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Formation IPL et laser : les syndicats professionnels restent prudents

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Un arrêté encadre enfin la formation des esthéticiennes à l’épilation IPL et laser. Si les syndicats professionnels saluent une avancée, ils pointent aussi d’éventuels freins : coût de la formation, charge pour les écoles, disponibilité des médecins…

Les professionnels de l’esthétique peuvent pousser un « ouf » de soulagement. Après cinq ans de bras de fer, les restrictions sur l’épilation à la lumière pulsée et au laser sont tombées une à une. Il aura fallu des années de débats et de revirements judiciaires pour que le législateur (décret du 24 mai 2024) mette un point final à une réglementation vieille de plus de 60 ans. 

Jusque-là, en effet, l’interdiction reposait sur l’arrêté du 6 janvier 1962, qui classait tout mode d’épilation hors cire et pince comme un acte médical exclusif. Pendant des décennies, la Cour de cassation a condamné les non-médecins pour exercice illégal de la médecine, tandis que le Conseil d’État refusait toute évolution du texte.

Tout bascule en 2019, quand la plus haute juridiction administrative juge l’interdiction disproportionnée, surtout face à la vente libre des appareils IPL au grand public. Il ordonne l’abrogation du texte, estimant qu’un cadre adapté – examen médical préalable, formation des praticiens – suffirait à garantir la sécurité des consommateurs. La Cour de cassation suit le mouvement en 2020, mettant fin aux poursuites judiciaires contre les esthéticiennes pratiquant l’épilation à la lumière pulsée.

De nouvelles obligations pour l’esthétique

Mais l’administration traîne des pieds. Il aura fallu une condamnation de l’État en avril 2024 par le Conseil d’Etat, avec une astreinte de 95 100 euros, pour qu’enfin, le décret du 24 mai 2024 entérine la fin du monopole médical. L’épilation par IPL et laser s’ouvre alors à de nouveaux professionnels. Restait à garantir les meilleures conditions possibles de sécurité pour les consommateurs. 

C’est tout l’objet de cet arrêté qui instaure une série d’obligations pour les professionnels autorisés à pratiquer ce type de soins, c’est-à-dire les infirmières et les esthéticiennes. Désormais, toute pratique de l’épilation à la lumière pulsée ou au laser passe par une formation certifiante en deux étapes.

EN SAVOIR PLUS : Épilation IPL et laser : ce que change le nouvel arrêté sur la formation

Par ailleurs, tous les cinq ans, une remise à niveau obligatoire de deux demi-journées est imposée pour actualiser les connaissances réglementaires et techniques, avec un QCM final de 15 minutes. Autre obligation : seuls les organismes agréés peuvent dispenser ces formations, sous la supervision d’un médecin, d’un professeur de sciences appliquées et d’un professionnel du métier. 

Une période de transition de 18 mois

Pour les syndicats patronaux, c’est la fin des stages bidons. «Désormais, on va pouvoir travailler sereinement et mettre en place des formations certifiantes. Cela garantira que les esthéticiennes ayant obtenu cette certification pourront exercer en toute sécurité, aussi bien pour elles que pour les consommateurs», se félicite le président de l’Union des professionnels de la beauté et du bien-être (UPB), Dominique Munier, après avoir fait le siège des ministères pendant neuf mois. 

«Nous avons obtenu une période de transition de 18 mois pour les professionnels déjà en exercice, car aucun délai n’était prévu initialement», fait valoir la Cnaib, de son côté. «Seuls les organismes habilités du secteur esthétique peuvent dispenser cette formation et délivrer des attestations officielles», ajoute la Confédération nationale artisanale des instituts de beauté dans un texte adressé aux esthéticiennes que Profession bien-être a pu consulter.

Cette formation devra être complétée par une journée «Premiers secours citoyen» (PSC), validée par une attestation de formation. Mais si ces nouvelles obligations rassurent la profession, les organisations patronales restent sur leurs gardes. Premier point de friction : l’arrêté impose la présence d’un médecin expérimenté en épilation IPL et laser dans l’équipe pédagogique et dans les jurys, aux côtés d’une esthéticienne diplômée et d’un professeur de sciences appliquées. 

Un critère qui pourrait compliquer la mise en place des formations. «D’un côté, c’est une bonne chose, car cela permet de réglementer la profession et d’éviter que n’importe qui fasse n’importe quoi, n’importe comment. Mais de l’autre, cela nous impose des contraintes, notamment sur la disponibilité des médecins qui doivent faire partie du processus. C’est là le grand point d’interrogation. Il n’est pas question d’être bloqués à cause d’une exagération des exigences médicales», prévient Dominique Munier. 

Des réserves que partage Martine Berenguel, présidente de la Cnaib, qui déplore un cadre encore trop centré sur les médecins. Car l’obligation d’intégrer un praticien expérimenté dans chaque équipe pédagogique risque, selon elle, de limiter le nombre de centres de formation agréés et de freiner l’accès des esthéticiennes à la certification…

Les coûts cachés de la formation

L’autre incertitude, ce sont les coûts que devront supporter ces dernières pour suivre les formations obligatoires. «Il ne faudra pas que les tarifs demandés deviennent exorbitants. Derrière, il faudra financer ces formations et permettre aux esthéticiennes d’y accéder sans que le coût soit un frein», souligne Dominique Munier. 

Mais pour la Cnaib, un autre point suscite l’inquiétude, une phrase discrète, mais lourde de conséquences, glissée à l’article 8 de l’arrêté : «l’effectif de stagiaires par groupe est limité en fonction du nombre d’appareils disponibles pour la manipulation»… «Dans ces conditions, compte tenu du prix des appareils, de 20 000 à 80 000 euros, quelle école d’esthétique aura les moyens de former les esthéticiennes ?», réagit Martine Berenguel. 

«Cette exigence rend pratiquement impossible de former correctement les esthéticiennes dans le délai imparti. Une aberration pour les esthéticiennes françaises qui sont déjà les plus formées en Europe», regrette la présidente de la Cnaib. L’autre risque serait de voir ces formations se concentrer entre les mains de quelques organismes privés, au détriment de l’accessibilité et de la diversité de l’offre pédagogique. Un progrès pour la profession, certes, mais à quel prix pour les esthéticiennes ?

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