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Alcool, tabac, cannabis : l’épigénétique pour lutter contre les addictions ?

L’épigénétique des addictions, ce champ d’étude qui ne cesse de gagner en importance, devrait inspirer une politique de prévention à tous les âges de la vie, recommande l’Académie nationale de médecine dans un rapport. 

Si la génétique n’explique pas tout, l’épigénétique, qui analyse l’expression des gènes, c’est­-à­-dire leur activité, pourrait bien combler les vides. Comment se fait-il, par exemple, que les abeilles domestiques, qui vivent en colonies et qui disposent du même génome, présentent trois types d’individus : reine, ouvrières et faux-bourdon ?

Mendel, le pionnier de la génétique au XIXe siècle, serait bien en peine de répondre. C’est un nouveau champ d’étude, ouvert par Waddington dans les années 1940, une dizaine d’années avant la découverte de l’ADN par Watson et Crick, qui apportera les premières réponses via l’embryologie. La discipline a alors pris peu à peu son essor, même si la définition même du terme «épigénétique» a subi quelques évolutions depuis plus d’un demi-siècle.

Aujourd’hui, elle désigne des mécanismes qui modulent l’expression des gènes, dont on sait qu’une variation peut donner des résultats très différentes, comme, par exemple, une cellule musculaire ou une cellule nerveuse, par exemple. L’intérêt médical est donc évident. Certaines maladies, comme le cancer, peuvent aussi résulter d’une modification de l’expression des gènes.

Pour l’Académie nationale de médecine, «les marques épigénétiques correspondent, en quelque sorte, à une mémoire cellulaire de l’exposition à certaines substances qui peut être transmise à la génération suivante, voire aux suivantes.» Preuve que l’épigénétique a plus que jamais la cote chez les biologistes et les médecins : les sages viennent de publier un rapport qui plaide en faveur d’une meilleure connaissance de ces mécanismes dans les processus d’addictions.

« Vulnérabilités aux comorbidités psychiatriques »

«Les consommateurs sont exposés à une double peine : pour eux-mêmes en raison des effets délétères directs de ces drogues, mais aussi par les marques épigénétiques qu’ils acquièrent et qu’ils pourraient transmettre à leur descendance», affirment les auteurs du rapport. Ainsi, l’épigénétique pourrait rendre compte, selon eux, de certaines «vulnérabilités aux comorbidités psychiatriques associées aux addictions».

Des études sur des modèles murins le démontrent, poursuivent les auteurs du rapport. Des travaux suggèrent que les «beuverie express» à l’adolescence auraient pour effet d’augmenter l’anxiété à l’âge adulte et conduire à des troubles psychopathologiques. On a découvert, également, que la nicotine, en modifiant l’expression de certains gènes, pouvait générer une altération des performances cognitives dans la descendance.

Et c’est l’un des points les plus préoccupants soulevés par ce rapport : la transmission à la descendance de certaines modifications épigénétiques par des parents dépendants aux drogues, licites ou illicites. Ce phénomène impliquerait aussi les conditions environnementales (milieu familial, éducation…), qui ne seraient pas sans effet sur les gènes, en les «allumant» ou en les «éteignant», selon les circonstances…

Exposition de la mère pendant la grossesse

«L’exposition de la mère pendant la grossesse pourrait conduire à une dérégulation du système immunitaire inné et adaptatif au cours du développement du fœtus, conduisant plus tard à un affaiblissement potentiel des défenses immunitaires contre les infections et contre le cancer», poursuit le rapport, qui ajoute que les parents qui «exposent leurs gamètes au cannabis/THC» pourraient transmettre à leurs enfants «une vulnérabilité accrue aux drogues».

Pour autant, si la complexité des mécanismes mis en jeu a suscité un grand nombre de travaux scientifiques, les chercheurs ont encore du pain sur la planche ! «Les caractéristiques dynamiques de ces mécanismes épigénétiques, en particulier leurs interventions transitoires à différents stades du processus addictif, ne permettent pas encore d’identifier ceux qui pourraient constituer d’éventuels biomarqueurs de l’addiction à ces drogues», admettent les auteurs du rapport.

En attendant, ils formulent plusieurs recommandations pour améliorer les connaissances sur ces phénomènes. Ils proposent, notamment, aux pouvoirs publics, de lancer une vaste campagne d’information, «ciblant particulièrement les jeunes adultes en âge de procréer, sur les risques de transmission à la descendance de l’appétence aux drogues via des mécanismes épigénétiques». Ou encore, de développer «des programmes ambitieux de recherche préclinique et clinique», afin de disposer de preuves incontestables : des marqueurs épigénétiques de l’addiction aux drogues.

Accéder au rapport, ICI

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