Ces plantes aux propriétés éprouvées depuis des siècles, Laetitia Luzi nous les fait découvrir avec pédagogie et érudition. Son «guide d’herboristerie familiale» est aussi un plaidoyer pour ce vieux métier, enterré il y a près de 80 ans, mais qui retrouve aujourd’hui toute sa légitimité.
En France, si le premier diplôme d’herboriste a été créé en 1778 par la faculté de médecine de Paris, la cohabitation avec les apothicaires a toujours été difficile. Le gouvernement de Vichy finira par supprimer ce statut le 11 décembre 1941, après 138 ans d’existence, confiant aux officines le monopole de la vente et du conseil en matière de plantes.
Les diplômés en herboristerie (d’avant 1941) ont toutefois eu le droit d’exercer leur métier jusqu’à leur disparition. Mais leur formation, elle, avait disparu, remplacée par un enseignement intégré au cursus des pharmaciens. Sur les 562 plantes inscrites à la pharmacopée française, seules 148 sont aujourd’hui en vente libre, comme le romarin ou la menthe, essentiellement en raison de leur utilisation alimentaire ou condimentaire.
Faute d’un diplôme officiel pour pratiquer ce commerce d’herbes, de fleurs et de plantes fraîchement séchées, personne ne peut aujourd’hui succéder à ces spécialistes des «simples», dont le savoir-faire est aujourd’hui plus que jamais plébiscité. Car ces remèdes à portée de main, qu’on récolte localement en veillant à préserver les espèces, permettent à nos contemporains de renouer avec une écologie à taille humaine et une pratique de santé plus autonome.
« Aucune plante ne possède toutes les vertus »
Le guide de Laetitia Luzi offre l’occasion de se faire une opinion personnelle avec toute la prudence nécessaire sur cet ensemble de connaissances. «La prise en main de notre santé quotidienne à un niveau individuel implique une responsabilisation, une acquisition d’autonomie qui semble totalement opportune face à un système de santé de plus en plus surchargé, à bout de souffle», assure l’auteur, anthropologue de formation.
À travers 50 fiches techniques, chacun y découvrira les caractéristiques de ces plantes médicinales, à son rythme, selon ses besoins, mais aussi par curiosité, pour s’initier à cet art ancestral, que Laetitia Luzi a su rendre très accessible. Car se lancer dans l’herboristerie, même limitée au cercle familial, ne s’improvise pas du jour au lendemain.
«Les plantes, contrairement aux molécules isolées des médicaments, proposent un ensemble de principes actifs, qui variera forcément d’un lot à l’autre, en fonction du lieu où elles ont poussé : la qualité du sol, le climat, la façon dont elles ont été cultivées, cueillies et préparées», prévient-elle, même s’il est facile de faire pousser quelques graines chez soi. L’auteur a eu la bonne idée d’ajouter à son guide un calendrier général de la cueillette.
En fait, les plantes et les huiles essentielles fonctionnement mieux sous forme de synergies. Mieux vaut donc consommer plusieurs plantes à la fois pour le traitement d’une pathologie précise, de préférence celles qui ont une action similaire ou complémentaire. «Aucune plante ne possède toutes les vertus ; seule l’association régulière des végétaux dans nos assiettes permet de bénéficier au maximum de leurs bienfaits», rappelle en préface le chirurgien cancérologue, Michel Lallement, également spécialiste de l’onco-nutrition.
Avoir en tête leurs effets secondaires
Pour s’y retrouver, ce guide propose plusieurs entrées – pathologies ou plantes (simples, huiles essentielles et élixirs floraux) -, ainsi qu’un point sur les supplémentations (vitamines et minéraux). Chaque fiche présente la description des symptômes, les causes et le traitement. Par exemple, la pensée sauvage, la calendule ou le pissenlit, en tisane, pour soigner l’acné, qui peut aussi être traité par l’application d’huiles essentielles pures d’arbre à thé et de lavande.
Pour l’alopécie, on se tourne vers l’huile de ricin (en externe), qui «stimule la repousse des cheveux et les renforce», la prêle (tiges), qui les épaissit, l’ortie, reminéralisante, ou le romarin, qui rééquilibre la production de sébum. De nombreuses formes galéniques sont d’ailleurs utilisées par les herboristes : infusion, décoction, macérations, teintures-mères, capsules, gélules, sirops, suppositoires, baumes, onguents, pommades, etc.
Mais ces derniers, même amateurs, doivent toujours avoir en tête leurs effets secondaires. C’est le cas de la consoude, par exemple, prisée par les masseurs pour ses propriétés régénératrices sur les muscles et les articulations, mais qui est contre-indiquée chez les femmes enceintes ou les personnes en surcharge hépatique.
Louable ambition, donc, que ce guide familial, qui éclairera un public intéressé par la découverte de cet ensemble extrêmement varié de plantes. L’herboristerie attire aujourd’hui toujours plus d’amateurs, mais il exige aussi, doit-on le rappeler, un long et patient apprentissage.
«L’autre pharmacie – Guide d’herboristerie familial», Laetitia Luzi, éditions Ecosociété, 264 pages, 25 euros.



