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Les pays réputés les plus heureux ne le sont peut-être pas (étude)

Le bonheur doit-il être une norme ?

Transformer le bien-être en impératif moral n’est peut-être pas la meilleure façon de rendre les gens heureux, suggère une étude, qui s’est appuyée sur le World Happiness Report 2021.

Ce classement mondial, dévoilé en mars 2021, désigne la Finlande, le Danemark, la Suisse, l’Islande et les Pays-Bas en tête des pays les plus heureux du monde. Mais qu’en pensent leurs habitants ? Deux chercheurs, Brock Bastian, professeur de psychologie à l’université de Melbourne (Australie), et Egon Dejonckheere, professeur à l’université de Tilbourg (Pays-Bas), associés à une équipe internationale, ont tenté de répondre à cette question. Les résultats de leurs travaux viennent d’être publiés dans la revue Scientific Reports.

Ils ont ainsi interrogé 7 443 personnes de 40 pays sur leur bien-être émotionnel, leur satisfaction à l’égard de la vie (bien-être cognitif) et leurs troubles de l’humeur (bien-être clinique). «Nous avons ensuite mis cela en balance avec leur perception de la pression sociale pour se sentir positif», indiquent-ils dans un article publié sur le site The Conversation.

Et leurs conclusions peuvent paraître pour le moins inattendues : «Nous avons constaté que dans les pays qui se classent au premier rang en matière de bonheur national, les gens sont également plus susceptibles de connaître un bien-être médiocre en raison de la pression sociétale pour être heureux», expliquent les deux chercheurs.

Le bien-être vécu comme une norme

Un paradoxe que d’autres chercheurs avaient déjà soulevé, il y a sept ans, dans un livre qui n’était pas passé inaperçu. Intitulé «The Wellness Syndrome» (Carl Cederström et André Spicer, chez Polity), il soulignait le caractère idéologique du bien-être quand il se manifestait dans des jugements dépréciatifs à l’égard de ceux qui ne s’y soumettait pas.

«Ironiquement, nos recherches antérieures ont montré que plus les gens ressentent de la pression pour se sentir heureux et non tristes, plus ils ont tendance à souffrir de dépression», constatent aujourd’hui Brock Bastian et Egon Dejonckheere. Ainsi, vécu comme une injonction sociale, le bien-être rend les gens «moins satisfaits de leur vie», avec «plus d’émotions négatives, moins d’émotions positives et des niveaux plus élevés de dépression, d’anxiété et de stress».

«Dans ces pays, se sentir heureux peut facilement être considéré comme la norme attendue», résument les auteurs. Mais gare aux retombées psychologiques pour ceux qui ne l’atteignent pas… La pression sociale est permanente : il faut pouvoir se montrer à la hauteur des attentes de la société. Bref, vivre dans des pays dits «plus heureux» peut donc conduire à moins de bien-être ! Mais est-ce si surprenant ?

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