Profession bien-être : Vous lancez un appareil laser, baptisé « Halo Shine », qui vise à décolorer les cheveux. Comment fonctionne-t-il ?
Sébastien Viscogliosi : C’est un appareil qui va décolorer la fibre capillaire avec simplement de la lumière. Il utilise le même phénomène que les UV du soleil, qui vont éclaircir les cheveux tout en douceur pendant l’été, sauf que là il va y avoir une action instantanée et sans produits chimiques. Cela veut dire avec un minimum de dommages par rapport aux produits qu’on utilise actuellement.
Le procédé est simple. Cet appareil laser a une puissance très faible, puisqu’on est de l’ordre de 100 millijoules en termes de puissance de la lumière. Il va donc pouvoir passer à travers la cuticule et la membrane qui sont transparentes comme le cristal dans le cheveu. C’est un petit peu le même phénomène que quand on est chez soi l’été et que la lumière du soleil traverse la vitre.
On voit sa lumière et on sent sa chaleur. Le cheveu, lui, est exactement comme la vitre et la lumière peut passer au travers. C’est d’ailleurs ça qu’on voit quand on perçoit la couleur qui est dans le cheveu. On voit le cœur du cheveu, parce que c’est là que la mélanine se trouve.
En quoi est-il plus intéressant que les produits qu’on utilise habituellement ?
Il a en tout cas le mérite d’une approche différente, car les produits chimiques sont très sensibilisants pour la fibre capillaire. J’y vois déjà un avantage majeur lorsqu’on veut faire un contouring, une technique complexe qui nécessite une expertise de coloriste. Elle consiste à appliquer différentes nuances de couleurs différentes en fonction de la forme du visage et de la structure osseuse.
Dans un salon, c’est au minimum 86 minutes pour deux mèches, et donc difficile à facturer. Avec cet appareil, si on ne traite que deux mèches, cela ne prend que 20 à 25 minutes. Mais ce n’est pas forcément plus rapide que la décoloration classique si on travaille sur une tête entière. En tout cas, avec la technologie actuelle. Demain, cela sera possible avec l’évolution de la technologie.
Le deuxième avantage, c’est que l’on va pouvoir travailler sur de la coloration végétale, ce qui n’était pas possible avec la décoloration. Aujourd’hui, si la couleur végétale appliquée sur les cheveux contient de l’indigo, il va rester, en cas de décoloration, un fond vert turquoise qui va être très difficile à neutraliser. Ce n’est plus le cas avec le laser, puisqu’on peut créer un effet même sur une coloration végétale. Cela va permettre aussi à la coloration végétale de continuer à se développer encore plus.
Est-ce que cette technologie est accessible au coiffeur ?
Elle est exclusive aux coiffeurs et elle le restera. Il n’y a pas de raison qu’un particulier investisse sur des machines comme celle-ci, alors qu’il peut acheter de la poudre décolorante. C’est donc une possibilité, pour les coiffeurs, de devenir un peu plus professionnel. Je prends, comme référence, le brushing, qui a été inventé dans les années 50 au siècle dernier. Ça a été une révolution.
Vous commercialisez votre appareil à quel prix ?
Nous allons le proposer à un prix très agressif par rapport aux machines d’esthétique, qui sont sur des fourchettes comprises entre 15 et 50 000 euros. Cette machine va coûter 7 990 euros et on va pouvoir l’acheter en leasing avec un premier loyer de 1 500 euros. Ensuite, il y aura un loyer de 150 euros par mois. Si tout va bien, ce sera mis en place à partir du 1er trimestre 2025.
Quelle rentabilité pourra espérer un coiffeur qui en fera l’acquisition ?
C’est simple : 150 euros de location par mois, cela s’amortit en un service. Il n’y a pas de coût de produits, ni de consommation d’eau. Il n’y a que le coût de l’électricité et la location de la machine. Alors, oui, c’est plus rentable que la décoloration, mais, en même temps, c’est plus intéressant pour la qualité du cheveu.
On a l’impression que les coiffeurs sont moins équipés sur le plan technologique que les esthéticiennes. Comment l’expliquez-vous ?
Je pense que c’est vraiment historique. Ce sont deux métiers différents. Les esthéticiennes ont très vite compris qu’il fallait des appareils pour traiter la peau, retirer les cellules adipeuses, avec des massages, par exemple, ou des lasers ou des IPL. Il y a déjà beaucoup de services qui sont proposés par les esthéticiennes, mieux formées à l’utilisation de ce type de machines, alors que les coiffeurs, eux, ont des appareils qui sont assez basiques mais qui coûtent très cher.
Prenons par exemple un fauteuil de massage de type head spa. Il coûte entre 8 et 10 000 euros pour certaines marques, alors que l’on ne vend qu’un massage ou que de l’eau qui coule sur la tête… C’est pour ça que je crois qu’en mettant un peu de technologie dans l’univers de la coiffure, on professionnalise aussi le métier de coiffeur.
Cette machine est commercialisée sous la marque Divisco. L’avez-vous achetée en marque blanche ?
À l’origine, cette technologie a été développée par une société américaine dans les années 80, puis reprise par une entreprise française dans les années 90, avec un brevet à l’appui. Cependant, comme tous les brevets, celui-ci avait une durée de vie limitée et il est aujourd’hui tombé dans le domaine public. Cela nous a permis d’exploiter deux opportunités : d’une part, l’accès libre à cette technologie, et d’autre part, un décret de mai 2024 qui autorise désormais les esthéticiennes certifiées à utiliser les IPL et lasers pour la photo-dépilation.
En ce qui concerne la sécurité, quelles sont les précautions ?
Il est essentiel de créer un cadre sécuritaire de travail, ce qui est justement au cœur de notre démarche. Nous finalisons actuellement la mise en place de formations pour obtenir la certification d’opérateur laser, conformément à la réglementation française. Nous nous sommes inspirés des exigences du secteur esthétique pour les adapter au domaine de la coiffure. Par ailleurs, il est obligatoire de demander un consentement éclairé à la cliente, une pratique courante en esthétique qui pourrait bientôt devenir standard dans le métier de la coiffure.
Et les contre-indications ?
Il y a des contre-indications, notamment l’exposition aux rayonnements des lasers. Il faut informer la cliente sur les risques potentiels liés à cette exposition. Des équipements de protection individuelle, comme des lunettes, sont obligatoires pour protéger aussi bien l’opérateur que la cliente, afin de prévenir les risques de lésions oculaires ou cutanées en cas de mauvaise utilisation.
Nous avons anticipé ces risques en proposant un programme de formation complet pour les coiffeurs intéressés par cette nouvelle technique. Il comprend trois modules : la connaissance des différents types de lasers, la sécurité d’utilisation et la maîtrise des techniques d’éclaircissement par laser. À la fin, les participants passent une évaluation. Ceux qui la réussissent obtiennent une certification, leur permettant d’appliquer cette technologie en salon de coiffure.
Propos recueillis par Georges Margossian.
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