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Mélody Molins : « Il est temps que le ménage se fasse dans la naturopathie »

Naturopathie

Face aux critiques, la profession condamne fermement les dérives de certains naturopathes et met en avant ses actions pour améliorer les compétences des futurs praticiens. Entretien avec Mélody Molins, vice-présidente de la Fédération française de naturopathie (Féna)*.

Melody Molins, FENA
© Audrey Guillou

Profession bien-être : Comment réagissez-vous à la décision de Doctolib, de se séparer de tous les professionnels du bien-être inscrits sur sa plateforme, soit près de 6 000 praticiens, dont des naturopathes ?

Mélody Molins : Je réagis plutôt bien, parce qu’on peut se demander ce que viennent faire des professionnels du bien-être sur un site de professionnels médicaux. C’est la première question qu’on pourrait se poser. Je pense qu’il vaut mieux que les professionnels du bien-être soient sur des sites qui leur sont destinés.

Pourtant, les naturopathes travaillent depuis longtemps avec des médecins. Ce ne sont pas des univers qui s’ignorent…

Oui, c’est vrai, nos naturopathes sont formés à travailler en collaboration avec les professionnels médicaux, mais, j’insiste, ce ne sont pas des professionnels médicaux. Donc, il vaut mieux être sur deux annuaires différents. De cette façon, pour le grand public, il n’y a pas de confusion.

Des noms sont régulièrement cités, comme Irène Grosjean, Thierry Casasnovas… On leur reproche des «pratiques controversées», voire des «pratiques sectaires». Comment vous positionnez-vous par rapport à ces naturopathes ?

Les dérives sectaires que vous avez citées, la Féna ne les cautionne absolument pas. Aujourd’hui, tout le monde peut se dire naturopathe, après seulement deux week-ends de formation… Malheureusement, il y a aussi des charlatans. Et un naturopathe qui dissuade une personne d’aller voir un médecin, ce n’est pas possible !

Contrairement à d’autres pratiques, comme la sophrologie, il n’existe pas encore de certification professionnelle enregistrée au RNCP pour la naturopathie. Pourquoi ?

Cela fait 35 ans que la Féna existe et travaille à la reconnaissance de la naturopathie, mais ce sont des démarches administratives qui prennent du temps. Les choses avancent toutefois un peu. Par exemple, les mutuelles remboursent aujourd’hui la naturopathie. Elles y mettent toutefois des conditions : il faut que le naturopathe soit diplômé d’une école reconnue, notamment par notre fédération.

De quels moyens disposez-vous pour réguler la profession aujourd’hui ?

A ce jour, les moyens dont nous disposons sont forcément limités. Nous informons le public sur les bonnes pratiques. Il doit vérifier si les naturopathes ont bien un numéro de Siret et si leurs honoraires sont bien affichés dans leur bureau et leur salle d’attente. Une facture doit aussi être remise à la fin d’un rendez-vous.

Et puis, en consultation, à partir du moment où le naturopathe ne se renseigne pas sur les antécédents de la personne, sur les médicaments éventuels qu’elle prend, ni sur ses examens, nous estimons que ce n’est pas normal. A la fédération, il y a en plus un numéro, qui atteste que le naturopathe a bien été formé à la Féna. Pour plus de transparence, nous allons sortir au début de l’année prochaine un annuaire avec tous les praticiens qui ont été formés par nos écoles.

Quelles garanties apportez-vous en termes de formation ?

D’abord, un cursus d’au minimum 1 200 heures. En règle générale, une formation dure entre un et trois ans. Les élèves font notamment des stages en entreprise. Nous exigeons aussi des bases scientifiques. Par exemple, le naturopathe apprend à lire un bilan sanguin, pas pour faire un diagnostic, mais pour s’informer de ce que la personne peut avoir.

Il va aussi apprendre les interactions entre les médicaments et les plantes ou les compléments alimentaires, parce que les personnes qui vont voir un naturopathe, qui est un un peu le généraliste de toutes les méthodes naturelles, auront peut être un traitement médical en cours et qui comporte des contre-indications avec certains plantes.

Ce n’est pas le rôle du médecin ou du pharmacien ?

Ces professionnels de santé ne sont pas forcément au courant que la personne va voir un naturopathe. C’est pourquoi ce dernier doit avoir un minimum de connaissances pour ne pas mettre pas en danger la personne qui fait appel à lui.

Sa responsabilité est importante… Jusqu’où peut aller un naturopathe dans ses conseils ?

Le naturopathe fait un bilan de vitalité, qui va lui permettre de faire le point sur les traitements en cours. Il y a aussi des personnes qui viennent le voir et qui sont éloignées de la médecine classique. C’est donc au naturopathe de raisonner la personne, en lui demandant de raccrocher les wagons avec l’allopathie.

Tous ces cas de figure doivent faire partie de la formation, qui s’appuie de plus en plus, dans nos écoles, sur des bases scientifiques. On exige notamment un niveau infirmier pour enseigner l’anatomie et la physiologie. Cela nous paraît indispensable. Quand on voit des naturopathes qui sortent de certaines écoles sans avoir ces connaissances, comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de dérives ?

La frontière semble ténue avec le médical…

Je tiens à préciser que le naturopathe est formé à exercer en tant que naturopathe, pas en tant que professionnel de santé. C’est toute la différence ! Il sait très bien ce qu’il a le droit de faire et ce qu’il n’a pas le droit de faire. On n’a pas le choix, surtout si on veut avancer dans la reconnaissance. Il faut accepter les contraintes que nous avons aujourd’hui. Nos naturopathes arrivent désormais à travailler en collaboration avec le secteur médical, c’est quand même encourageant ! En retour, les professionnels de la santé se rendent bien compte qu’il y a des naturopathes qui sont bien formés.

Depuis l’été, avec l’affaire Doctolib, les naturopathes essuient de violentes critiques. Est-il désormais plus dur d’exercer cette activité aujourd’hui en France ?

Je pense, au contraire, que c’est positif pour l’avenir de la naturopathie en France. Parce que le grand public se rend compte qu’il peut y avoir des charlatans, il va peut être devenir plus exigeant. Il est temps que le ménage se fasse. Et ce ménage se fera par la réputation. A la Féna, on a constaté une nette augmentation des personnes qui viennent sur notre site, c’est bien la preuve que le public se renseigne et ne veut plus être «baladé» par des personnes peu scrupuleuses.

Propos recueillis par Georges Margossian.

(*) La Fédération française de naturopathie revendique plus de 5 000 membres et regroupe 8 écoles.

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