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Fitness : « Le fonds de solidarité n’est pas adapté aux grandes structures »

INTERVIEW. Alors que le référé déposé à Rennes par le syndicat FranceActive a permis jeudi la suspension immédiate des fermetures de salles de sport, Arthur Benzaquen, le président de Ken Group, ne voit pas d’issue, pour l’instant, du côté du gouvernement. 

Profession bien-être : Le gouvernement a annoncé mercredi que le fonds de solidarité prendra en charge la perte de chiffre d’affaires par rapport à l’an dernier jusqu’à 10 000 euros sur un mois. C’est suffisant ?

Arthur Benzaquen : Bien sûr que non ! Ce fonds de solidarité est destiné aux petites structures de neuf à dix personnes. Il n’est pas adapté à des entreprises telles que la nôtre qui doivent gérer un niveau élevé de coûts fixes. Je vous rappelle que, avant cette décision de fermeture des salles de sport, nous avons dû cesser brusquement l’activité de nos 24 clubs pendant trois mois et demi. Avec 1,5 million d’euros de charges locatives par mois, imaginez ce que cela peut représenter sur les comptes d’une entreprise qui ne peut plus fonctionner. Malgré tout, nous avons continué à travailler en proposant tous les jours des cours en ligne gratuits.

Les travaux de médiation entre bailleurs et locataires commerçants, à la demande du gouvernement, ont conduit à la rédaction d’une charte de bonnes pratiques. Cela ne vous a pas aidé ?

Pardonnez-moi, mais c’était une farce ! On nous a dit qu’on devait se mettre d’accord de gré à gré, mais les bailleurs ne perçoivent pas les conséquences graves de la crise pour notre secteur. J’ai déjà 18 contentieux avec des bailleurs de fonds qui réclament l’intégralité des loyers pour la période du confinement. Aujourd’hui, je passe l’essentiel de mon temps avec mes avocats, au lieu de m’occuper de mes clubs.

Quinze jours de fermeture, aujourd’hui, ce n’est pas gérable ?

Attendez… C’est ce que nous a dit le gouvernement en recevant nos représentants : «15 jours de fermeture ne vont pas changer votre vie » ! Mais c’est oublier que nous sortons de trois mois et demi d’inactivité et, si nous avons rouvert le 22 juin, tous les gérants de salles de sport savent que, durant les mois de juillet et d’août, ils perdent de l’argent !

En ce qui nous concerne, nous avons eu des chutes de fréquentation de 70% dès les premières semaines, alors que nous avons investi dans nos clubs, pour la protection de notre personnel et de nos clients, près de 1 million d’euros. On est finalement sorti de l’été avec une petite espérance et, tout à coup, on doit replonger… Je ne suis pas certain que le gouvernement comprenne l’ampleur des dégâts.

Pour le gouvernement, il s’agit avant tout d’une urgence sanitaire et les salles de sport représentent des lieux de contamination, selon le ministre de la Santé. Vous n’êtes pas d’accord ? 

Mais qu’il le prouve ! Nos représentants récoltent des statistiques quotidiennement et ils n’ont aucune trace de cluster. Nous sommes mieux placés que quiconque pour savoir ce qui se passe dans nos clubs. Pour notre part, nous avons relevé, en tout, deux cas sur 50 000 membres, et comme nous connaissons tous nos adhérents, nous avons pu joindre toutes les personnes qui ont été en contact, pour leur demander de suspendre leurs activités chez nous.

Vous avez racheté, en 2019, le réseau CMG Sports Club, et envisagé d’investir 100 millions d’euros pour rénover les salles et monter en gamme. Votre projet est aujourd’hui remis en question ?

Notre projet, en soi, non, mais l’envergure, oui, est remise en cause. Nous y croyons toujours, parce que nous sommes convaincus que nous allons dans la bonne direction. Mais nous sommes en train de réfléchir au montant de l’enveloppe initialement prévue.

Vendredi, irez-vous manifester à Paris, devant le ministère de la Santé, avec vos collègues et les clients des clubs, qui pourront venir se joindre au cortège par solidarité ?

Bien sûr ! Le fait qu’on bouge, qu’on puisse répéter au gouvernement que nous avons besoin de transparence, que nous voulons voir leurs chiffres, c’est une bonne chose. Parce que notre métier, c’est de faire en sorte que les gens se portent mieux, pas qu’ils tombent malades.

Propos recueillis par Georges Margossian.

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