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Le groupe Guinot fait condamner L’Oréal pour espionnage industriel

JEAN-DANIEL MONDIN

Le tribunal de commerce de Paris a condamné L’Oréal à verser 300 000 euros de dommages et intérêts et 70 000 euros au titre des dépens au groupe Guinot, selon les informations du magazine Challenges. Fin d’un vieux marathon judiciaire ? Pas sûr.  

JEAN-DANIEL MONDINCe 14 juin 2021, David a battu Goliath… Le tribunal de commerce de Paris a estimé que «des éléments du savoir-faire de la société Guinot ont été appropriés par la société L’Oréal», rapporte Challenges. En conséquence, le géant mondial des cosmétiques a été condamné 300 000 euros de dommages et intérêts «pour la perte d’une chance de développer son réseau à l’international dans des conditions normales de marché», précise le magazine économique. En outre, L’Oréal devra publier la décision sur son site Internet et dans deux publications de son choix. Mais la victoire a un goût amer pour Jean-Daniel Mondin.  «L’Oréal s’auto-décerne des grands prix d’éthique mais au moment où l’on parle de coopération entre les PME et les multinationales, il me paraît incompréhensible qu’une société puisse en espionner une autre après avoir échoué à l’acheter. La moindre des choses serait de s’excuser, mais il n’y a aucune contrition : on tente de me faire passer pour un psychopathe», a déclaré l’entrepreneur, cité par Challenges.

Il faut dire que le bras de fer dure depuis déjà huit ans. En 2013, L’Oréal et Guinot étaient liés par une clause de confidentialité, le premier ayant fait une offre d’achat au second, avant d’y renoncer et de mettre la main sur deux autres marques, Carita et Decléor, rachetées au groupe de beauté japonais Shiseido.

L’histoire aurait pu en rester là, sauf que, selon le patron du groupe Guinot, des «enquêteurs» se sont rendus plusieurs fois, entre 2014 et début 2015, dans des instituts appartenant à son réseau, pour obtenir des détails confidentiels sur leur offre de soins et leur savoir-faire. Il en veut pour preuve des documents – saisis par des huissiers auprès de ces mystérieux «enquêteurs» -, qui démontre l’implication du service juridique de L’Oréal.

Fin 2016, le patron du groupe Guinot décide donc d’assigner le géant mondial des cosmétiques devant le tribunal de commerce de Paris. «L’Oréal a voulu espionner Guinot au profit de Carita par des méthodes déloyales», accuse alors le PDG. Des propos qui font vivement réagir le leader mondial des cosmétiques, les jugeant «totalement calomnieux, mensongers et diffamatoires».

Le 12 février dernier, les deux camps se sont affrontés devant le tribunal de commerce de Paris, Guinot poursuivant L’Oréal pour «usurpation de savoir-faire» et «concurrence déloyale». L’avocat de Guinot, Gilles Menguy, évoque alors une forme d’espionnage industriel, soutenant que le rachat des deux marques Carita et Decléor, en 2014, s’étant soldé par un échec pour L’Oréal, la multinationale a «lancé cette enquête pour s’approprier le savoir-faire d’exploitation de Guinot».

L’Oréal va-t-il faire appel ?

Une version que contestait L’Oréal, qui a minimisé la portée de cette «enquête», estimant qu’elle relevait plutôt d’une initiative isolée d’une branche de la marque, sans rapport avec les négociations commerciales sur le rachat de Guinot, toujours protégées par une clause de confidentialité. «L’étude en question visait à déterminer, à partir de l’expérience des femmes en institut, s’il était intéressant pour L’Oréal de développer des instruments d’esthétique à domicile. Les questions posées par la société WR Conseil n’avaient pas de rapport avec le savoir-faire de Guinot», déclarait en février Me Georges Jourde, l’avocat de la défense, cité par le Journal du Dimanche.

Faux, a rétorqué Me Menguy, qui a présenté, durant l’audience, un document pouvant être interprété, selon lui, comme un «aveu de la faute» du géant mondial : un courriel saisi dans le cadre de la procédure et rédigé par le directeur de l’innovation de L’Oréal. Il y tient les propos suivants : «Nous n’aurions pas dû commissionner une étude sur Guinot. Se centrer sur une seule marque pose en effet un problème d’éthique […] aggravé fortement par le fait que la recrutrice a déclaré faire cette étude pour Guinot, alors que la règle habituelle est de dire qu’elle est mandatée par une société de cosmétique».

Mais pour Jean-Daniel Mondin, le mal était fait. «Cette histoire a déstabilisé mon réseau et entravé mon expansion à l’étranger. Ils auraient dû jouer franc-jeu avec moi», assurait le PDG, à l’issue de l’audience, en février. Selon l’AFP, il demandait 13,5 millions d’euros à titre de dommages et intérêts. Fin du marathon judiciaire ? Voire. La décision du tribunal de commerce de Paris pourrait bien n’être qu’un énième rebondissement si L’Oréal décidait de faire appel. Avec un argument de taille : selon le géant mondial, le juge a estimé que la société Guinot ne démontrait pas son préjudice et l’a déboutée de la quasi-totalité de ses demandes.  Pour le tribunal, en agissant ainsi, L’Oréal n’a fait que limiter un éventuel développement international, en particulier aux Etats-Unis. Affaire à suivre, donc.

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