À la veille de la sixième journée d’actions contre la réforme des retraites, les indépendants sont déchirés entre l’adhésion au rejet du projet et la crainte d’une prolongation des grèves, selon Marc Sanchez, président du Syndicat des indépendants et des TPE (SDI)*.
Profession bien-être : D’après vos informations, est-ce que les indépendants sont aujourd’hui favorables à la réforme des retraites ?
Marc Sanchez : Dans les premières tendances qui remontent actuellement, 40% des indépendants, parmi nos adhérents, sont contre le projet de réforme en lui-même. On constate qu’il y a une vraie adhésion au rejet de cette réforme, au même titre que les salariés, et pour des raisons qui sont assez similaires.
Que lui reprochent-ils ?
D’abord, que ce projet ne répond pas à la problématique de retraite des travailleurs indépendants, des commerçants et des artisans. La pension moyenne d’un travailleur indépendant se situe à peu près entre 800 et 900 euros, selon les chiffres de la Dares (service statistiques du ministère du Travail, NDLR). Or, ce montant est très largement en dessous des 1 200 euros qui nous avait été annoncés par la Première ministre au début de la présentation du projet. C’est déjà une première déception.
On entend aussi, notamment parmi les coiffeurs, des inquiétudes concernant la pénibilité…
Absolument. La deuxième critique des indépendants est liée au fait que, dans le projet de loi, on n’intègre pas la pénibilité au niveau des travailleurs indépendants. Il aurait été utile de le faire, compte tenu de la situation de beaucoup d’entre eux.
Enfin, le troisième reproche, qui est commun avec les salariés, c’est le report de l’âge légal de deux ans, notamment pour des raisons physiques, comme c’est le cas dans les métiers manuels. Au total, on a quand même plusieurs facteurs qui font que beaucoup d’indépendants, presqu’une majorité, sont opposés au projet de loi, tel qu’il est formulé aujourd’hui.
Seront-ils nombreux à fermer mardi par solidarité avec les syndicats de salariés ?
On a des retours dans ce sens-là. Pour beaucoup, il y aura peut être une action de soutien, puisqu’on a une vraie adhésion au fait que ce projet soit négatif pour les travailleurs en général, notamment indépendants. Certains n’auront toutefois pas le choix, en particulier toutes les entreprises qui vont se situer en centre-ville, dans des secteurs de manifestations. Elles vont préférer fermer pour éviter les risques de casse ou simplement parce que la clientèle ne sera pas là.
Le paradoxe, c’est que ce soutien, presque majoritaire, ne les incitera pas à arrêter leur activité pour la simple raison qu’une journée de chiffre d’affaires perdue compte énormément aujourd’hui dans la trésorerie des indépendants. Eu égard à la crise économique actuelle, beaucoup sont dans l’obligation de rester ouverts.
« Mettre la France à l’arrêt », comme le souhaitent les syndicats, avec un mouvement de grève reconductible, risque de fragiliser davantage la situation économique des indépendants. Sont-ils inquiets ?
La vraie crainte, pour beaucoup d’indépendants, c’est la reconductibilité de la grève de mardi. Cette perspective est assez anxiogène, parce qu’on n’a pas envie de revivre les événements de 2018, où le commerce de proximité a énormément souffert. Ce n’est pas en une journée, avec quelques actions coup de poing, que les syndicats auront la capacité de faire entendre leur voix. On sait que ce type de processus s’inscrit dans un cadre plus long et reconductible.
Propos recueillis par Georges Margossian.
(*) Le Syndicat des indépendants et des TPE (SDI) est une organisation patronale interprofessionnelle, qui revendique 25 000 membres, dont 10% dans la coiffure et l’esthétique.



