Ils arrivent au cabinet après avoir perdu plusieurs kilos en quelques mois. Le visage s’est affiné, parfois creusé. La peau paraît plus lâche. Certains parlent d’un changement rapide, presque brutal. Pour les chirurgiens esthétiques, ces situations deviennent de plus en plus fréquentes depuis l’essor des traitements amaigrissants de nouvelle génération.
Portés par un engouement mondial, ces médicaments de type GLP-1 se sont rapidement imposés dans la prise en charge du diabète et de l’obésité. Les plus connus – Ozempic, Wegovy ou Mounjaro – appartiennent à une nouvelle génération de produits qui agissent sur l’appétit et la sensation de satiété.
«Depuis juin 2025, tous les médecins peuvent prescrire ces médicaments. Avant, c’était réservé aux endocrinologues ou à des médecins signalés pour pouvoir le faire», rappelle le Dr Michel Rouif, chirurgien plasticien à Tours et secrétaire général de la Sofcep (Société française des chirurgiens esthétiques plasticiens), dont le congrès (28-30 mai) réunit chaque année plusieurs centaines de spécialistes du bistouri.
Amaigrissement rapide, visage creusé
Initialement développés pour le diabète de type 2, ces médicaments sont désormais utilisés dans la prise en charge du surpoids et de l’obésité. Leur efficacité repose sur plusieurs mécanismes physiologiques.
«Plusieurs mécanismes sont mobilisés : une modulation de la satiété, on a moins envie de manger, un ralentissement de la vidange gastrique, c’est-à-dire que l’estomac se vide moins vite, ce qui participe à cette sensation de satiété. Ils agissent également sur la régulation de la glycémie et sur les circuits cérébraux liés au plaisir alimentaire», détaille le Dr Rouif.
Au final, ces traitements peuvent entraîner «entre 10 et 20 % du poids en quelques mois». «C’est assez violent sur le plan physiologique», souligne le médecin. Car ces transformations peuvent entraîner une perte impressionnante de volume au niveau du visage, parfois décrite sous le terme d’«Ozempic face», caractérisé par un aspect de vieillissement prématuré.
Sans oublier les modifications corporelles, comme un relâchement cutané abdominal ou des excès de peau… «Cette évolution se traduit par une augmentation des demandes en médecine esthétique (fillers, biostimulation) et en chirurgie de remodelage corporel et facial», constate le chirurgien.
Des tissus plus fragiles à traiter
La qualité des tissus peut aussi être altérée, avec une peau plus fine et moins élastique, susceptible d’influencer les résultats de certaines interventions comme les liftings, poursuit le chirurgien plasticien. Des altérations qui effrayent les patients. Au point que certains d’entre eux viennent désormais les corriger dans les cabinets de chirurgie esthétique.
«Les traitements concernent surtout le visage, en particulier le centre facial, c’est-à-dire la joue centrale. Pourquoi ? Parce que c’est là qu’il y a le plus de graisse et de structures musculaires. Le front et le cou sont des zones où il y a moins de tissu graisseux, donc l’impact est différent», note le Dr Rouif, qui alerte toutefois sur un risque d’augmentation des traitements médicaux (injections, machines ou radiofréquence…), déjà largement utilisés.
Car à force de multiplier ces techniques, certains patients présentent des tissus plus rigides ou des cicatrices profondes, susceptibles de compliquer ensuite une intervention chirurgicale, met-il en garde. «Quand on perd du poids, il faut qu’il se stabilise avant d’envisager une chirurgie», insiste le chirurgien. Pas toujours évident. Avec ces traitements, le corps change parfois plus vite que la médecine esthétique n’a le temps de s’adapter…
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