Cette technique de tatouage temporaire est de plus en plus plébiscitée par les clientes depuis le confinement. Pourrait-elle devenir l’une des clés de la reprise des instituts ? Profession bien-être a posé la question à Maud Ravier qui, en quelques années, a su lui donner ses lettres de noblesse.
Profession bien-être : Le confinement ne semble pas avoir freiné l’évolution de la dermopigmentation ?
Maud Ravier : C’est vrai. Nous n’avons jamais autant travaillé que pendant la fermeture des instituts ! Bien sûr, nous avons dû annuler les rendez-vous à notre siège, mais nous n’avons jamais reçu autant de demandes de formations. C’est simple : toutes nos dates sont pleines jusqu’à fin octobre. En fait, malgré le confinement, nous allons faire une très bonne année 2020. Nous ne nous y attendions absolument pas. C’est plutôt encourageant pour la profession. Et cela me conforte dans l’idée que cette technique va bientôt devenir incontournable.
Pourquoi cet engouement ?
Les esthéticiennes semblent avoir profité du confinement pour réfléchir à leur profession. Cette coupure forcée les a contraintes à revoir leurs cartes de soin, recalculer leurs marges et rechercher des soins nouveaux qui pourraient fidéliser les clientes. L’avantage de la technique, c’est qu’elle s’adapte à plusieurs prestations différentes de l’esthétique classique avec le maquillage permanent au «Life Repair», qui permet de corriger les accidents de la vie, comme la disparition des cicatrices ou la reconstruction d’un mamelon après l’ablation d’un sein. Sans oublier la tricopigmentation pour corriger les alopécies, combler le cuir chevelu ou camoufler les cicatrices du crâne, des spécialités prisées par la clientèle masculine.
Est-ce vraiment un facteur de rentabilité pour un institut ?
Oui. Les instituts qui proposent régulièrement cette prestation font près de 50% de leur chiffre grâce à la dermopigmentation. Avouez que ce serait bête de s’en priver ! D’autant que la technique a énormément évolué au cours des dernières années : les instruments, les pigments et surtout la formation, tout a évolué dans le bon sens.
Il y a encore quelques années, n’importe qui pouvait s’établir comme formateur. Aujourd’hui, heureusement, tout est beaucoup plus encadré. Et nous travaillons activement à l’élaboration d’un diplôme approprié. Aujourd’hui, il suffit d’avoir fait un stage hygiène et santé de trois jours pour s’installer. Il serait raisonnable d’avoir un diplôme spécifique.
Ou l’incorporer dans un CAP ?
Tout le monde n’a pas le désir de faire d’autres soins que la dermopigmentation. Je pense à certaines de mes stagiaires, ex-infirmières, qui sont parfaitement en mesure de «piquer», une fois correctement formées. Elles sont même, généralement, beaucoup plus sensibilisées aux notions d’hygiène. Cela peut être le cas également de certaines maquilleuses professionnelles, qui veulent aller plus loin dans leur spécialité.
Certaines esthéticiennes, même pourvues d’un CAP, ne seraient donc pas aptes à pratiquer le maquillage semi-permanent ?
Mais oui ! Il existe des cas «désespérés», même s’ils sont rares. C’est le rôle du formateur de les détecter et éventuellement de décourager la candidate ou l’orienter vers une autre technique où elle sera plus à l’aise. L’appât du gain ne peut pas être la seule motivation. Si l’esthéticienne est maladroite, par exemple. Dans ce métier, il faut être minutieux, précis et perfectionnistes, car le résultat se voit immédiatement. Les ratés, aussi.
Autre cas compliqué : celle de l’esthéticienne angoissée, qui a peur de «mal faire». S’il est logique d’être un peu hésitante au début de la formation, il doit y avoir néanmoins un grand attrait pour cette nouvelle technique. S’il s’agit d’un simple manque d’assurance, cela peut se corriger si la candidate est très appliquée. Elle pourra devenir à force de pratique une bonne exécutante.
Être une bonne exécutante, cela suffit pour réussir ?
Pas vraiment. Il faut surtout, au départ, un grand sens de l’écoute et de l’observation. Et quand je dis écouter, c’est aussi de percevoir ce que la cliente ne vous dit pas avec des mots, mais avec son attitude. Une dermographe expérimentée doit aussi faire preuve d’un grand sens artistique, prendre en considération le visage de sa cliente et ne pas reproduire constamment les mêmes tracés à la chaine.
Vous n’allez pas réaliser les mêmes sourcils ou le même contour des lèvres sur une femme simple et très naturelle que sur une femme très sophistiquée ! Nous sommes souvent amenés à corriger des «ratés» de maquillage semi-permanent. Car aujourd’hui, avec l’évolution des produits, tout se corrige.
La dermopigmentation est donc un facteur de succès ?
J’en suis persuadée. Mais vous aurez beau être la meilleure praticienne du secteur, encore faut-il le faire savoir. A mes débuts, j’avais peu de clientes en dermopigmentation, tout simplement parce qu’elles ne savaient pas que je proposais cette prestation. Et j’avais très peu de budget ! Je me suis donc tournée vers les réseaux sociaux. Dès que j’ai commencé à vraiment communiquer, le succès a été au rendez-vous.
Alors, oui, la dermopigmentation permet de réussir, à condition de consacrer beaucoup de temps aux réseaux sociaux. Ce n’est pas une question de prix, mais de temps. L’avantage du maquillage semi-permanent, c’est qu’il s’agit de quelque chose de très visuel. Et poster une prestation réussie sur Instagram ou Facebook va vous faire connaître petit à petit. Et vous verrez assez rapidement le résultat sur votre chiffre d’affaires !
Propos recueillis par Siska von Saxenburg.




