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Commerce spécialisé : « La beauté-santé se rapproche de son chiffre d’affaires de 2019 »

LE RETAIL BEAUTÉ SE PORTE BIEN

En 2022, les activités retail de la beauté, qui font désormais face à la hausse des coûts de l’énergie, ont progressé plus vite que les autres secteurs. Entretien avec Emmanuel Le Roch, délégué général de la fédération Procos, qui représente les enseignes du commerce spécialisé.

Emmanuel Le Roch - ProcosProfession bien-être : En juillet dernier, vous observiez que les ventes semestrielles du commerce spécialisé restaient toujours inférieures à celles de 2019. Où en est l’activité «beauté-santé»* à fin septembre ?

Emmanuel Le Roch : La beauté-santé a une courbe un peu différente des autres. Progressivement, elle se rapproche de son chiffre d’affaires de 2019, avec une amélioration du volume d’activité au fil des mois, par rapport à cette même année, à l’inverse de secteurs comme l’habillement, dont l’évolution est beaucoup plus erratique.

Selon nos derniers chiffres, on est à -4,5% en magasin sur les neuf premiers mois de l’année, voire -3%, quand on cumule magasins et Web, par rapport à 2019. Si le début de l’été n’a pas été génial, le mois de septembre a été plutôt bon, sachant qu’il y a un sujet qui est difficile à appréhender : c’est l’effet prix, qui peut tirer à la hausse le chiffre d’affaires.

(*) Catégorie comportant une majorité de chaînes de parfumerie sélective, comme Beauty Success, Sephora, Marionnaud, etc.

On est donc dans une phase de reprise pour la beauté-santé ?

Oui. Toute la question est maintenant de savoir si la mobilité des consommateurs sera suffisante au cours des derniers mois de l’année. Le mois d’octobre a réservé, de ce point de vue, une mauvaise surprise, avec, notamment, des problématiques d’accès au carburant qui limitent largement la mobilité des Français, notamment dans les centres commerciaux, qui pèsent assez lourds dans le chiffre d’affaires des activités beauté-santé.

En ce qui concerne les coûts de l’énergie, vous constatez que les remontées des entreprises sont alarmantes. Est-ce que cela concerne également l’activité beauté-santé ?

Il y a deux types d’acteurs. Ceux qui sont encore couverts par leurs contrats sur 2023 – et qui voient donc leurs difficultés repoussées plus tard – et les autres. Pour ces derniers, les nouveaux contrats peuvent aller entre 2,5 et 5 fois ce qu’ils payaient il y a un an. Certes, ce n’est pas le poste le plus lourd du compte d’exploitation des magasins, contrairement aux loyers et aux salaires, mais c’est un poste qui affecte directement la rentabilité, parce que c’est une charge fixe. Dans la moyenne de nos réseaux, elle représentait 15% de l’excédent brut d’exploitation avant augmentation, pour basculer aujourd’hui à 35 ou 40% !

La composition de l’indice des loyers commerciaux (ILC) a été modifiée cet été pour amortir l’impact de la hausse des prix. Ce changement permet-il d’alléger la charge cet indice faisait peser sur la rentabilité des entreprises ?

Oui, parce que cela aurait été pire de le laisser en l’état. On a réussi durant l’été à obtenir une décision de plafonnement de l’ILC pour les petites entreprises, qui couvre une partie des réseaux de franchisés, mais pas les succursalistes. Mais en réalité, l’ILC est fortement composé de l’indice des prix et on a basculé dans une inflation qui devrait s’élever à 6 ou 6,5% à la fin de l’année. Fin septembre, l’indice était à +4,42. La prochaine revalorisation, c’est fin décembre et l’indice sera forcément à 5,5, voire à 6,5… On va donc continuer d’appeler les bailleurs à plafonner l’indexation à 3,5, y compris pour les entreprises de taille plus importante.

L’augmentation des taux d’intérêt impacte-t-elle déjà sur les capacités d’investissement du commerce spécialisé ?

Oui, forcément, parce que le coût d’accès au crédit se dégrade, mais, en fait, il y a tellement de choses qui le dégradent davantage. Le problème, pour les nouveaux dossiers de franchisés, c’est d’avoir suffisamment de visibilité sur les coûts d’exploitation dans les mois qui viennent, car la question du coût de l’énergie vient ruiner la capacité de monter un modèle économique. Avant même d’arriver au financement, il est aujourd’hui difficile d’avoir un modèle rentable avec des coûts de l’énergie aussi élevés.

De plus, avant d’aller chercher de la dette bancaire, il faut être capable de rembourser son PGE (prêt garanti par l’Etat, NDLR) et on constate que les acteurs les plus fragiles rencontrent aujourd’hui des difficultés. De notre côté, on essaye de travailler sur l’allongement des remboursements, mais sans succès jusque-là.

Propos recueillis par Georges Margossian.

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