Profession bien-être : Il y a dix ans, le pilates restait assez confidentiel en France. Comment a-t-il évolué ces dernières années ?
Yoann Jalinier : Le pilates est une pratique qui existe depuis plus d’un siècle. Il a été créé par Joseph Pilates et s’est d’abord développé à Broadway (New York, NDLR), où il a séduit les danseurs, les artistes et les acteurs. Par la suite, il s’est naturellement étendu vers Hollywood.
Longtemps, cette discipline est restée assez élitiste, développée par des instructeurs passionnés qui possédaient une ou deux machines chez eux pour proposer des séances très haut de gamme. Puis, les salles de sport traditionnelles se sont emparées du concept, en l’adaptant sous forme de cours collectifs sur tapis de yoga, rendant la pratique plus accessible.
Plus récemment, qu’est-ce qui a changé ?
Depuis une dizaine d’années aux États-Unis, et plus encore en France depuis la période post-Covid, on observe un véritable essor du pilates dans sa forme originale, notamment avec l’utilisation du Reformer, la machine emblématique de la méthode. L’explosion est visible à la fois en termes de notoriété – largement portée par les réseaux sociaux et les influenceurs – et en termes de nombre de studios dédiés exclusivement à cette pratique.
Combien y a-t-il de studios aujourd’hui en France ?
La croissance est telle qu’il est difficile de tenir un chiffre précis. Mais pour vous donner une idée, Club Pilates est passé d’une vingtaine de studios à plus de 1 100 aujourd’hui dans le monde. L’engouement est énorme aux Etats-Unis, et nous espérons une expansion similaire en Europe. Pour l’instant, la dynamique semble suivre la même trajectoire. Actuellement, on estime qu’il y a environ une centaine de studios en France, et ce chiffre évolue en permanence.
Qu’est-ce qui explique cet engouement croissant pour le pilates, notamment depuis la sortie du Covid ?
Déjà, pendant le confinement, il y a eu un fort engouement pour l’activité physique à domicile, notamment les pratiques douces et accessibles. Mais après la pandémie, on a observé un vrai retour vers le sport, et plus particulièrement vers le sport-santé. Le Covid a poussé beaucoup de gens à reconsidérer leur bien-être, leur mode de vie et la santé est redevenue une priorité.
Le Pilates n’est pas une discipline axée sur la performance physique comme les entraînements en salle de musculation ou le cardio. En quoi se distingue-t-il en termes d’efficacité ?
Je ne dirais pas que le pilates est plus efficace. Tout dépend des objectifs de chacun. Ce qui est certain, c’est qu’il est moins traumatisant pour le corps. Grâce au Reformer, on est allongé sur un chariot mobile, ce qui allège le poids du corps et permet d’effectuer des mouvements classiques de musculation tout en réduisant les impacts sur les articulations. C’est un vrai plus, notamment pour les personnes blessées, celles qui souffrent de pathologies ou encore les pratiquants de longue date qui commencent à ressentir les effets du temps sur leur corps.
Vous parliez aussi d’un travail important sur la respiration ?
Oui, et c’est une vraie découverte pour moi. En tant qu’ancien sportif de haut niveau (roller, NDLR), j’étais plus habitué à des efforts explosifs, où l’on retient son souffle. Apprendre à respirer pendant les mouvements est un exercice en soi. C’est difficile à expliquer, mais la sensation après une séance de pilates est unique. On sort du Reformer avec une impression de relâchement et d’alignement qu’on ne retrouve pas ailleurs. C’est ce qui fait toute la différence avec d’autres pratiques.
Recherchez-vous un profil particulier chez vos instructeurs ?
Tous nos instructeurs doivent être diplômés d’État en coaching sportif, avec des certifications comme le BPJEPS ou le CQP. À cela s’ajoute une formation spécifique au pilates et, enfin, une formation dédiée au Reformer. Au-delà des formations, nous cherchons des coachs qui adhèrent à nos valeurs. La bienveillance, l’accompagnement et la transmission sont au cœur de notre approche.
Un instructeur doit savoir gérer un small group, avec un suivi individualisé pour chaque élève. Cette polyvalence est essentielle, car le pilates en studio repose sur des petits groupes, jusqu’à 12 personnes par séance, avec des pratiquants de tous âges et tous niveaux. Nous avons donc quatre niveaux de cours pour garantir des groupes homogènes, mais cela demande une vraie capacité d’adaptation.
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Quels sont les meilleurs emplacements pour ouvrir un studio Club Pilates ?
Le pilates sur Reformer reste une pratique haut de gamme, avec un coût d’abonnement élevé. Nous proposons trois formules : 4 séances par mois (132 euros/mois), 8 séances par mois (232 euros/mois) et illimité (332 euros/mois). Nous devons donc nous implanter dans des quartiers où le pouvoir d’achat permet ce type d’abonnement. Notre cœur de cible, ce sont les femmes de 40 à 70 ans, qui recherchent une pratique douce mais efficace, axée sur le bien-être et la santé.
Si l’on souhaite ouvrir un studio sous votre franchise, quel est l’investissement nécessaire ?
Il faut prévoir un investissement initial d’environ 400 000 euros. Les banques demandent généralement un apport personnel d’au moins 150 000 euros pour financer le projet.
Quel type de profil privilégiez-vous pour devenir franchisé Club Pilates ?
Nous recherchons avant tout des candidats passionnés par l’activité et prêts à s’investir dans le bien-être. Ensuite, il faut aussi une capacité de gestion, car un studio Club Pilates est une unité économique conséquente, avec un chiffre d’affaires important et plusieurs collaborateurs, salariés ou indépendants. Il faut aborder ce projet comme un vrai business.
Enfin, nous attachons une grande importance aux valeurs humaines. Chez Club Pilates, nous voulons construire un réseau où les franchisés partagent un véritable état d’esprit, basé sur la qualité, le respect et l’échange. Travailler ensemble doit être un plaisir, et pas seulement un partenariat commercial.
Comment voyez-vous l’évolution du marché du Pilates en France dans les prochaines années ?
Je pense que le marché va continuer à se structurer autour du Reformer. Ce type de studio répond à une demande jusqu’ici sous-exploitée. Le secteur du fitness s’est historiquement concentré sur les jeunes et une majorité d’hommes, laissant une partie du public sans véritable offre adaptée. Le pilates sur Reformer attire surtout les femmes de 40 à 70 ans, qui cherchent une activité douce mais efficace. Ces studios viennent donc combler un manque et offrent une alternative aux salles de sport classiques.
Quels sont vos projets ?
Nous voulons déployer progressivement le concept sur toute la France. Nous commencerons par les grandes villes, puis nous nous étendrons aux villes moyennes. Notre objectif à 10 ans est d’atteindre 175 studios à travers le pays. Actuellement, nous avons deux studios pilotes pour démontrer le concept en France : l’un à Bordeaux, qui a déjà ouvert, et l’autre à Paris, qui ouvrira fin mars. Et nous avons trois franchisés officiels : à Rennes, Lyon, prévu pour le 20 mars, et Nantes, qui ouvrira fin avril. D’autres projets sont en cours, mais ces trois-là sont déjà confirmés.
Propos recueillis par Georges Margossian.





