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Jacqueline Peyrefitte : « Ce sont les maîtres de stage qu’il faudrait former ! »

Doublement des stages en entreprises pour les élèves esthéticiennes

Rien de va plus dans les écoles d’esthétique, qui doivent refondre leur programme pour s’aligner sur les nouvelles dispositions concernant les périodes de formation en milieu professionnel (PFMP), dont la durée a été doublée. Le point avec Jacqueline Peyrefitte, fondatrice des écoles éponymes.

Profession bien-être : Cette mesure permet de mieux immerger les élèves dans le milieu professionnel. En quoi pose-t-elle un problème aux écoles ?

Jacqueline Peyrefitte : Tout simplement, parce que le temps que les élèves passent en entreprise, elles ne le passent pas en cours. Et ne nous leurrons pas : rares sont les élèves qui trouvent au cours de leur stage une responsable d’institut qui va prendre le temps de les former et de leur apprendre les bonnes pratiques.

Dans la majorité des cas, l’arrivée d’une stagiaire permet à la responsable de lui confier des taches très subalternes et chronophages. Apporter une boisson aux clientes n’apprendra pas à la stagiaire à bien exécuter une épilation, un soin visage ou un massage ! Et on peut difficilement le reprocher à une responsable d’institut au planning surchargé, qui manque déjà de personnel qualifié.

Alors, oui, une élève en stage ne sait pas forcément travailler en situation de stress, mais c’est justement pourquoi elle est en stage. C’est pour pouvoir appréhender la réalité du terrain.

Vous pensez donc que le doublement de la durée des stages n’est pas forcément une bonne idée ?

C’est une bonne mesure si l’élève tombe sur un maître de stage compétent et pédagogue, qui aura à cœur de former sa stagiaire au quotidien d’un institut. Heureusement, il y en a ! Mais ça n’est pas la généralité. Comme ces stages ne sont pas rémunérés, les responsables d’instituts y voient souvent l’occasion de récupérer une «petite main» à peu de frais.

Tous les stages ne sont pas rémunérés ?

Non. Seuls les élèves en alternance perçoivent un salaire. Les apprentis reçoivent une petite indemnité, mais les élèves en PFMP ne perçoivent rien. C’est ce qui les rend attractifs aux yeux des responsables d’institut.

En somme, ce sont les maitres de stage qu’il faudrait former ?

Vous ne croyez pas si bien dire. Accepter des stagiaires, c’est aussi accepter les devoirs que comporte cette formule, à savoir : permettre à l’élève d’apprendre son métier directement sur le terrain et d’appréhender la réalité de l’entreprise. C’est aussi lui permettre d’appliquer la pratique qu’elle apprend à l’école. Ce n’est hélas pas toujours le cas. Sans compter que, lorsque la stagiaire réalise un soin, personne n’est derrière son dos pour réajuster son geste. Ce qui n’est pas le cas à l’école, où ses gestes sont notés et rectifiés par un professeur.

Tout le programme «pratique» de l’école s’en trouve bouleversé. Nous devons réajuster les cours pour y intégrer ces fameux stages. Comme il n’est pas question de rogner sur les cours théoriques, on restreint forcément les cours de pratique esthétique avec des élèves qui prennent parfois de très mauvaises habitudes lorsqu’elles reviennent de stage, et qu’il faut donc recadrer.

Les écoles ont beau évoluer et intégrer de plus en plus de pratiques adaptées à l’évolution de l’esthétique, cela ressemble parfois à l’histoire de Pénélope. Nous les formons de façon adéquate et le terrain les déforme avant même qu’elles aient pu intégrer tout ce qu’elles ont appris.

Est-ce un phénomène général ?

Heureusement, non. Certains responsables utilisent même ces stages pour repérer les bons éléments et les engager une fois le diplôme obtenu. Mais c’est une minorité. Cela oblige l’école à adapter son enseignement avec une remise à niveau à chaque retour de stage.

Est-ce insurmontable ?

Non. Nous avons connu pire avec le Covid, où il a fallu remanier tous les cours en visio. Mais c’est une complication de plus pour cette rentrée déjà compliquée. Cela s’ajoute à nos efforts pour rendre la formation toujours plus adaptée à la réalité des instituts et augmenter l’employabilité de nos élèves, une fois leur diplôme obtenu.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

BIO
Présidente de la CUA (Cnaib-Unib Artistique), Jacqueline Peyrefitte est aussi présidente du groupe Peyrefitte depuis 1984, qui regroupe trois écoles d’esthétique, à Lyon, Aix-les-Bains et Aix-en-Provence, et une école de maquillage, à Lyon.

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