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Stéphane Amaru : « La coupe ‘repousse’ a le vent en poupe ! »

INTERVIEW. La crise ? Un moment unique pour revoir toutes les routines coiffures, estime le coiffeur et formateur Stéphane Amaru. Pour la reprise de l’activité, homme-orchestre de la profession mise sur la coupe «repousse» et l’intégration des cheveux blancs.

Profession bien-être : La crise a provoqué un bouleversement sans précédent dans la coiffure. Va-t-elle s’en relever ?

Stéphane Amaru : Les crises ont toujours une énorme influence sur les tendances et la mode. Ce n’est pas la première crise que nous vivons, même si celle-ci a pris des proportions inédites. Une crise, c’est bien sûr difficile à vivre, mais cela présente aussi des opportunités. Dans le domaine de la coiffure, quand tout va bien, les coupes se font graphiques et sophistiquées.

Quand ça va mal, le cheveu se restructure et les techniques s’adaptent. Au moment du confinement, les salons de coiffure fermés, les consommateurs se sont occupés eux-mêmes de leurs cheveux. Ils se sont aussi rendu compte que la coiffure était plus compliquée qu’il n’y paraissait. Comment s’étonner alors que leurs goûts se modifient ? Ils demandent aujourd’hui des coupes plus naturelles, qui nécessitent moins d’entretien, et donc moins de visites chez leur coiffeur…

N’est-ce pas désavantageux pour les salons ?

Je ne pense pas. Si je préconise de se consacrer à la coupe «repousse», c’est que, paradoxalement, c’est le moyen idéal de fidéliser son client.  Si vous laissez repousser vos cheveux sans les entretenir et les discipliner, vous ne ressemblez à rien.

Proposer une coupe évolutive, c’est donc un bon moyen de mettre en valeur son talent. Car ne nous y trompons pas, réussir une coupe «repousse» qui va s’adapter harmonieusement au fil des semaines n’est pas si simple ! Et un client qui va moins en salon, s’occupera plus du soin : il ne s’offusquera pas d’une augmentation des tarifs si cela lui permet de revenir moins souvent.

La coupe «repousse» exige-t-elle plus de technicité ?

C’est clair ! Avec l’obsession actuelle pour le naturel, les coupes doivent être parfaites pour pouvoir se recoiffer facilement. C’est le règne du fameux coiffé/décoiffé. Les cheveux doivent être libres et se repositionner avec grâce. Cela demande de la précision, du savoir-faire et du sur-mesure, autant de qualités qui se travaillent avec de l’expérience. Avec une très bonne coupe, les cheveux repoussent sans jamais faire négligé.

Espacer les séances, cela obligera les coiffeurs à plus de conseil et à réaliser plus de ventes de produits…

Mais la clé de rentabilité d’un salon, c’est aussi de pouvoir vendre du produit ! Car les horaires ne sont pas élastiques et vous ne pouvez pas multiplier les bras ! La vente de produits et la juste évaluation des tarifs sont donc les seules variables d’ajustement possible.

Mais la vente ne résout pas tout…

Bien sûr que non ! La première chose à repérer, ce sont les nouvelles attentes des clients. Prenez la coloration par exemple. Pensez-vous vraiment que les femmes vont continuer à se tourner vers les colorations chimiques ? Je ne le pense pas.

D’après vous la coloration végétale gagne du terrain ?

Oui. Encore faut-il distinguer les «vraies» colorations végétales des autres et ne pas céder aux sirènes du greenwashing. Et ce n’est pas une panacée ! La coloration végétale prend plus de temps, les clientes en ont de moins en moins. Et surtout, elle ne convient pas à tout le monde. Si elle est intéressante pour les cheveux fins et sans corps, qui retrouvent ainsi un peu de texture, ce n’est pas le cas pour les cheveux épais.

Alors, si le public boude la coloration chimique et ne se reporte pas sur le végétal, que reste-t-il ?

Tout simplement l’intégration du cheveu blanc. Au cours du confinement, les femmes ont laissé pousser leurs racines. Et le cheveu blanc n’a plus si mauvaise réputation… Il y a un boulevard aujourd’hui pour des techniciens qui vont aider leurs clientes à passer en douceur vers leurs cheveux blancs.

Cela sous-entend du soin, une coloration plus douce et plus espacée : là aussi, le coiffeur pourra proposer des soins à réaliser à domicile entre deux séances en salon. Et les femmes ne sont pas les seules à se préoccuper de leurs cheveux blancs. Si des tempes légèrement grisonnantes sont élégantes, peu de cadres actifs acceptent des cheveux prématurément blanchis.

Proposer de nouveaux soins, vendre des produits, c’est donc stimuler la rentabilité de son salon ?

Ce qui est sûr, c’est que recommencer à travailler en ne changeant rien à sa routine sera contre-productif. Les salons qui ne s’adapteront pas sont voués à la disparition dans l’année qui vient. Or, il n’y a pas plus routinier qu’un coiffeur ! Le combo shampooing/coupe/brushing devient trop banal. Il faut aujourd’hui reconceptualiser les salons. Et revoir les techniques à la lumière de la pandémie.

Ne serait-ce que l’utilisation du séchoir, qui est une invention diabolique du siècle dernier. Le virus se propageant dans l’air, comment garantir la bonne direction d’un séchoir lors d’un brushing ? Les lampes infrarouges ont donc repris du service. Et c’est tant mieux, cela va dans le sens de coiffures plus naturelles.

Autre effet bénéfique de la crise : jamais l’accès à la formation continue n’aura été aussi facile ! Les mesures prises récemment par le gouvernement permettent vraiment à tous les salons de faire évoluer les compétences de leurs collaborateurs. Tout comme l’adaptation des centres de formations à l’enseignement à distance.

Vous vous y êtes plié vous-même ?

Bien sûr. Et je peux vous dire que lors de ma première journée de formation en visio, je n’en menais pas large. J’avais le trac comme un débutant. Enseigner quatre heures en distanciel, c’est l’équivalent de huit heures en présentiel au niveau de la tension nerveuse. Mais c’est en même temps un tel progrès. La coiffure avait un gros retard en numérique, mais nous sommes en train de le rattraper à marches forcées.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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