Les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme sur la présence de résidus de pesticides dans l’eau potable, même après l’interdiction de leur utilisation.
Selon un rapport du laboratoire d’hydrologie de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), les campagnes menées pour mesurer la présence de composés chimiques dans l’eau destinée à la consommation humaine ont révélé la présence de traces de plus de 150 pesticides et métabolites de pesticides ainsi qu’une cinquantaine de résidus d’explosifs.
La dernière campagne avait pour but d’élargir le spectre des composés surveillés dans les eaux destinées à la consommation humaine, afin d’améliorer la connaissance des contaminations des ressources en eaux et des eaux traitées pour la production d’eau du robinet (EDCH).
«Les prélèvements ont notamment concerné 157 pesticides et métabolites de pesticides, c’est-à-dire des composants issus de la dégradation des produits phytopharmaceutiques. 89 d’entre eux ont été détectés au moins une fois dans les eaux brutes et 77 fois dans les eaux traitées», indique le rapport.
Parmi les sept composés «émergents» ayant conduit à des dépassements de la limite de qualité de 0,1 µg/litre, un cas en particulier se dégage : le métabolite du chlorothalonil R471811, qui ne fait pas partie des pesticides dépistés systématiquement dans l’eau du robinet.
Des résidus de pesticides persistants
Cette substance a retenu l’attention des scientifiques sur deux points particuliers : d’une part, c’est le métabolite de pesticide le plus fréquemment retrouvé, dans plus d’un prélèvement sur deux ; d’autre part, il conduit à des dépassements de la limite de qualité dans plus d’un prélèvement sur trois.
Ce métabolite est issu de la dégradation dans l’environnement du chlorothalonil, un fongicide pourtant interdit en France depuis 2020. Il avait été inclus dans la campagne suite à la publication de données suisses en 2019, indiquant sa fréquence dans les eaux de consommation.
Plus préoccupant, l’Anses a également souligné, dans son communiqué, que ces résultats démontraient la persistance de certains métabolites de pesticides dans l’environnement plusieurs années après l’interdiction de leur substance active dont ils sont issus.



