Les cheveux comme carte d’identité ? Assurément oui, met en lumière le documentaire d’Arte, que l’on peut retrouver sur Youtube jusqu’à la fin de l’année. Car ils vont bien au-delà de leur rôle esthétique : ils reflètent ce que nous sommes ou ce que nous voulons incarner. Ils deviennent aussi un moyen d’affirmer sa liberté, comme le montre le témoignage de Viviane Assal Koohnavard, qui utilise la danse et la corde pour symboliser sa chevelure.
Pour elle, les cheveux représentent un cri de liberté et un outil de protestation, mais aussi un risque de répression dans certaines sociétés, où leur expression peut mener à des conséquences extrêmes comme la prison ou la peine de mort, à l’image de Jina Mahsa Amini, décédée en Iran en 2022 pour avoir laissé quelques mèches dépasser de son voile. Le cheveu est devenu, depuis ce tragique événement, le symbole du mouvement «Femme, vie, liberté».
Le documentaire fait ainsi apparaître la pression sociale exercée sur les femmes en matière de gestion des cheveux et de pilosité. L’épilation corporelle est devenue une norme imposée, tandis que les cheveux longs sont perçus comme un signe de féminité. L’acceptation du corps dans son état naturel, sans céder aux pressions sociétales, devient alors un défi.
Réinventer les normes avec ses cheveux
L’exemple de la journaliste Franziska Setare Kooshestani, auteur d’un livre sur le sujet intitulé «Hairy Queen», illustre bien cette problématique. Elle interroge la logique des normes sociales : pourquoi certaines zones du corps doivent-elles être épilées, alors que d’autres, non ? Considérant autrefois les femmes qui laissaient pousser leurs poils comme une remise en question des normes, elle défend aujourd’hui une plus grande visibilité des différentes formes de gestion de la pilosité, une évolution qui pourrait favoriser, selon elle, une société plus tolérante à la diversité.
Le documentaire explore aussi le rôle des drag queens, qui bousculent les normes de genre. Dans cet univers, les corps sont transformés, reconfigurés à travers le maquillage et les costumes, afin de montrer que les standards de beauté sont avant tout des constructions sociales. Leurs performances sur scène présentent une manière radicale de déconstruire l’idée que la beauté doit nécessairement se conformer à des critères rigides et inébranlables.
Se transformer en «déesse» ou en une version exagérée de soi-même devient un acte d’affirmation de son identité profonde, estime la drag queen et artiste perruquière Jazz Cortes, qui explore à travers ses créations le rôle profond que les cheveux jouent pour elle. Bref, le documentaire nous invite à repenser le lien entre pilosité et liberté corporelle, montrant que l’une ne va pas sans l’autre…
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