Certaines activités comme le maquillage semi-permanent n’ont pas attendu la pandémie pour appliquer des règles sanitaires strictes. Pour Maud Ravier, qui forme 1 200 dermo-praticiennes par an, cette prestation pourrait bien revaloriser le métier d’esthéticienne.
Profession bien-être : En ce début de déconfinement, les nouvelles mesures sanitaires ne semblent pas vous déranger ?
Maud Ravier : Je ne vois pas pourquoi elles me dérangeraient. Les dermo-praticiennes font déjà leurs soins avec des masques, des lunettes de protection, en surblouse et en gants. Cela ne va pas changer nos habitudes. Nous allons même plus soin : un soin visage peut parfaitement être effectué avec des gants.
La cliente ne ressentira aucune différence, les gants chirurgicaux étant très fins, la chaleur et la pression des mains restent les mêmes. C’est une habitude à prendre pour la praticienne. Pour faire un soin Kobido, par exemple, il y a un coup de main à prendre pour mieux attraper la peau. Mais la transition ne pose pas de problèmes.
Et pour la cliente, c’est doublement rassurant. Elle prend ainsi conscience que son esthéticienne la protège. Nous apprenons à nos praticiennes à se laver les mains devant la cliente, avant d’enfiler les gants jetables. Renforcer l’hygiène au vu de la cliente, ne fait que renforcer le professionnalisme de la prestation.
L’attitude des clientes va-t-elle changer à la réouverture des instituts ?
Je suis persuadée que le monde va être différent après la pandémie. Les gens vont être plus conscients de l’importance de l’hygiène. Et c’est dès l’enfance qu’il faut apprendre les bons gestes. Je suis stupéfaite de voir que, dans la majorité des écoles, il n’y a dans les toilettes ni papier hygiénique, ni savon, ni de quoi s’essuyer les mains. Même dans les écoles d’esthétique ! Alors que ces dernières devraient être à la pointe de l’hygiène.
C’est pourquoi dans nos premiers cours nous attachons autant d’importance au lavage des mains. Car la plupart de nos élèves ne savent pas comment le faire correctement. Et nous avons un moyen très simple pour le leur prouver : nous leur faisons se laver les mains, avant de les passer dans une boite à UV.
Elles voient alors toutes les bactéries qui restent sur leurs mains. Je peux vous dire qu’après elles suivent scrupuleusement les instructions ! L’hygiène fait partie des éléments qui vont rassurer la cliente en post-Covid 19. Mais ce n’est pas le seul. Nous avons aujourd’hui l’occasion de donner des lettres de noblesse à notre profession.
Parce que l’époque a vraiment changé, selon vous ?
Oui, et pas seulement à cause de la pandémie ou du confinement. Je suis esthéticienne depuis vingt ans et je vois les mentalités évoluer. Quand j’ai démarré et que j’ai pris mon premier institut, nous étions considérées comme des esthéticiennes «légères» avec peu de bagage intellectuel. Nous n’étions absolument pas prises au sérieux. En dix ans, j’ai vraiment vu les mentalités se transformer.
A titre personnel, j’ai toujours été fascinée par le monde médical. Et par le passé, j’ai souvent gratté à la porte de grands chirurgiens, parce que j’étais persuadée qu’avec la dermopigmentation, nous pouvions leur apporter des prestations complémentaires. J’ai longtemps prêché dans le désert, mais j’ai continué. Je reste persuadée que nous pouvons être complémentaires pour les professions médicales et paramédicales.
Même les chirurgiens esthétiques ?
Oui. Pour un chirurgien esthétique, lorsqu’il refait des seins, l’important, c’est que les deux seins soient équilibrés et bien placés, sans complications. Qu’il reste des cicatrices, à la limite, c’est normal et ça ne le concerne pas. Or, avec des pigments adaptés, on peut faire disparaitre une cicatrice. De même, les gonflements dus à un lifting, peuvent être résorbés plus rapidement grâce à des drainages esthétiques. A force d’écouter les demandes de leurs patientes, les chirurgiens se sont aperçus qu’ils pouvaient avoir besoin de nos services pour améliorer encore leurs prestations.
Aujourd’hui, grâce à des efforts répétés, je peux enfin dialoguer avec des chirurgiens sans me sentir désavantagée. Ils ont la connaissance médicale que je n’aurai jamais, mais je peux apporter mon expérience de la peau et des pigments, pour mettre leur travail en valeur. Ma passion et mon expérience du Life Repair, à savoir la correction des accidents de la vie, me permet d’apporter ma petite pierre à l’édifice. Et c’est un rôle aujourd’hui que les esthéticiennes peuvent assumer.
Il s’agit pour vous d’un moment charnière dans la profession ?
Absolument. C’est le moment ou jamais de se montrer professionnelles, en oubliant les décorations rose bonbon et le côté girly. Pour se faire prendre au sérieux, non seulement il faut posséder du bagage mais aussi pouvoir en faire preuve au bon moment. La bonne nouvelle, c’est que la plupart des écoles esthétiques ont aujourd’hui étoffé leurs programmes, avec des cours de gestion, de marketing, de langues étrangères et l’accès à une multitude de nouvelles technologies.
Nous allons assister à une éclosion de nouvelles praticiennes, qui sauront être également des femmes d’affaires et des chefs d’entreprises, même celles qui travaillent seules dans un petit institut. Car avec les nouveaux moyens de communication, tout est possible. Vous pouvez être la meilleure esthéticienne du monde dans votre cabine, si vous ne le faites pas savoir, personne ne le saura. Et vous tournerez toujours avec un petit volant de clientèle.
J’ai deux exemples frappants dans mes anciennes élèves. Cela se passe dans la région de Montpellier. L’une possède un institut de trois cabines en plein centre e Montpellier. La seconde s’est installée à une dizaine de kilomètres de la ville, avec un institut d’une cabine installée dans son jardin. Elle travaille seule, mais fait autant de chiffre d’affaires que celle qui se trouve en plein centre.
La différence ? Elle sait parfaitement se servir des réseaux sociaux et alimente son compte Instagram et sa page Facebook régulièrement. Elle a réussi à créer une communauté et à provoquer un buzz incroyable autour de ses prestations, alors qu’elle ne fait aucun soin de base et s’est spécialisée dans le maquillage semi-permanent.
Une exception ?
Non. La dermopigmentation, qu’il s’agisse de maquillage semi-permanent ou de Life Repair, est une prestation chère et qui fidélise lorsqu’elle est bien exécutée. Se spécialiser dans ce domaine, c’est non seulement augmenter son chiffre, lorsque l’on est à son compte – nous parlons ici d’une prestation facturée au minimum 350 euros de l’heure, – mais qui accroit aussi les chances de trouver un emploi.
Si un employeur reçoit dix CV pour un poste à pourvoir, et qu’il n’y en a que deux qui font valoir une expérience de dermo-praticiennes, à votre avis, lesquels va-t-il choisir ? Forcément les candidates qui lui permettront de proposer des prestations chères. Qui peut hésiter entre 360 euros de l’heure et 90 euros pour un soin visage lambda ?
Encore faudrait-il pouvoir disposer d’un diplôme reconnu en la matière…
Mais nous y travaillons activement ! Cela fait plus d’un an que nous planchons sur un CQP qui pourrait être inscrit au RNCP. L’affaire est en bonne voie, elle correspond à un besoin de professionnalisation de notre métier, au même titre que l’utilisation de la lumière pulsée ou d’autres technologies nouvelles. L’affichage d’un diplôme reconnu est aussi un facteur de réassurance pour la cliente, tout comme les mesures sanitaires dont nous parlions plus haut.
A l’heure actuelle, tout le monde, sans aucune formation, peut s’établir dermo-praticienne. Il suffit pour cela, d’avoir suivi le stage obligatoire d’hygiène-salubrité. Et l’appât du gain attire de nombreuses candidates …
Mais cela doit poser un problème au niveau des assurances, non ?
Pensez-vous ! Le maquillage semi-permanent, tout comme le tatouage est considéré comme un acte artistique. Il a donc une obligation de moyens et non pas de résultat. Cela veut dire, en clair, que comme la cliente a signé un accord avant l’acte, elle ne pourra pas se retourner contre la praticienne si le résultat ne lui plait pas. Elle ne pourra mettre en cause sa responsabilité juridique qu’en cas de problème de santé grave et encore, il lui faudra prouver que ce problème vient bien de l’acte pratiqué.
Alors, oui, il faut absolument un diplôme pour cette spécialité. Pour notre école, nous avons pris le parti de ne retenir que les candidates qui avaient déjà une expérience esthétique. Car pour accéder à cette prestation, il faut certaines qualités : de la concentration, de la minutie, une hygiène rigoureuse, mais aussi un goût pour le dessin et un peu de talent ! On ne peut pas choisir de devenir dermo-praticienne uniquement par goût du lucre.
C’est un combat à mener pour tous les professionnels. Et c’est aujourd’hui le moment ou jamais de valoriser le métier d’esthéticienne et d’éclairer les zones d’ombres qui subsistent dans notre législation.
Propos recueillis par Siska von Saxenburg.




