Virginie Magicart : « Il faut faire de la prothésie ongulaire un vrai métier ! »

Virginie Magicart

Si la prothésie ongulaire attire sans cesse de nouveaux talents, en faire son métier relève encore du parcours du combattant ! Créatrice du centre de formation Magic’Art, Virginie Bour a confié à Profession Bien-être les difficultés rencontrées par les candidates qui veulent se lancer.

Profession bien-être : Votre entrée dans le monde de la beauté s’est faite de façon tardive…

Virginie Bour : Oui. Mon adolescence a été chaotique et ma vie n’a rien d’un long fleuve tranquille !  J’ai été successivement palefrenier, sapeur-pompier, et j’ai même géré une station-service… avant de m’installer comme prothésiste angulaire. Mais parfois, les évènements vous rattrapent. En 2009, à la suite d’un problème personnel, j’ai voulu tout changer et réorganiser ma vie. J’ai eu l’occasion d’accompagner l’un de mes amis au salon Cosmoprof, à Bologne. J’ai découvert tout un monde. Et une marque de vernis m’a contactée en me demandant si je voulais devenir leur formatrice.

Vous n’aviez pourtant jamais enseigné ?

Non. Et, dans ma tête, pour enseigner, il fallait tout connaître. Alors, du coup, du jour au lendemain, Google est devenu mon meilleur ami. J’ai visionné des centaines de tutos, j’ai lu tout ce que j’ai pu trouver sur l’anatomie des doigts et les maladies de l’ongle ! À l’époque, comme aujourd’hui d’ailleurs, il n’existait aucune formation autre que celles des marques.

L’enseignement consistait à apprendre à appliquer les produits en deux jours et après : débrouillez-vous ! Ce n’était pas dans ma nature. J’ai donc travaillé comme une folle, à emmagasiner plein de connaissances avant d’accepter l’offre de la marque qui m’avait contactée.

Et vous vous êtes épanouie dans cette nouvelle activité ?

Je ne me suis pas posé de questions. Celles-ci sont venues plus tard. J’ai surtout beaucoup travaillé, à faire des salons un peu partout. Il fallait que je fasse manger mes enfants, et cela n’a pas toujours été facile. Mais le côté créatif de l’activité m’a séduite. De plus, c’était une profession que je pouvais exercer sans diplôme, même si, par la suite, j’ai fini par passer un CAP esthétique.

Mais comment passe-t-on du statut de formatrice de marque à un rôle d’influenceuse ongles avec une communauté de plus de 20 000 personnes ?

En fait, en travaillant tout le temps, et en ne s’attardant pas aux idées reçues. Il y a dans l’ongle un côté très technique, c’est vrai. Mais l’ongle permet aussi une grande créativité, comme le maquillage. J’ai commencé très vite à réaliser des poses d’ongles un peu excentriques. Et je les ai postés sur Internet, en les baptisant les «défis de Vivi». Et mes défis ont vite attiré la curiosité, puis la passion des nailistas.

Parallèlement, j’ai organisé pour le salon Beauté Sélection des concours d’ongles. TF1 a remarqué mon travail. La chaîne a tourné un reportage en me suivant sur une compétition en Allemagne, où je faisais partie du jury. La diffusion de l’émission a eu un effet incroyable.

Elle vous a fait connaître ?

Oui. Mais comme j’avais aussi tendance à exprimer ce qui n’allait pas, cela m’a aussi placé une cible dans le dos : je suis devenue la bête noire de mes concurrents. Pensez donc, je révélais des secrets professionnels à tout le monde ! Comme le métier n’est pas réglementé, les formateurs gardent jalousement leurs connaissances. Et ça, c’est quand ils sont compétents ! Or, tout le monde peut s’établir comme formateur, après un simple stage de trois jours.

C’est une hérésie… Le métier ne consiste pas simplement à coller une capsule ou à badigeonner de gel un ongle naturel. Il faut aussi de solides notions en anatomie – un ongle, c’est fragile -, ainsi qu’en gestion. Les élèves suivent ces formations pour s’établir à leur compte. Et même à leur toute petite échelle, elles vont devenir des chefs d’entreprise.

Les lancer dans cette activité sans leur donner les moyens de gagner leur vie, c’est prendre un risque. D’autant que j’ai pu constater, en douze ans de pratique et d’enseignement, que beaucoup de femmes qui faisaient le choix de devenir prothésistes ongulaires avaient des parcours de vie tout aussi houleux que le mien.

Alors, quelle est la solution ?

Faire de la prothésie ongulaire un vrai métier ! Dépasser la rivalité entre formateurs et marques, rédiger un référentiel complet, pour donner à celles qui veulent exercer de vrais outils pour gagner leur vie.

Pourquoi est-il si important de faire reconnaître ce métier ?

Parce que les prothésistes et leurs clientes ont le droit d’accéder à des prestations codifiées et de qualité. Les coiffeurs et les esthéticiennes ont accès à des programmes complets. Ils font de la cosmétologie. Nous, dans l’ongle, on fait ce que l’on veut. Or, l’anatomie, l’hygiène et la cosmétologie, c’est la base !

Il vous reste la possibilité, souvent évoquée, de rattacher l’ongle au CAP esthétique…

C’est plus facile à dire qu’à faire. L’ongle, c’est souvent une réinsertion sociale, et les postulantes n’ont pas pu aller à l’école. Il faudrait sans doute plutôt rattacher l’ongle au code APE des tatoueurs, puisque la prothèse comporte une grande partie de création artistique. Et ainsi, les candidates auraient un stage obligatoire d’hygiène avant de s’installer.

Ce n’est pas le cas actuellement ?

Non. Tout le monde peut créer un bar à ongles et faire de la prothèse ongulaire. À condition, aujourd’hui, de ne pas toucher à la peau ni faire de manucure, qui restent l’apanage des esthéticiennes… De qui se moque-t-on ? Comment faire une prothèse ongulaire sans faire de manucure ?

Vous parlez beaucoup d’expression artistique, c’est l’une de vos spécialités. Mais tout le monde n’opte pas pour des prothèses extravagantes ?

Non. Mais quand on est capable de faire de l’artistique, le simple devient facile. L’enjeu n’est donc pas uniquement technique. Il se place aussi sur la gestion. Personne n’apprend aux élèves à faire leur prix de revient. Il n’est pas étonnant de voir certaines travailler à perte, à force de descendre les prix par rapport à la concurrence…

Que pensez-vous du choix proposé par les marques ?

La plupart des marques multiplient les produits, soi-disant pour répondre à la demande. Encore faut-il tenir compte de la durée de vie du produit une fois ouvert. Reprenons l’exemple des coiffeurs. Pour les colorations, ils font leurs propres mélanges, car l’incroyable variété des teintes demandées est impossible à garder en stock !

Pourquoi ne pas faire pareil ? À l’heure actuelle, les filles se retrouvent dans un système marketing où tout est prémâché : elles n’ont aucune marge de manœuvre. Pire encore : la loi demande que l’on tienne un registre d’ouvertures de produits. Qui le fait ? Pratiquement personne. Mais comment leur jeter la pierre, quand personne ne leur apprend la législation relative à notre activité ?

Encore un terrain où se battre…

Je sais. C’est pourquoi j’ai attendu longtemps avant de créer ma marque, avec une gamme très courte de produits qui se combinent entre eux. À l’inverse des marques, j’ai construit ma communauté sur Internet, je l’ai écoutée, avant de concevoir les produits dont elle avait besoin.

Quel est votre prochain combat ?

De créer un référentiel de base pour la prothèse ongulaire et prendre mon bâton de pèlerin pour le faire adopter. Je vais encore me faire lyncher sur Internet, mais je suis plutôt persévérante. Tant qu’on ne me prouve pas que j’ai tort, je considère que j’ai raison…

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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