Dans un entretien au Monde, le psychologue et psychanalyste Michael Stora estime que l’«on est en train de basculer d’une médecine réparatrice à un esthétisme tyrannique».
Selon lui, les réseaux sociaux participent à la standardisation des visages, facilitée par l’utilisation assidue des filtres Instagram. Ces derniers en produisent d’ailleurs deux grands types. Le premier se caractérise par un visage émacié, creusant ainsi les joues et renforçant les pommettes.
«C’est un standard de beauté qui existe depuis un moment déjà – certaines actrices hollywoodiennes se faisaient arracher les dents de sagesse pour creuser la joue et créer une finesse au niveau du visage – et qui reste à la mode dans des grandes villes comme Paris, où la minceur est valorisée», souligne-t-il dans un entretien au Monde.
L’effet Manga « avec de grands yeux »
Les filtres produisent aussi un autre type de visage, ce que le psychologue désigne par l’effet Manga, «avec des grands yeux, une grande bouche et un petit nez. On dirait un enfant, mais avec un corps hypersexualisé». Mais l’auteur de «Réseaux (a) sociaux» (Larousse, 2021) voit surtout émerger, à travers tous ces artifices, un «esthétisme tyrannique».
«Les injections, par exemple, ont une durée éphémère, leur effet disparaît au bout de trois ou quatre mois. On va peut-être découvrir une jeune génération qui développe une addiction à ces piqûres comme un moyen de continuer éternellement à correspondre à un idéal», s’interroge le spécialiste.
Pour lutter contre ce trouble mental, caractérisé par une perception démesurée de ses petits défauts, le psychologue propose qu’il y ait des entretiens psychologiques avant toute opération, «pour déceler si la demande d’intervention ne cache pas une symptomatologie plus profonde», et éviter ainsi qu’elle ne se traduise par un recours compulsif à la chirurgie…



