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Martine Berenguel : « Près de 30% des instituts pourraient disparaître »

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INTERVIEW. Réagissant à l’annonce de la fermeture des commerces «non essentiels», Martine Berenguel, co-présidente de la Confédération nationale des instituts de beauté (Cnaib), espère que le gouvernement reviendra sur sa décision dans quinze jours, lors du premier point d’évaluation.

Profession bien-être : Vous attendiez-vous à ce deuxième confinement ?

Martine Berenguel : Nous nous doutions de quelque chose, puisque les media nous préparaient en annonçant une deuxième vague, mais certainement pas à une décision aussi radicale et aussi rapide. Nous avions supplié Alain Griset (ministre chargé des PME, NDLR) de nous laisser quelques jours pour nous préparer, si nous devions en venir à un reconfinement. Mais il nous a été répondu que c’était une question de jours !

Au point que nous n’avons même pas eu jusqu’à la fin de la semaine pour nous organiser, prévenir nos clientes, voire organiser des ventes de produits pour qu’elles puissent continuer leurs soins chez elles. Bref, de quoi faire un peu de trésorerie avant de fermer nos portes.

Au-delà de la soudaineté de la décision et de la sévérité de la mesure, qui est un coup fatal pour notre profession, il y a aussi le fait de ne pas nous sentir considérées. Les esthéticiennes ont été de très bonnes élèves pour les conditions sanitaires. Nous avons tout appliqué – et même au-delà -, pour préserver la santé de nos clientes. Il n’y a aucun cluster dans les instituts de beauté !

Quelles ont été les réactions de vos adhérentes ?

Comme je vous le disais, les esthéticiennes sont de bonnes élèves, mais elles accusent le coup avec un vif sentiment d’injustice. Certaines esthéticiennes à domicile ont exprimé leur colère, en affirmant qu’elles continueraient à faire des soins, que leur métier était justement «de première nécessité» pour le réconfort de certaines clientes.

Mais dans l’ensemble, elles ont pleinement conscience de la gravité de la situation sanitaire. Aucune de nous ne veut mettre en danger la santé d’autrui, ni la nôtre. Nous avons prouvé notre détermination à surmonter la crise au cours du premier confinement. Nous n’allons pas baisser les bras maintenant.

Justement, comment la profession a-t-elle surmonté le premier confinement ?

J’ai quelques éléments de réponse. Nous avons réalisé un sondage auprès de nos adhérentes au mois de septembre. Après l’euphorie du mois de juin et de juillet, août a été calme et septembre un peu moins bon que d’habitude. En tout, les instituts accusent une baisse de chiffre d’affaires de 20 à 25% par rapport aux années précédentes.

Cela reste rattrapable ?

Cela dépend pour qui ! Beaucoup d’esthéticiennes étaient déjà en position de fragilité, et sur la corde raide. Pour elles, 20% de chiffre d’affaires en moins est synonyme d’arrêt. Certaines ne se relèveront pas de ce deuxième confinement. D’autres m’ont avoué qu’elles ne rouvriraient pas cette fois. Nous estimons qu’un deuxième confinement prolongé pourrait faire disparaitre près de 30% des instituts existants.

Et certains secteurs sont encore plus fragiles que d’autres. Ainsi les bars à ongles installés dans les centres villes ont particulièrement souffert. Les clientes ne sont simplement plus au rendez-vous. Et ce, pour plusieurs raisons. Certaines ont déserté les bars à ongles des centres villes au profit d’établissements plus proches de chez elles.

D’autres ont tout simplement changé leurs habitudes. Bloquées chez elles lors du premier confinement, elles n’ont plus accordé la même importance à leurs ongles, tout comme les clientes des coiffeurs se sont coupé elles-mêmes leur frange ou récupéré leurs racines. Lorsque vous ne sortez pas, pourquoi faire ses ongles, se maquiller ou se coiffer ?

Certaines esthéticiennes ont pu se maintenir à flot grâce au digital. Pensez-vous que nous allons assister au même phénomène ?

Effectivement, certains instituts se sont montrés plus inventifs que d’autres. Cette fois encore, le digital pourrait se révéler précieux dans la préservation de notre activité. Les cartes cadeaux qui constituent traditionnellement le gros du chiffre d’affaires de la fin de l’année est une vente que l’on peut effectuer entièrement via Internet, et pas seulement par le biais de plates-formes de ventes de soin comme Treatwell, par exemple.

Cela peut -être réalisé par l’institut lui-même. De plus en plus d’esthéticiennes ont recours aujourd’hui à des plates-formes de gestion qui permettent à leurs clients de réserver directement leur soin en ligne ou d’acheter des cartes cadeaux.

Il reste aussi la vente de produits ?

Oui, à condition de ne pas ouvrir l’institut en plein confinement, pour que la cliente vienne chercher son produit. Nous recommandons ainsi plutôt à nos adhérentes à recourir au click and collect ou à faire livrer directement à domicile, pour prendre le moins de risques possible.

Le digital représente donc une petite lueur d’espoir ?

Oui. Mais il en reste une autre. Le gouvernement nous a annoncé un confinement d’un mois, mais avec un premier point à 15 jours. Si tout le monde respecte scrupuleusement les mesures sanitaires et que nous parvenons à ralentir la propagation du virus, peut-être notre punition sera-t-elle moins longue que prévu ?

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.  

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