L’idée d’aborder l’individu dans sa globalité fait aujourd’hui consensus, tout comme l’aspect multidimensionnel du concept de «bien-être». Reste à identifier les liens qui peuvent exister entre ses différentes composantes. Trois psychologues américains pensent avoir trouvé la solution.
Si le bien-être relève du ressenti, comment le caractériser ? Pas facile, en effet, de déterminer ce qui est bon pour une personne. Surtout, si le bien-être, c’est davantage qu’être heureux. On ne peut donc pas le résumer à un état particulier à un moment donné de son existence, car c’est un processus dynamique qui s’appréhende dans la durée.
Et le plaisir n’est pas son seul levier. N’en déplaise à Rabelais, un hédoniste qui enchaîne les expériences agréables, en buvant sans limite dans la joie et la bonne humeur, mange riche et en abondance et s’amuse toutes les nuits, n’est pas sûr de s’en sortir à terme sans dommage physique ou psychologique !
Le bien-être ne s’apparente donc pas à un comportement tourné exclusivement vers le court terme et les sensations immédiates. Un juste équilibre doit être trouvé. Dans les années 1950, le docteur Habert L. Dunn, spécialiste des statistiques médicales aux Etats-Unis et initiateur du «wellness movement», y a vu un état positif, qui va bien au-delà de la «non-maladie».
C’est pourquoi il préférait parler de «haut niveau de bien-être» qui se voulait, selon sa définition, «une méthode d’intégration des fonctions de l’organisme humain orientée vers l’optimisation du plein potentiel de l’individu. […] qui exige que cette personne sache maintenir, dans son environnement, un certain équilibre et une direction réfléchie de ses actions». Bref, un mode de vie orienté vers la santé optimale.
Le bien-être et ses multiples dimensions
Dix ans plus tard, le mouvement New Age, issu de la contre-culture américaine, y a injecté une bonne dose de spiritualité, voire d’ésotérisme. Dans son livre emblématique, Les Enfants du Verseau, publié en 1980, Marylin Ferguson prône une vision holistique de la santé, «une approche qualitativement différente, qui respecte l’interaction de la psyché, du corps et de l’environnement».
L’idée d’aborder l’individu dans sa globalité fait aujourd’hui consensus. Mais cette «globalité» recouvre quoi précisément ? Dans les années 1990, trois chercheurs américains en développement personnel, Myers, Sweeney et Witmer, se sont penchés sur cet aspect multidimensionnel du bien-être, en tentant d’identifier les liens qui pouvaient exister entre la santé, la qualité de vie et la longévité.
Après avoir constaté les limites d’une prise en charge médicalisée curative, ils ont fini par proposer un modèle unique en son genre, une «roue du bien-être » composée de douze dimensions interactives*.

Source : The Wheel of Wellness. © J. M. Witmer, T. J. Sweeney, and J. E. Myers (1996)
La spiritualité, on le voit, se trouve au cœur de la roue. Pour les auteurs, c’est la dimension la plus importante, d’où sa centralité́. Précision : le terme recouvre une approche assez large qui ne se confond pas avec la religion, car il englobe les croyances et les valeurs personnelles. Ainsi, les chercheurs partent de l’idée que les personnes qui possèdent un sens élevé de leur bien-être ont tendance à vivre les événements de manière positive.
À la périphérie, la «self-direction» désigne la manière dont nous dirigeons nous-mêmes nos activités quotidiennes et la poursuite de nos objectifs. Plusieurs facteurs en influencent l’intensité́. Le contexte culturel y joue un rôle important. En Occident, où les valeurs individualistes sont mises en avant à des degrés divers, l’estime de soi peut constituer un élément favorisant le bien-être, alors que les pays asiatiques privilégieront sans doute davantage l’harmonie dans les relations sociales.
Ce que les auteurs désignent par «croyances réalistes» (realistic beliefs) relève d’un constat simple : si nous sommes perturbés, c’est par la manière dont nous voyons les choses. Par exemple, penser que nous devons absolument être aimé ou approuvé par les autres, rechercher à tout prix la perfection, etc.
La santé n’est pas la principale préoccupation
Quel rapport avec le bien-être ? Les personnes qui l’éprouvent seraient capables de filtrer les bonnes informations et de percevoir la réalité. Plus le décalage est élevé, plus le mal-être s’accroît. La conscience émotionnelle (emotional awareness) fait aussi partie des leviers identifiés par les auteurs pour maîtriser le cours de sa vie. Certaines personnes sont, en effet, dans l’incapacité de vivre et d’exprimer leurs émotions, ce qui limiterait leur capacité́ à vivre pleinement leur existence.
Les cercles supérieurs du graphique illustrent les grands domaines de notre vie. Chacun, bien sûr, interagit avec les autres d’une façon qui n’est pas neutre sur notre bien-être, que ce soit l’amitié, l’amour, le travail, l’éducation ou des éléments extérieurs, comme la politique du gouvernement ou l’état de l’économie !
En concevant ce modèle, les auteurs ont voulu montrer que le bien-être représentait d’abord un choix de vie dont les multiples leviers étaient susceptibles de créer, chez tout individu, un sentiment d’harmonie, à la fois physique, mental et spirituel, pour peu qu’il sache les identifier et agir sur eux.
Ils reconnaissent aussi que les personnes qui s’intéressent à leur bien-être développent une sorte de spiritualité qui est source d’optimisme et de résistance au stress, prévenant les maladies, sans avoir recours nécessairement à une médication, même si la santé n’est pas forcément leur principale préoccupation.
(*) Myer J.E., Sweeney T.J. et Witmer J.M, «The Wheel of Wellness Counseling for Wellness : A Holistic Model for Treatment Planning», Journal of Counseling & Development, Summer 2000, Volume 78.



