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Léonard Anthony : « Je crois qu’il y a une confusion fondamentale entre bien-être et bien aller »

Comment venir à bout de sa fatigue

S’il y a bien un domaine, dans le bien-être, où les idées reçues sont légion, c’est bien la fatigue ! Pour vous aider à y voir plus clair, Profession bien-être a interrogé Léonard Anthony, praticien en hypnose, auteur de «Good Bye fatigue !»*. Il dirige aussi le projet «Fatigue et attention» mis en place par l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Leonard Anthony praticien en hypnose Profession bien-être : Pourquoi parle-t-on tellement de la fatigue aujourd’hui ?

Léonard Anthony : Je vois plusieurs facteurs. D’abord, la pandémie a fait bouger les lignes chez un grand nombre d’individus. L’avénement des technologies dans nos vies quotidiennes était censé nous faciliter la vie. En réalité, elle a joué sur une accélération de nos modes de vie. Nous devions répondre à des tas de messages en permanence, être multitâche, et, tout d’un coup, avec l’arrivée de la pandémie et des confinements, en particulier, le premier, on a dû faire stop ! Cela a permis à beaucoup de gens, dans différents milieux, de découvrir ce que voulait dire le mot… repos.

Le deuxième point, c’est que les personnes arrivent à bout d’un système, en ce sens que nous traversons des crises qui ne s’arrêtent plus : virus, pandémie, réchauffement climatique, guerre… Tout ça crée un contexte aujourd’hui très particulier, qui fait qu’il y a un épuisement diffus qui traverse la société. Les gens sont fatigués individuellement, mais aussi collectivement.

Enfin, dernier point : nous sommes en train d’arriver à une période charnière de l’histoire de l’Humanité, où tout repose sur nos actions qui, fondamentalement, épuisent la planète. C’est la fameuse période dite «anthropocène». Si on demande à des individus, qui sont au bout du rouleau, de considérer la fatigue d’autrui et, plus encore, la fatigue globale, on marche sur des bases qui sont vouées à échouer…   

Vous dites aussi qu’il beaucoup d’idées reçues sur le sujet. Par exemple, vouloir «combattre la fatigue» est une erreur selon vous. Pourquoi ?

La première chose, c’est qu’il faut comprendre et ressentir sa propre fatigue. Se dire qu’il faut «combattre sa fatigue» ne mène donc qu’à un seul résultat : s’épuiser encore plus ! Comme nous l’enseignent les thérapies comportementales et cognitives, si vous cherchez à tout prix à vous débarrassez de ce qui provoque chez vous une peur ou une angoisse, il y aura un effet boomerang.

Il en est de même pour la fatigue. Chaque fois que vous êtes fatigué, la première des choses que vous cherchez, c’est la pilule magique. Vous ne faites qu’une seule chose : créer des stratégies d’évitement et vous n’allez pas à la rencontre de la fatigue qui, en règle générale, a beaucoup de choses à vous dire.

Les fatigués sont-ils des gens qui dorment peu ? Autrement dit, la durée du sommeil est-il le seul atout pour ne plus ressentir de la fatigue ?

Il est évident que si vous ne dormez pas du tout, vous allez être épuisé et fatigué. Comme tout organisme vivant, nous avons des moments où nous devons nous arrêter, mais ça ne suffit pas. Je mets de côté les causes médicales, comme l’apnée du sommeil. Il y a des gens qui ruminent au cours de la nuit, qui se réveillent et qui n’arrivent pas à enchaîner le cycle suivant, alors que d’autres qui ont l’impression de très bien dormir se réveillent épuisés.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que, si vous êtes fatigué durant la journée, vous n’aurez pas forcément un sommeil réparateur. C’est ça que je constate de plus en plus. Si votre manière de vivre est source de fatigue intellectuelle, d’angoisse, et que vous n’avez jamais rencontré la bonne fatigue, vous aurez des épiphénomènes au milieu de votre nuit, qui vous réveilleront. Il faut donc agir tout au long de la journée.

C’est la raison pour laquelle vous mettez aussi en garde contre, je vous cite, «les injonctions perpétuelles au bonheur et à la perfection»…  On s’épuise à être bien ?

C’est une question fondamentale, parce que, moi même, ayant étudié le yoga, la méditation et l’hypnose, j’ai vu, dans certains cas, comment il pouvait y avoir des dérives de performance, associées à ces disciplines, qui, par nature, n’en ont pas. Aujourd’hui, il y a une forme d’injonction à vouloir être bien. Je crois qu’il y a une confusion fondamentale entre bien-être et bien aller. Et si l’objectif est de bien aller, alors il faut être vigilant avec toutes les stratégies de bien-être qui sont marketées et qui sont vendues, pas forcément avec la bonne approche, car elles peuvent vous amener à être plus fatigué.

L’une des injonctions les plus banales dans le bien-être, notamment chez ceux qui en ont fait leur métier, c’est de dire qu’il faut apprendre à lâcher prise. Vous, vous dites, au contraire, «prenez prise avec tout ce que vous êtes, tout ce qui vous entoure»…

Si vous saviez le nombre de personnes qui viennent me voir avec une forte culpabilité en me disant : «J’ai essayé plein de choses et je n’arrive pas à lâcher prise» ! Je leur réponds tout de suite : moi non plus… (rires) Bien sûr, il y a une pointe d’espièglerie dans ma formule. Je leur explique alors que, si je ne peux pas lâcher prise, c’est parce qu’il y a de nombreuses idées reçues derrière cette injonction.

Par exemple, il faut que je sache lâcher mes pensées, les laisser passer devant mes yeux, ne penser à rien… Je leur réponds toujours que je connais peu de méditants qui soient capables de faire ce qu’ils décrivent. Et cela les libère.

Que leur proposez-vous ?

De prendre prise avec l’intégralité de leur existence. C’est pour cela que j’ai défini la notion d’hypnose écologique, qui consiste à dire : nous partons de l’écologie de l’individu jusqu’à l’écologie globale. Vous apprenez à prendre prise avec tout ce que vous êtes, vous vous réconciliez avec votre corps sans être dans un rapport de performance, sans vouloir être dans un rapport d’objet utilitaire, et en étant moins dans le jugement permanent.. 

Cela va aussi vous permettre d’entrer en relation avec, ce qui est une formidable source de soulagement, l’écologie dans sa globalité. Et considérer la nature comme un élément structurant qui va vous permettre de libérer votre fatigue et de la laisser finalement s’évacuer par elle même.

Pour autant, vous expliquez aussi que «s’abandonner» à son état de fatigue, c’est, je vous cite encore, «une rampe d’accès au repos et au bien-aller qui en découle»… N’est-ce pas là le véritable «lâcher-prise ?

Vous avez raison. Comme je l’ai expliqué, ces mots enferment des injonctions, tétanisent les gens. Quand je propose aux gens d’apprendre à s’asseoir pour que le fauteuil puisse éponger leur fatigue, ce n’est rien d’autre que de se laisser aller et abandonner toute résistance, abandonner le «combat» contre la fatigue. Mais si je leur disais «lâchez prise dans le fauteuil», cela ne marcherait pas.

La première des choses, c’est aussi de faire des pauses régulières. Je dis aux gens de ne pas mettre de chronomètre. Vous êtes libres, asseyez vous, mettez en mode avion votre téléphone portable, fermez les yeux respirez quelques instants, le temps dont vous avez besoin pour pouvoir vous relever.

Il existe aussi, vous dites, ce qu’on appelle la « bonne fatigue ». Où la trouver ?

C’est un point fondamental. L’être humain est ainsi fait qu’il va focaliser en premier lieu sur ses problématiques. Les ruminations se font rarement sur les éléments positifs de la journée. C’est une source de fatigue incommensurable ! Il y a une autre voie qui consiste à dire : et si j’apprenais à ruminer tout ce qui se passe de bien dans ma journée. Je vais alors me rendre compte qu’il y a une satisfaction à accomplir des choses.

La bonne fatigue, c’est aussi celle qui nous relie à notre corps. Il faut, comme le préconise l’OMS, au moins 30 minutes consécutives d’activité physique par jour. Cela consiste juste à se lever de son fauteuil et à aller marcher. En ne sollicitant pas son corps, on l’épuise. Je travaille avec des services hospitaliers et nous voyons des gens qui, à force de rester assis, développent des pathologies.

Les études récentes ont démontré que, quand des gens étaient bloqués face à un problème sur leur ordinateur, le fait d’aller marcher leur permettait très souvent de trouver une solution à leur problème. C’est comme si la mise en mouvement du corps remettait en mouvement l’esprit.

Propos recueillis par Georges Margossian.

Good bye fatigue de Leonard Anthony(*) « Good Bye fatigue ! L’art de ne plus subir sa fatigue et celle des autres », Editions Overjoy, 16,90 euros.

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