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« La dermopigmentation est une technique naturellement invasive »

la dermopigmentation est une méthode invasive

A la suite d’un témoignage alarmant, Profession bien-être a demandé à Maïté Vertesi, la fondatrice de Verthi’s International, de rappeler les règles de sécurité pour la pratique (et l’enseignement) de la dermopigmentation.

Tout a commencé lors du Congrès International Esthétique & Spa, qui s’est tenu au printemps dernier. Une esthéticienne expérimentée est venue sur le stand de Profession bien-être pour parler de son expérience de formation en dermopigmentation avec une entreprise pourtant bien connue.

Ce qu’elle nous a raconté nous a fait dresser les cheveux sur la tête : pièce non adaptée, pas de tenues de protection, pas de masques, pas de nettoyage de poste entre deux soins, esthéticiennes prenant leur repas de midi directement sur les tables de soins…

Du fait de sa rentabilité, la dermopigmentation est une technique qui attire beaucoup d’esthéticiennes, mais la multiplication des formations n’est pas toujours un garant d’hygiène ou de technicité, comme l’explique Maïté Vertesi, la fondatrice de Verthi’s International.

Maite Vertéis Profession bien-être : Quelles sont les règles d’hygiène de base à respecter fors d’une formation au maquillage permanent ?

Maïté Vertesi : Tout d’abord, il est conseillé d’être esthéticienne diplômée pour pratiquer le maquillage permanent. Mais il faut surtout avoir suivi un stage de trois jours obligatoires, de 21 heures, par un centre de formation ayant l’autorisation des ARS (Agence régionale de santé, NDLR) de dispenser cette formation en hygiène et salubrité.

Car, oui, le maquillage permanent consiste à introduire par effraction cutanée des pigments, à l’aide d’aiguilles stériles en réalisant de multiples micro-piqures. C’est donc une technique naturellement invasive. Il est alors logique qu’elle soit soumise à des règles d’hygiène et d’asepsie strictes, au même titre qu’un acte médico-chirurgical.

Pourquoi est-ce aussi rigoureux ?

Parce que les éventuels petits saignements ou de microscopiques projections de liquides biologiques, non visibles à l’œil nu, peuvent causer des infections dans un environnement contaminé ou par manque d’hygiène. Par exemple, déjeuner dans une salle de soin ou de formation est une pure hérésie !

Quelles sont les précautions à prendre ?

En premier lieu, respecter la distanciation sociale entre chaque siège. Ensuite, la salle de pigmentation doit être exclusivement dédiée à la prestation de maquillage permanent. Par ailleurs, la gestion et l’entretien de l’environnement, des instruments, des déchets, ainsi que les mesures de protection individuelles doivent être impérativement respectées : port de gants, de masques, de blouses de protection et les cheveux attachés sont ici de rigueur.

Enfin, il faut procéder à l’élimination des déchets, nettoyer la table de soin et le sol entre chaque modèle. Le nettoyage de la salle technique et du local de formation se fait quotidiennement par bio-nettoyage humide, toujours avec des produits aux normes européennes.

Vous parlez de l’élimination des déchets. Existe-t-il une procédure spéciale ?

Oui, les déchets doivent être évacués au plus près du soin dans des emballages fermés et selon la filière adaptée. Les centres de formations ont pratiquement tous des conventions avec un prestataire qui élimine les déchets coupants, les compresses usagées qui ont été en contact avec la peau et le sang.

D’ailleurs, en cas de contrôle par les ARS, on peut vous demander la convention de prise en charge des déchets passée avec une société spécialisée dans l’élimination des déchets coupants et infectieux.

Faut-il privilégier les formations avec peu de stagiaires ?

Un centre de formation pourra effectivement mieux gérer si le nombre de stagiaires est restreint : c’est une garantie pour un meilleur apprentissage et une gestion respectueuse des modèles.

Que dire des accessoires ?

Je conseille de prendre avec soi une paire de chaussures de travail qui ne seront portées qu’en salle de formation et qui n’auront pas eu de contact avec l’asphalte de la rue. Si la stagiaire ne peut changer de chaussures avant de rentrer en cabine, elle devra impérativement porter des sur-chaussures jetables.

L’hygiène des mains est impérative entre deux soins. C’est pourquoi le formateur consomme énormément de gants : à chaque fois qu’il travaille sur un poste différent pour vérifier le savoir acquis ou pour parfaire un tracé, il se doit de changer de gants. La règle de base, c’est un modèle différent, une paire de gants différente.

Je conseille, pour des raisons d’allergie, d’utiliser des gants sans latex et obligatoirement des gants non poudrés. Le masque limite toute contamination du client par la flore oro-pharyngée du praticien : il est à usage unique et ne doit être ni repositionné ni réutilisé.

Quelles sont les autres précautions à prendre pour la sécurité des clients?

Surtout ne pas négliger ce qui se passe après le soin. Gardez aussi la traçabilité des pigments utilisés, pour une éventuelle retouche, mais jamais le contenu de la cupule pour repigmenter une prochaine fois, au moment de la retouche, car après chaque pigmentation, vous devrez jeter le reste de pigment.

Justement, quels pigments choisir ?

Depuis le 1er janvier 2022, tous les pigments vendus en France doivent être aux normes REACH et doivent présenter un QR Code de traçabilité. C’est à l’esthéticienne d’archiver le document téléchargé en scannant le QR Code et de le conserver précieusement. Les aiguilles doivent être stériles et à usage unique.

Il faut utiliser des modules ou aiguilles à usage unique, afin d’éviter au maximum la transmission croisée de micro-organismes, qu’elle s’opère de client à client, de client à praticien ou de praticien à client.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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