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Harmonie du visage : les dermatologues esthétiques à la recherche de l’équilibre parfait

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Les dermatologues avaient rendez-vous, à Paris, les 15 et 16 novembre, aux Journées de dermatologie esthétique et correctrice, pour partager leur savoir-faire et leurs découvertes. Cette année, le thème retenu était l’harmonie. Profession bien-être y était.

«Il faut garder notre spécificité française, avec des injections modérées, pour donner un visage harmonieux. On essayera toujours de respecter les patients. C’est ça la french touch», a fait valoir le Dr Martine Baspeyras, présidente de la Société française d’esthétique en dermatologie (Sfed), organisatrice de ces deux jours de débats.

Car les dermatologues s’intéressent de plus en plus à la beauté. Une tendance qui peut parfois faire grincer des dents. Mais le Dr Baspeyras a balayé la critique d’un revers de manche. «L’esthétique est dans les gènes du dermato ! La peau, c’est extérieur, ça se voit, et l’état de bien-être du patient, c’est le dermatologue qui s’en occupe», a assuré la dermatologue bordelaise, dans une interview accordée à Profession bien-être.

Les interventions des participants témoignaient d’ailleurs d’une large curiosité pour la beauté. Avec, médecine oblige, un regard toujours plus scientifique sur la peau. Mais la science n’évacue pas le mystère. Et, au-delà des injections, la beauté interroge, encore et toujours !

Obtenir un visage plus cohérent avec son vécu

Pour le Dr Marie-Pierre Loustalan, «chaque visage est une œuvre unique de la nature». «Le charme du visage, ce qui nous attire vraiment, ne réside pas uniquement dans des proportions parfaites, mais dans l’expression unique qui émane d’une personne», a estimé le médecin bordelais, dénonçant «la beauté des visages lisses et synthétiques, souvent trop uniformes, qui nous donnent des résultats artificiels».

Le visage possède aussi son propre langage émotionnel, tel que la tristesse, la fatigue ou la sévérité, a souligné, de son côté, le Dr Thierry Michaud, installé à Mulhouse (Haut-Rhin). Selon lui, le vieillissement peut parfois donner au visage des expressions négatives, et il est important de bien les analyser pour les corriger, tout en préservant l’expressivité naturelle du visage.

«Les patients cherchent à gommer ce décalage entre leur image et leur personnalité, une volonté d’obtenir un visage plus cohérent avec leur vécu et leurs émotions», a expliqué le médecin. Les effets du vieillissement facial se manifestent par une perte de volume, un relâchement de la peau et des modifications de la forme du visage. Ces changements, qui surviennent peu à peu, affectent l’oval du visage et peuvent altérer son contour naturel.

Mais là encore, les dérives sont toujours fréquentes. Le Dr Baspeyras a mis en garde contre les excès, pointant les injections des lèvres. «Il est crucial de ne pas corriger les lèvres sans tenir compte des dents, de l’ossature ou de l’appui osseux. Un excès de correction peut donner des résultats artificiels», a-t-elle martelé, ajoutant qu’en vieillissant, la lèvre supérieure se rétracte, tandis que la lèvre inférieure, elle, s’étire.

Ne pas négliger « ces zones qui nous trahissent »

Les corrections esthétiques ne se limitent pas au visage. Le Dr Véronique Gassia s’est intéressée, quant à elle, à «ces zones qui nous trahissent», c’est-à-dire le cou, le décolleté et les mains. Souvent négligées, elles peuvent trahir l’âge quand elles ne sont pas harmonisées avec le visage, a rappelé la dermatologue toulousaine.

«De plus, les attitudes de prévention contre le vieillissement et l’exposition au soleil ignorent souvent ces zones-là, pourtant particulièrement exposées aux agressions, notamment les mains qui sont constitutionnellement fragiles chez la femme, avec une peau plus fine et plus pauvre en annexes pilo-sébacées», a-t-elle expliqué, avant de proposer des traitements spécifiques, comme des injections de toxine botulique, de la radiofréquence ou de la mésothérapie, pour en améliorer l’apparence.

Précision du Dr Michaud : il vaut mieux débuter ces traitements dès les premiers signes de vieillissement pour «éviter des corrections trop invasives plus tard». «Le vieillissement facial est un phénomène qui induit des changements physiques visibles. Il entraîne une perte de volume, un relâchement cutané et musculaire, ainsi qu’une descente des parties molles du visage», a détaillé le spécialiste. Selon lui, cette démarche préventive n’est pas seulement une question de rajeunissement esthétique, mais aussi de maintien de l’équilibre naturel des traits au fil du temps. L’harmonie, toujours…

« L’esthétique devient plus holistique »

Dans cette optique, la dermatologie esthétique continue d’évoluer, et l’une des innovations les plus prometteuses est l’utilisation des exosomes. Ces petites vésicules sécrétées par les cellules jouent un rôle central dans la communication cellulaire, agissant comme un «langage» permettant aux cellules de se transmettre des informations.

Leur potentiel médical est considérable, en particulier pour la régénération de la peau, la restauration capillaire et la réduction des cicatrices, a rappelé le Dr Noël Shartz. Grâce à leur capacité à stimuler les réponses cellulaires et tissulaires, les exosomes ouvrent ainsi des perspectives intéressantes pour traiter les effets du vieillissement.

Les applications en cosmétologie sont nombreuses. Elles comprennent, entre autres, la réparation de la peau après des traitements, comme le micro-needling ou le laser non ablatif. Des exosomes dérivés de plantes, comme le curcuma longa, sont utilisés pour traiter le vieillissement cutané et la chute de cheveux, tandis que d’autres, comme ceux issus de la bactérie lactobacillus brevis, renforcent la barrière cutanée.

Un bémol : malgré leur potentiel, les exosomes soulèvent plusieurs questions, a mis en garde le dermatologue parisien. Aujourd’hui, les seuls qui circulent sur le marché sont dérivés de plantes, comme la rose ou le pissenlit, voire du saumon, qu’on utilise pour transmettre des protéines à la peau, car les exosomes humains ne sont pas autorisés.

La dermatologie esthétique se trouve donc à l’aube d’une véritable révolution technologique. «L’esthétique sera encore plus prédictive et préventive que réparatrice. Elle devient holistique pour traiter l’ensemble du bien-être», a estimé le Dr Martine Darchy, dermatologue à Orléans.

Dans un avenir proche, l’IA devrait y jouer un rôle majeur, à travers des diagnostics assistés, l’analyse en temps réel des traitements et le suivi précis de l’évolution des signes de vieillissement. Les outils d’imagerie 3D et l’échographie cutanée deviendront aussi incontournables, avec des visualisations détaillées.

L’épigénétique débarque dans l’anti-âge

Au-delà de l’IA, c’est une médecine holistique et régénérative qui se dessine. Le Dr Darchy préconise une prise en charge globale du patient, prenant en compte des facteurs environnementaux, alimentaires et émotionnels. Par exemple, la lutte contre l’oxydation cellulaire, souvent liée au vieillissement, avec des solutions allant des compléments alimentaires à la gestion du stress.

Cette approche devrait s’accompagner d’une transition vers des soins respectueux de l’environnement, incluant des cosmétiques durables et des technologies non invasives. Les liftings chirurgicaux, devraient donc disparaître au profit de traitements doux et personnalisés, comme les inducteurs tissulaires et les cellules souches, déjà utilisés pour régénérer les cheveux et améliorer la qualité de la peau.

Enfin, l’épigénétique, qui explore les modifications réversibles des gènes, pourrait révolutionner les traitements du vieillissement cutané en stimulant directement la régénération cellulaire, a poursuivi le docteur Darchy. Les nanotechnologies, elles, devraient ouvrir la voie à des solutions ciblées et ultra-personnalisées. Grâce à la science, l’esthétique n’a pas fini de se réinventer.

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