Les compétitions où s’affrontent masseurs et praticiens font recette, mais pas l’unanimité, certains professionnels estimant que le massage ne peut se juger «de l’extérieur». Faut-il les maintenir ? Profession bien-être a posé la question à Mickael Denis, formateur et ancien champion de France de massage.
Profession bien-être : Depuis quelques années, les championnats de massage se sont multipliés, tant en France qu’à l’international : concours de la «Main d’Or», championnat de France (ex-concours «Les meilleures mains de France»), championnats d’Europe ou du monde… Pourquoi soulèvent-ils autant de critiques ?
Mickael Denis : En fait, ils indisposent beaucoup de passionnés de massage ! Pour beaucoup de professionnels établis depuis longtemps, les championnats de massage sont une hérésie ! Et ils ont un argument massue : pour eux, la seule personne apte à juger un massage, c’est la personne qui le reçoit. Et encore, à condition qu’il s’agisse d’un professionnel. Il faudrait donc que chaque membre du jury reçoive le massage en question, ce qui est matériellement impossible.
Pour un passionné de massage, chaque soin est unique et fait l’objet d’une connexion entre massé et praticien. Le massage n’est pas une technique manuelle lambda. C’est un art. Un art qui prône le partage, l’échange, l’écoute de l’autre, le respect, l’humilité et le mélange des cultures. Dans cette optique, tout comme pour l’aïkido, l’idée même de compétition est une injure pour le praticien.
Se pose aussi la question du choix du jury. Qui est légitime pour juger de la qualité d’un massage ?
C’est même la question essentielle. Comment choisit-on les membres d’un jury de championnat ? Qui est légitime et qui ne l’est pas ? Un juge qui appartient à un label ne va-t-il pas inconsciemment privilégier un candidat qui appartient au même label ? De même, une école privée qui organise un concours ne va-t-elle pas favoriser un élève de son établissement, pour ensuite communiquer sur la qualité de son enseignement ?
Si l’on part sur ces arguments, les championnats seraient une dérive de cette nouvelle industrie du bien-être, où l’on fait le maximum avec le minimum. Où le massage n’est qu’un simple produit à vendre, quelles que soient sa pertinence ou sa qualité. Une industrie où l’on ne respecte ni le masseur, ni le massé.
Ce sont les arguments que l’on vous oppose ?
Oui. Et j’ai beau expliquer que l’on juge les massages sur des critères bien précis, la position, la fluidité des gestes, la pertinence des enchainements, et qu’il y a plusieurs catégories, rien n’y fait. On me rétorque que, justement, les championnats provoquent une uniformisation de la pratique sportive et que le massage est par essence contraire à l’uniformisation. Riche par ses multiples approches et par les cultures qui le composent, il vaut mieux qu’un simple concours.
Face à ces puristes, comment expliquez-vous cet engouement pour les concours ?
Pour un praticien qui y participe, un concours, c’est un peu comme Noël pour les enfants. Cela n’arrive qu’une fois dans l’année, et c’est un énorme cadeau en soi. D’abord, en tant que masseur, j’ai beau avoir participé à plusieurs concours, je n’ai jamais ressenti le moindre esprit de compétition entre praticiens. Ils se sentent surtout en compétition avec eux-mêmes, pour donner le meilleur d’eux-mêmes.
C’est aussi une expérience humaine formidable. C’est un moment unique pour échanger, pour partager, pour s’enrichir des valeurs des uns et des autres, pour s’inspirer, et pour faire de belles rencontres. Cela permet aussi de sortir de sa routine professionnelle et de sa zone de confort. Pour un praticien, participer à un concours n’est pas anodin. C’est une remise en question de son propre travail, car il se soumet au jugement des autres. C’est un gage d’humilité et de courage.
Quel est l’intérêt pratique pour un masseur de participer à un concours ?
D’un point de vue professionnel, un concours peut se révéler très utile. Même sans gagner, le fait de participer véhicule une énergie positive autour de votre pratique et représente une réelle preuve sociale. J’ai eu la chance de gagner l’édition 2016 des «Meilleures mains de France» et cela a été très positif auprès de ma clientèle.
Si vous êtes salarié, vous allez vous sentir boosté par votre équipe et vos responsables hiérarchiques. Vous allez représenter les couleurs de votre entreprise. Si vous remportez un prix, votre employeur va pouvoir vous mettre en avant pour vendre ses prestations. Et votre succès rejaillira sur la compétence de votre équipe.
Et si vous recherchez du travail, n’oubliez pas que les championnats de massage sont de plus en plus relayés dans la presse. Autant vous dire que, sur un CV, être lauréat ou participant à un concours attire facilement l’attention d’un recruteur.
Vous conseilleriez donc, malgré les réticences des puristes, à participer à ce type de concours ?
Forcément ! Participer à un championnat de massage, non seulement peut faire évoluer votre situation, mais aussi à mieux vous connaitre, à en apprendre beaucoup sur vous-même, sur votre pratique et sur celle des autres.
Propos recueillis par Siska von Saxenburg.





