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Antiquité : le bain grec, l’autre histoire du thermalisme

LE BAIN GREC, L'AUTRE FACE DU THERMALISME

Longtemps éclipsés par la magnificence des thermes romains, les bains collectifs dans la Grèce antique, apparus dès la fin du Ve siècle av. J.-C, font preuve d’une grande originalité architecturale, mais aussi d’une technicité insoupçonnée, comme le montrent de récentes découvertes.

L’eau y est parée de toutes les vertus. Asclépios, dieu grec de la médecine, prescrit même le bain pour guérir les maladies mentales. Ainsi, les Grecs croyaient à ses vertus thérapeutiques, mais aussi aux plaisirs qu’il pouvait aussi procurer. Et si leurs thermes sont conçus, au départ, pour des soldats ou de jeunes athlètes, ils finiront par s’ouvrir à toutes les couches sociales des cités, bien avant qu’Alexandre (356-323) n’en diffuse le principe autour du bassin méditerranéen.

Les découvertes récentes permettent d’apporter un nouvel éclairage sur leur fonctionnement et leur architecture. Pas moins de quatre-vingts édifices ont été ainsi mis à jour en Méditerranée, soulignent les archéologues Thibaud Fournet et Bérangère Redon, dans un article* qui nous servira ici de fil conducteur.

Les bains comptaient, en moyenne, une vingtaine de cuves plates, appelées «pyelos», disposées en couronne dans une pièce circulaire, la «tholos». Mais leurs installations n’étaient pas toujours aussi sommaires qu’on le croyait autrefois. D’autres équipements pouvaient s’y ajouter, comme des étuves, des baignoires individuelles ou collectives, des vestiaires, des salles d’attente, voire des espaces destinés aux massages ou aux onctions.

Le parfum représente aussi un langage que les Grecs sont les premiers à interpréter en mélangeant les encens, comme la myrrhe ou le styrax, résines odorantes au musc, le santal, l’ambre et le camphre à la cannelle, la muscade, le poivre, le gingembre et la vanille. On retrouve cet attrait dans les accessoires que l’on emporte avec soi aux thermes : le strigile, sorte de racloir en fer qui permet de se débarrasser de l’huile et de la sueur après l’effort physique, des éponges, qui servent aux ablutions, mais surtout l’aryballe, petite fiole contenant des huiles parfumées ou des détergents à base de potasse.

D’Athènes à l’Egypte : plusieurs modèles de thermes

A la suite des conquêtes d’Alexandre, la conception du bain grec va aussi évoluer, selon les régions et les cultures. A l’époque hellénistique, il existe trois grands modèles de thermes. Le premier, principalement en Sicile, fait apparaître des techniques de chauffage sophistiquées. Idem pour le deuxième, situé en Grèce, mais avec des installations individuelles juxtaposées, pour rendre les établissements plus confortables.

Enfin, un troisième modèle a été identifié en Egypte, où l’on préfère conserver une pratique «individuelle» du bain public. «Le Proche-Orient hellénistique semble ignorer le bain collectif, qui ne s’y implantera durablement qu’avec les conquêtes romaines. Il faut peut-être y voir l’expression, là encore, d’une réticence des populations locales face au bain collectif, liée, au moins en Egypte, à des précautions hygiéniques», expliquent Thibaud Fournet et Bérangère Redon.

Reste un point commun, et non le moindre : tous partagent les mêmes avancées techniques en matière de chauffage. Des dispositifs sont ainsi construits sous terre un peu partout en Méditerranée. «A Gortys d’Arcadie (Grèce), ils prennent la forme de conduits souterrains ou de couronnes chauffantes ; en Grande Grèce, on trouve des couloirs profonds en forme de bouteille, ainsi que des canaux de chauffe ; en Egypte enfin, sont attestées des couronnes souterraines et des parois chauffantes, véritables radiateurs muraux», détaillent les archéologues.

L’eau chaude ainsi produites dans des chaudières et des réservoirs vient chauffer les bassins collectifs, les étuves et les baignoires. Selon les auteurs, «la généralisation du chauffage, s’il améliore encore l’efficacité du nettoyage grâce à la sudation, permet surtout au baigneurs de se livrer, après s’être lavé, à un vrai bain de délassement». Bref, le bain romain n’a rien inventé…

(*) Fournet Thibaud, Redon Bérangère, «Le bain grec à l’ombre des thermes romains», Les dossier d’archéologie, n°342, nov./déc. 2010, p. 56-63.

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