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Spa privatif : un nouveau modèle rentable du bien-être hôtelier 

Spa privatif

Longtemps perçu comme un service annexe, le spa est devenu un levier stratégique dans l’hôtellerie haut de gamme. Un quart de siècles après les premiers spas hôteliers, un nouveau format, la spa-suite privatisée, s’impose progressivement.

La crise sanitaire a donné un coup de boost au marché. Les clients ont redéfini leurs nouvelles priorités : moins de lieux partagés, plus de calme et davantage de personnalisation. Dans ce contexte, le spa collectif traditionnel, conçu pour absorber des flux importants, est en train de montrer ses limites.

C’est une voie royale, en revanche, pour le spa privatif, qui s’inscrit dans une logique différente, avec une expérience réservée, silencieuse et maîtrisée dans le temps. Bref, une nouvelle façon d’aborder le luxe. Et cette approche, Olivier Lecoq l’a déjà explorée, en 2013, avec sa suite « Bien-être », installée au coeur de l’hôtel Prince de Galles (photo ci-dessus), à Paris, en rupture totale avec les espaces spa partagés classiques. La suite comporte une très belle cabine de soins, un vestiaire, un hammam et une douche expérience. 

Autre pionnière de la suite privative, Isabelle Nordman, qui avait créé son spa urbain «After the Rain», à Genève, comme une succession de suites privatives, comprenant vestiaire, hammam, douche, zone de soin, espace de repos et jacuzzi. Fermé au début des années 2010, After The Rain a rouvert, dix ans plus tard, dans un nouveau lieu, plus petit et mieux adapté à son concept, dans le quartier résidentiel de Champel, toujours à Genève. 

Ces deux exemples sont aujourd’hui suivis par de nombreux établissements. Ils restent des modèles emblématiques de spas privatifs, chacun dans leur catégorie : After the Rain, pour les spas urbains, et la Suite Wellness  & Spa, pour le spa hôtelier. 

Spa privatif
Rouvert à Genève en 2022,  After The Rain inspire aujourd’hui les spas urbains. 

Des modèles différents, une même logique 

Le modèle « loggia privative urbaine ». C’est le modèle After The Rain : on n’y réserve pas un soin mais un temps pour soi, dans un espace privé (vestiaire, hammam, douche, coin repos, parfois jacuzzi), et on personnalise sur place, selon l’émotion du moment. Le produit, c’est la privatisation, et le soin son extension logique. 

Le modèle « palace, hammam privé et soin signature ». C’est le concept d’Olivier Lecocq. En palace, le spa privatif sert de signature ultra-ciblée, avec peu de volume, mais une forte valeur perçue et une expérience « rare ». Il est très adapté aux clientèles qui veulent le « luxe sans bruit ». 

Le modèle « resort : private spa suite VIP ». Un concept adopté par le Burgentstock Resort Lake Lucerne, en Suisse. L’établissement propose une expérience Spa suite (sauna, jacuzzi, cabine de soin, longe) avec vue sur la montagne. La privatisation devient ici un produit premium autonome et VIP, même au sein d’un grand spa. On conserve un grand spa, mais on vend l’exclusivité comme un étage supérieur de luxe.

Le modèle « destination nature ». L’hôtel 6717 Nature & Spa (nouvelle appellation du Clos des Délices), en Alsace, propose des suites dont certaines avec « private spa », comprenant douche hammam et jacuzzi sur la terrasse. Une solution idéale pour un hôtel de capacité limitée. Le spa est ici intégré dans la chambre. Il nécessite donc moins de surface collective et d’infrastructure lourde. On y retrouve une cohérence entre petite jauge, expérience intime et montée en gamme. 

Le modèle « bathhouse expérientiel ». Implanté à Barcelone, Londres et Copenhage, le groupe Aire met en scène une expérience de bains, avec, en particulier, à Barcelone, des expériences en duo très scénarisés. Ce n’est pas toujours 100 % privatif, mais c’est une réponse à la même demande, à savoir : calme, immersion et déconnexion, avec des modules duo ou privés. 

Le modèle « hôtel urbain » : spa en chambre. La private spa expérience de l’exécutive Suite de l’hôtel The Toren, à Amsterdam, propose une salle de bains spa, équipée d’un bain à remous, d’une douche expérience et d’une cabine hammam. C’est la déclinaison la plus accessible : pas besoin d’un grand spa, l’hôtel vend une chambre « augmentée » C’est une solution adaptée aux petits hôtels qui veulent une offre bien-être premium sans les charges d’exploitation d’un spa complet.  

Spa privatif
A Oxtrott, en Alsace, l’hôtel 6717 Nature & Spa propose, face à la nature des suites privatives avec jacuzzi en terrasse.

Surfaces réduites, chiffre d’affaires élevé 

D’un point de vue économique, le modèle du spa privatif présente des indicateurs particulièrement intéressants. La surface nécessaire reste limitée, généralement entre 20 et 35 m2, tout en générant un chiffre d’affaires au mètre carré nettement supérieur à celui d’un spa collectif.

Les tarifs de privatisation observés en hôtellerie 4 et 5 étoiles se situent entre 120 et 250 euros de l’heure, avec des taux d’occupation réalistes compris entre 40 et 60 %. À ces conditions, une seule spa-suite peut générer entre 90 000 et 160 000 euros de chiffre d’affaires annuel, hors ventes de soins. Un niveau de performance difficile à atteindre avec des installations plus vastes, souvent plus coûteuses à exploiter.

Un accélérateur du panier moyen

Autre atout majeur : l’impact direct sur le panier moyen. Là où une expérience spa classique se situe autour de 110 à 140 euros, l’intégration d’un espace privatif permet de doubler, voire tripler ce montant.

Les rituels combinant privatisation et soins personnalisés affichent des paniers moyens compris entre 220 et 450 euros, sans générer de résistance tarifaire particulière. Le client perçoit la valeur ajoutée : temps long, exclusivité et attention personnalisée.

Certains établissements ont même fait de cette approche un élément central de leur repositionnement spa, en structurant l’offre autour de rituels à durée définie plutôt que d’une consommation à l’acte.

Des coûts mieux maîtrisés

Sur le plan opérationnel, le spa privatif offre également une meilleure lisibilité. La gestion des flux est simplifiée, les plages horaires sont planifiées et le personnel mobilisé de manière ciblée.

En général, les exploitants observent une réduction des besoins en personnel simultané, une consommation plus mesurée de linge et de produits, une usure plus progressive des équipements, ainsi que des temps de nettoyage mieux intégrés dans le planning. Résultat : une marge brute supérieure de 10 à 20 points par rapport à un spa collectif classique, selon le niveau de gamme et l’organisation retenue.

Un outil de valorisation hôtelière

Au-delà des chiffres, le spa privatif joue un rôle clé dans la stratégie globale de l’hôtel. Il permet de se différencier sur des destinations fortement concurrentielles (littoral, villes thermales, destinations bien-être), sans nécessairement agrandir les infrastructures.

De nombreux hôteliers constatent aussi un impact indirect sur le prix moyen des chambres, avec une revalorisation comprise entre 10 et 25 euros par nuit, liée à l’image premium du spa et à l’enrichissement de l’expérience client.

Dans un contexte où les contraintes foncières sont fortes, le spa privatif s’impose donc comme une solution pragmatique. Le retour sur investissement est généralement estimé entre 24 et 36 mois, un délai compatible avec les exigences actuelles des investisseurs et des groupes hôteliers.

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