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Parce que le bien-être, c'est aussi une affaire de professionnels

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« Trop de conservateurs privent les cosmétiques de leurs principes actifs »

La démarche d’Annabelle Szwed, qui a lancé l’an dernier Matière brute, est peu banale : ses soins sont composés de végétaux extra-frais, inspirés de l’alimentation en circuit court. Car, pour la jeune créatrice d’entreprise, la peau vit aussi les cycles naturels des saisons. Rencontre.  

Profession bien-être : Créer une marque cosmétique, était-ce votre vocation ?

Annabelle Szwed : Au départ, pas du tout. Ce qui m’anime au quotidien, c’est le développement durable, sous toutes ses formes. Il m’a fallu plusieurs années pour imaginer Matière brute. Il y a aujourd’hui des opportunités dans tous les secteurs d’activité pour revoir nos modes de consommation et de production. C’est une révolution économique, sociale et environnementale qui est en train de se manifester. Et j’avais envie, à mon échelle, d’y participer.

Cela ne s’improvise pas…

J’avais tout de même une passion pour le green et le développement durable. Après une école de commerce et Sciences Po, j’ai choisi le secteur de la responsabilité sociétale des entreprises. Mon travail consistait à analyser les engagements de grands groupes cotés.

Mais je suis plus une femme de terrain que d’observation… J’ai voulu renouer avec quelque chose de concret : la terre nourricière. J’ai choisi de reprendre des études pour devenir agricultrice. Mais là, sur les bancs du lycée agricole, il m’a fallu composer avec des enseignants pro-Monsanto, pas vraiment dans mes convictions !

Comment s’est effectué le passage de l’agriculture à la cosmétique ?

En fait, lorsque je me suis retrouvée enceinte de mon premier enfant, je me suis penchée sur le monde de la cosmétique. Je me suis aperçue que l’on parlait de soin cosmétique bio avec moins de 10% d’ingrédients bio présents dans la formule ! En outre, la présence massive de conservateurs prive ces soins de pratiquement tous les actifs. C’est la différence entre un aliment frais et un aliment en conserve.

J’ai alors réfléchi à la saisonnalité des soins. L’alimentation de saison permet de répondre aux besoins du corps. Les fraises en été, les poireaux en hiver, cela répond à nos besoins. Pourquoi ne pas faire de même pour la peau qui vit les cycles naturels des saisons ? En 2014, je commence à me former à la réglementation cosmétique. Ma conviction se renforce : je veux proposer des soins à base d’ingrédients bruts, biologiques, frais et de saison.

Vous décidez de supprimer tous les conservateurs. Pourquoi ?

La peau a besoin de bonnes bactéries. Or, les conservateurs ne font pas la différence entre les bonnes et les mauvaises bactéries. Ils les suppriment toutes. De fait, les soins Matière brute ont une validité de trois mois, soit le temps de la saison. Ils sont préservés grâce aux ingrédients, aux formules, aux méthodes de production et aux conditionnements.

Pensez-vous avoir une démarche holistique ?

A titre personnel, j’aime cultiver le bien et le bon à l’intérieur et à l’extérieur de moi. Je pratique donc une approche holistique pour être bien dans ma peau. Le bien vivre, le bien manger et le bien bouger sont des piliers de ma bonne santé physique, mentale et spirituelle. La cosmétique comme je la vis chez Matière brute s’inscrit dans mes fondamentaux. C’est une approche que j’ai envie de partager autour de moi.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières dans le démarrage de votre activité en tant que femme entrepreneure ?

Bien sûr ! Je me suis prise plusieurs portes, dont certaines que j’ai verrouillées moi-même. La première : m’imaginer entreprendre comme un homme, alors que j’étais enceinte. On ne nous apprend pas l’entreprenariat au féminin à l’école, ni à être mère, d’ailleurs. Mon business plan où je m’étais réservé 80 heures de travail par semaine n’était absolument pas compatible avec ma vie de mère, ni même réaliste. J’ai dû revoir toute mon organisation, accepter de ralentir, me mettre au clair avec mes ambitions, lever des fonds, réunir une équipe d’experts.

La deuxième difficulté a été de lâcher prise en déléguant. En clair, pour être le moteur de mon entreprise et non le frein, il m’a fallu mettre mon ego au service de mon entreprise et mon entreprise au rythme de ma vie de femme. Et apprendre à recruter. C’est un enjeu fondamental dans la vie d’une jeune entreprise.

Au-delà du recrutement, c’est aussi trouver les bonnes parties prenantes du projet : producteurs, laboratoires d’expertise, fournisseurs, partenaires commerciaux, ambassadeurs, porte-paroles. Une belle alchimie doit se créer entre tous les acteurs. Alchimie mouvante, car rien n’est permanent !

Quel a été le passage le plus difficile pour la mise en production de votre marque ?

Lorsque j’ai voulu trouver le laboratoire de fabrication pour lancer ma gamme de soins. Mauvaise nouvelle, aucun laboratoire à l’époque ne me suit sur ce projet : la formule est trop innovante et le cahier des charges trop difficile à mettre en œuvre. Aujourd’hui, je vois cela comme une chance. C’est une réelle force pour une jeune entreprise dans ce secteur d’avoir un laboratoire indépendant intégré́. Cela nous permet de maitriser notre chaîne de valeur, d’innover et de rester agile dans notre croissance.

Et votre prochain défi ?

Le principal défi pour nous aujourd’hui, comme pour toute jeune entreprise, c’est de maîtriser la croissance que nous sommes en train de vivre et de trouver la juste rentabilité́. Il nous faut aussi innover pour préserver l’éthique et la qualité́ de notre offre.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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