaliste qui en est l’auteur (ce qui est l’usage). Il préfère attaquer l’image d’un média et de ses collaborateurs, plutôt que d’assumer un échange argumenté et loyal sur le fond. Pas très glorieux. 

Faut-il le rappeler : les émojis rageurs et les insinuations appuyées, assortis de slogans publicitaires, ne remplacent ni les faits, ni les arguments. Surtout quand ils émanent d’une formatrice qui se fait l’auxiliaire d’une marque en se drapant dans la défense d’une profession qui n’en demandait sans doute pas tant. Il était donc nécessaire d’y répondre, calmement, factuellement, et de réfuter ces outrances. 

Ce que dit le jugement du 16 juin 2025

Le tribunal administratif de Strasbourg a annulé une injonction administrative prise en 2022 contre la société C. Minck, distributrice de l’ACS-PEN. Mais il ne s’est pas prononcé sur la légalité du microneedling en institut de beauté, ni sur le droit des esthéticiennes à utiliser cette technique. Ce n’était ni son rôle, ni sa compétence. 

Ce que dit la réglementation, à ce jour

La DGCCRF, le ministère de la Santé et l’ANSM sont clairs : toute effraction cutanée, même superficielle, à visée esthétique, relève du champ médical. Moralité ? Le microneedling reste toujours interdit aux esthéticiennes, car la loi n’a pas changé.  

Ce que nous avons écrit

Nous avons résumé la décision du tribunal, à partir du texte original que Profession bien-être a pu consulter, rappelé la réglementation en vigueur et relayé la position de l’organisation professionnelle représentative des esthéticiennes, la Cnaib-Spa, qui appelle aujourd’hui à la prudence.

La personne qui prétend aujourd’hui rétablir «la vérité» dans son post a d’ailleurs été, jusqu’à la fin de l’année dernière, l’une de ses représentantes. Sa prise de parole sur les réseaux sociaux, aussi sonore soit-elle, n’a donc rien d’institutionnel : elle relève d’une opinion personnelle, exprimée sur un ton qui n’engage qu’elle.

Précisons qu’à aucun moment, nous n’avons attaqué la société C. Minck, ni contesté son droit à se défendre face à l’administration, nous contentant d’évoquer des faits publics. Nous avons même souligné la qualité des arguments techniques présentés au tribunal, sans pour autant préjuger des évolutions possibles du cadre réglementaire ou des débats à venir.

LIRE AUSSI : Non, le microneedling n’est pas devenu légal pour les esthéticiennes

Ce que nous n’avons pas fait…

Non, nous n’avons pas participé à un « jeu de pouvoir » obscur destiné à « salir une profession », comme l’écrit cette formatrice dans son post, avec un aplomb qui interroge. Qui veut « salir » ici ? Le seul pouvoir que nous exerçons ici est celui, modeste mais nécessaire, d’informer. Opposer un jugement administratif à une supposée cabale médiatique, c’est se tromper de combat et de cible. La meilleure façon d’élever le débat, c’est encore de s’en tenir au droit, pas à des interprétations pro domo.

Ce que nous refusons

Nous avons estimé qu’il serait hasardeux de présenter ce jugement comme une « reconnaissance légale » du microneedling en institut. Une telle interprétation pourrait exposer les esthéticiennes à des risques. 

Nous comprenons qu’il puisse être tentant, dans une logique commerciale, de s’engouffrer dans ce qui est perçu comme une «brèche juridique». Mais il est de notre responsabilité d’informer les esthéticiennes des risques réglementaires qu’elles peuvent encourir si elles s’engagent aujourd’hui dans cette voie sans cadre légal reconnu officiellement. Libre à elles, ensuite, de le faire. 

Nous refusons également de céder aux pressions visant à faire taire un média indépendant, sous prétexte qu’il n’accompagne pas l’enthousiasme commercial de certaines personnes. En particulier, quand ces pressions prennent (aussi) la forme d’un appel téléphonique à notre direction évoquant une possible action en justice. 

Et ce n’est pas en ponctuant ses phrases de formules volontairement triviales ou déplacées, que l’on crédibilise le débat. La vulgarité ne remplace ni la preuve, ni les faits.

Notre engagement, depuis toujours

Profession bien-être est un média indépendant, gratuit depuis la crise du Covid, et au service des esthéticiennes depuis plus de 20 ans. Nous avons été de tous les combats réglementaires pour faire reconnaître leur savoir-faire : modelage, massage, lumière pulsée, techniques avancées… 

Nous étions présents dans les tribunaux, rapportant bon nombre d’affaires, bien avant que les marques et les formateurs ne s’emparent de ces sujets. Combien d’esthéticiennes nous ont dit alors qu’on leur avait assuré qu’il existait une «zone grise», une «brèche juridique», censée leur permettre d’utiliser tel ou tel appareil… Jusqu’au jour où les ennuis judiciaires ont commencé.

Informer n’est pas censurer. Relater des faits publics n’est pas manipuler. Prévenir n’est pas freiner une profession. Être rigoureux n’est pas être «contre l’évolution d’un métier». On peut débattre, contester ou interpeller. Mais on ne se grandit pas en s’essuyant les pieds sur un média qui reste fidèle à ses lecteurs. Surtout quand ce même média vous a ouvert ses colonnes. Bref, s’il y a une leçon à tirer de cette histoire, c’est bien celle-ci : les esthéticiennes ont plus que jamais besoin de transparence.

Georges Margossian
Rédacteur en chef de Profession bien-être

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