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Des esthéticiennes et des coiffeurs entre désespoir et colère

Ce brusque reconfinement passe de plus en plus mal chez les professionnels de la beauté, qui craignent son prolongement en décembre. Certains ont décidé de sensibiliser le public à leurs difficultés, d’autres, peu nombreux, ont choisi de braver l’interdiction.

Le reconfinement, ils ne l’avaient jamais envisagé de cette façon. Soudain et brutal, sans la moindre possibilité de se préparer, pour éviter de perdre leurs derniers clients de la semaine. Le 30 octobre, ils ont dû tirer leurs rideaux, traçant un trait sur le samedi, jour de grande affluence, où ils auraient pu prévenir leurs clients, reprendre des rendez-vous et s’organiser pour le «click & collect».

Mais le plus grave, c’est la précipitation avec laquelle le gouvernement a décidé de fermer ces commerces, autorisant par ailleurs la vente de produits «non essentiels» dans les grandes surfaces… «Le secteur est dans l’incompréhension la plus totale. Le désarroi est palpable face à cette situation incohérente, et la colère monte. Nos entreprises sont perdues. Certains entament une grève de la faim, d’autres menacent d’ouvrir leur salon dès lundi», mettait en garde dès le 31 octobre Christophe Doré, président de l’Union des entreprises de coiffure (Unec), dans une lettre adressée au chef de l’État.

Dans toute la France, des coiffeurs ont alors voulu se faire entendre. À Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), une trentaine de commerçants ont ainsi défilé au début du mois, un par un, dans le salon de coiffure d’Hélène Wasselin, également conseillère municipale, pour se faire photographier dénudés.  Sous le message, «La Covid nous met à terre! L’Etat nous met à poil», elle a posté des clichés de l’opération sur ses comptes Twitter et Facebook, les autres protestataires devant, selon elle, relayer également la mobilisation sur les réseaux sociaux.

L’initiative en a inspiré d’autres, même après la décision du gouvernement d’interdire la vente de produits jugés «non essentiels» dans les grandes surfaces. Dans une publication sur Facebook, Thierry Fournier, coiffeur et barbier à Chambéry (Savoie), pose nu pour inciter le public à consommer local : «Consommez local sinon même les barbiers finiront à poil ! Soutenez vos commerçants, artisans et restaurateurs du centre-ville. N’achetez pas sur Internet, gardez votre argent pour la fin du confinement».

« Je ne pouvais pas rester à rien faire »

Au Havre (Seine-Maritime), le coiffeur Jean-Charles Gérard a décidé, non seulement de se montrer nu dans son salon, sèche-cheveux à la main, mais aussi de lancer le mouvement #moncoiffeuràpoil. Résultat : plus de 250 photos publiées et plusieurs milliers de partages. «Un message d’inquiétude pour l’avenir, notamment pour ceux qui travaillent seuls ou à domicile et qui n’ont pas forcément les reins assez solides pour surmonter la crise», rapporte Le Parisien.

«Moralement comme économiquement, je ne pouvais pas rester à rien faire», lâche un autre professionnel du ciseau, à Paris, même s’il sait qu’il s’expose à des amendes, voire une fermeture administrative. Plutôt que d’attendre d’hypothétiques assouplissements, il s’est décidé à désobéir, raconte le coiffeur à l’AFP.

Au printemps, les deux mois d’inactivité ont privé le commerce de «16 000 euros de chiffre d’affaires», selon lui. Avec le reconfinement, il mettra au moins six mois de plus, avec son associé, à rembourser son crédit. Fermer un troisième mois cette année, cela voulait dire «prendre encore du retard», voire «s’endetter de nouveau» pour assumer les charges.

En continuant à coiffer «en sous-marin», il espère accueillir «10 clients par semaine» dans son salon, poursuit-il. De quoi sécuriser «environ 1 600 euros» en liquide, qui l’aideront à payer le loyer commercial. «On transgresse les règles pour survivre, pas par malice, mais par nécessité», se justifie le jeune coiffeur.

Il n’est pas le seul. D’autres, comme à Châteauroux, continue d’exercer, chez ses clients ou à domicile. Début novembre, avant l’assouplissement des conditions d’éligibilité au fonds de solidarité, il disait attendre les aides de l’État, selon France Bleu. «Je paie un loyer de 600 euros et des enfants à charge», expliquait alors ce coiffeur.

« Les ventes de cosmétiques ne suffisent pas »

Les esthéticiennes ne font pas exception, car certaines d’entre elles ne voient pas comment faire autrement. «Aujourd’hui, j’ai fait six clientes. Je ne prends que celle que je connais très bien, elles ont mon numéro de portable», reconnaît, au micro de RMC, Marie, qui exerce toujours à Paris, même après avoir baissé le rideau. Une prise de risque qu’elle assume pleinement. «C’est une question de survie, j’ai ouvert mon commerce il y a quatre ans, j’y ai mis toutes mes économies, je suis obligée de bosser. Il faut bien que j’aille acheter à manger et je ne me laisserai pas abattre», explique l’esthéticienne. D’autant qu’il est difficile, à l’heure actuelle, d’imaginer une sortie de crise…

«Quand votre commerce est fermé et que vous en êtes au deuxième confinement, vous vous demandez s’il n’y en aura pas un troisième… On se questionne sur la durée des choses», s’inquiète Célia Vepori-Lucciardi, qui a créé son institut de beauté, à Ajaccio, il y a seulement deux ans. Interrogée par la presse locale, elle estime qu’«on aurait pu trouver des moyens de faire travailler tout le monde».

L’autre solution, c’est de lâcher pendant un moment son activité et de trouver un nouvel emploi. Certaines professionnelles sautent le pas, comme Anaïck Kerfant, gérante du salon «L’instant bien-être», à Callac, dans les Côtes-d’Armor. Elle a mis en place une formule «cliqué-retiré», pour des coffrets qu’elle a préparés tout spécialement pour les fêtes. Mais les ventes de produits cosmétiques ne suffisent pas.

«J’ai dû me résoudre à placer Ophélia, mon employée, en chômage partiel. Pour compenser mes pertes de revenus, je suis en recherche d’un emploi salarié temporaire, en usine ou ailleurs, peu importe…», déclare la jeune femme à Ouest-France. Une question de survie. «Que vont devenir nos boutiques si les choses ne changent pas ?», se demande Fanny Thelin, esthéticienne à domicile à Châteauroux-les-Alpes (Hautes-Alpes), qui a choisi, elle aussi, comme les coiffeurs, de poser dans le plus simple appareil pour faire passer le message.

 

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