Les coiffeurs suisses, à l’instar des instituts de beauté, des tatoueurs ou des fleuristes, ont pu rouvrir leurs établissements depuis le 27 avril. En quelques jours, il a fallu que les salons se préparent à de nouvelles normes sanitaires, parfois difficiles à adapter à leur métier.
En Suisse, comme en France, le déconfinement est organisé en plusieurs étapes, même si les mesures prises par le gouvernement helvète ne sont pas aussi contraignantes que dans l’Hexagone. Ecoles, restaurants et commerces autres qu’alimentaires ont été fermés, et tout rassemblement de plus de cinq personnes est interdit.
A la mi-avril, un assouplissement en trois étapes a été annoncé. Après six semaines de fermeture, de nombreux commerces ont pu rouvrir le 27 avril. Ainsi, les magasins de bricolage, les tatoueurs, les cabinets médicaux, les fleuristes, les salons de beauté et, bien sûr, les coiffeurs ont de nouveau accueilli des clients.
Pour beaucoup de salons, il a fallu improviser. «Nous sommes jetés dans l’eau froide. Nous avions pourtant formulé un concept de protection dès le 7 avril. A ce jour, je n’ai toujours pas eu le moindre contact avec le Conseil fédéral. Pas même un accusé de réception», déclarait ainsi la semaine dernière au journal Le Temps Damien Ojetti, président de l’organisation professionnelle «Coiffure Suisse», qui revendique environ 3 000 membres en Suisse.
« On a eu dix jours pour se préparer »
Le gouvernement ne recommande pas le port obligatoire du masque, mais les entreprises, qui sont tenues de mettre en place les plans de protection, sont autorisées à le faire. Le Conseil fédéral a publié un «manuel général pour la préparation des entreprises», mais il revient à chaque branche de l’interpréter selon ses contraintes, explique Le Temps.
«Je ne comprends pas que nous soyons traités de la sorte. On nous a rabâché l’importance des distanciations sociales pendant des semaines. Et puis, d’un coup, l’annonce tombe : les coiffeurs peuvent rouvrir. Alors que nous ne pouvons évidemment pas pratiquer à 2 mètres des clients. On a eu dix jours pour se préparer. Sans aucune information. Le secrétariat a reçu jusqu’à 600 coups de téléphone par jour. Des quatre coins du pays», regrette Damien Ojetti, dans un entretien publié juste avant la réouverture des salons de coiffure.
Un délai trop court pour certains professionnels qui n’ont pas eu le temps de prendre les dispositions nécessaires pour accueillir les clients. Mais pour la profession, c’est aussi un grand soulagement. Chez Mod’s hair, à Genève, le personnel s’affaire, le téléphone sonnant constamment. «Les clients étaient là dès l’ouverture. Nous respectons toutes les règles : deux mètres entre les clients, et nous désinfectons chaque chaise après chaque client», explique à l’AFP la coiffeuse Ines.
Portant un masque en tissu et une visière en plexiglas, Anita Ayma, patronne du salon Anita Coiffure, toujours à Genève, enchaîne elle aussi les rendez-vous, de 7 heures à 19 heures. Dans le magasin, une pancarte rappelle : «Veuillez, SVP, désinfecter les mains et mettre un masque.» «On garde la distance et on ne peut pas faire la bise», déclare Anita Ayma, citée par l’AFP. «Je suis contente que ça commence. Si on ne travaille pas, c’est mort», reconnaît-elle, précisant qu’elle recevait une aide financière des autorités pour s’en sortir.
Achats de linges et peignoirs jetables
A Lausanne, chez Guido Coiffure, les propriétaires Claude Novelli et Catherine Besse, frère et sœur dans la vie, ont su prendre les devants, raconte Le Temps. Des masques, il y en a, même pour les clients, s’ils ne peuvent pas en apporter un avec eux. Dix visières, dont l’usage est recommandé par la branche pour certains soins, viennent s’ajouter à l’équipement.
«Nous avons aussi acheté des linges et des peignoirs jetables. On lave de toute façon tout entre deux clients, mais on a peur que certains refusent une serviette qui aurait pu avoir été utilisée par quelqu’un d’autre avant eux. Ce n’est pas très écolo mais c’est comme ça», souligne Catherine Besse. Avec les désinfectants, pour le sol, les mains et les gobelets en plastique pour le café, l’addition a fini par être lourde : 800 francs suisses (environ 755 euros), pour «tenir deux mois»…
Quant à la distanciation sociale, un casse-tête. «Je n’aime pas trop les scotchs, mais on fera la circulation ! Les rendez-vous sont pris de manière échelonnée pour éviter que trop de monde ne soit là au même moment. La salle d’attente n’a que deux chaises bien espacées et on supprime les journaux. Pour le reste, on va fermer un fauteuil sur deux. Et quand quelqu’un doit laisser une coloration reposer, on le mettra à l’écart où on peut», détaille Claude, qui a prévu de désinfecter chaque emplacement entre deux clients.



