Profession bien-être : Comment percevez-vous l’évolution du marché du bien-être, notamment à Paris ?
Amandine Fornot : C’est en grande partie après le Covid que les mentalités ont vraiment évolué. La pandémie a montré que la vie pouvait basculer en un instant. Les gens ont compris qu’ils vivaient sur un fil. Et, tout d’un coup, on a pris conscience de notre santé. On a ralenti, on a pris le temps de nous recentrer sur nous-mêmes. Avant, on était dans un rythme effréné, métro-boulot-dodo, et il y avait moins de possibilités pour prendre soin de soi. Il n’y avait pas encore une véritable culture du bien-être et de nombreux lieux régénératifs n’existaient pas encore.
Selon vous, le Covid a donc été un véritable point de départ pour cette prise de conscience ?
Oui, exactement. Après la pandémie, les gens ont commencé à chercher des moyens plus sains de vivre. Certains ont cherché à faire du sport, d’autres à se tourner vers l’alimentation, en cuisinant eux-mêmes. C’est un changement radical. On a aussi vu l’essor des réseaux sociaux, qui ont permis de partager des informations sur le bien-être. Les gens se sont éduqués. Ils se sont rendu compte que ce qu’ils mangeaient avait un impact direct sur leur santé. La génération actuelle en est beaucoup plus consciente qu’auparavant.
Vous venez de publier un guide qui présente 70 lieux de bien-être à Paris. S’il avait été écrit il y a 20 ans, il aurait probablement été centré sur les spas. Or, aujourd’hui, on y trouve une grande diversité de lieux. Qu’est-ce qui a changé dans le bien-être ?
En effet, il y a 20 ans, les spas étaient presque les seuls endroits où l’on pouvait se détendre. Mais aujourd’hui, tout a évolué. Le yoga, par exemple, était pratiqué par une poignée de personnes. En 2008, très peu de gens à Paris faisaient du yoga, à part des retraites en Inde. Aujourd’hui, c’est devenu un élément incontournable du bien-être. Dans ce guide, on a donc voulu rassembler toutes ces pratiques qu’on allait chercher ailleurs – aux États-Unis, en Suisse, au Brésil, en Corée – et les adapter à Paris. On se rend compte qu’en ville, on a besoin d’une hygiène de vie spécifique pour vivre longtemps et en bonne santé. Et ce n’est pas juste pour avoir un joli corps. On veut être en forme et pouvoir vivre le plus longtemps en bonne santé.
Vous parlez d’un bien-être plus complet, plus global. Quels nouveaux types de lieux sont apparus ?
Les spas ne se limitent plus à des moments de détente superficiels. Les gens recherchent des endroits qui offrent des solutions fonctionnelles. Le yoga, par exemple, se pratique de différentes manières pour éviter d’agresser ou d’oxyder le corps, tout en prenant du plaisir à se reconnecter au bien-être. Autre exemple : les centres régénératifs. Ils ne se contentent pas de relaxer le corps, mais aident à améliorer le métabolisme, à nous régénérer plus vite ou à déconnecter un peu aussi notre cerveau.
On ne vient plus dans un spa pour se faire faire des papouilles. On y va pour se recharger. Ce n’est plus la quête du corps parfait, à la Pamela Anderson. Cette époque est révolue. Ce qu’on veut maintenant, c’est un corps qui nous permet de rester en forme, de tenir sur la durée, sans chercher à performer. L’esthétique n’est plus la seule motivation.
Vous mentionnez la la beauté-tech, qui est aussi en plein essor. Quelles sont les évolutions dans ce secteur, notamment à Paris ?
La beauty-tech, c’est une véritable révolution. On voit émerger des soins techniques comme la led, la radiofréquence… Ces pratiques sont désormais scientifiquement prouvées et largement utilisées. Mais on voit aussi des approches plus traditionnelles, holistiques, comme les massages du visage, inspirés du Japon, le Kobido, par exemple. Et puis, il y a tout un travail autour du drainage du corps, car nous savons que beaucoup de nos émotions se bloquent dans notre corps. Cela fait partie d’une approche globale de bien-être, qui s’adapte à notre époque.
Finalement, avec l’évolution du bien-être, les instituts de beauté sont-ils en train de se réinventer à Paris ?
Oui, c’est clairement en train de changer. Fini le temps de «Vénus Beauté». On n’est plus dans l’univers de la beauté superficielle. Les ateliers du sourcil ont explosé, parce qu’on s’est rendu compte des erreurs qu’on a faites dans le passé, en s’épilant trop. De même, les salons de coiffure se diversifient, en proposant des soins plus techniques, inspirés du Japon, pour réparer les cheveux abîmés. Il y a une réelle prise en charge des erreurs passées, où l’on a abusé des décolorations, mais aussi une approche plus profonde du bien-être et de la beauté.
Propos recueillis par Georges Margossian.
« Paris Wllnss Guide », Amandine Fornot et Fanny Morel, Les éditions Papier, 25 euros. Disponible sur le site de l’éditeur et chez Oh My Cream, Merci, le Royal Monceau et le 48 Collagen Café.
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