La peau est un organe complexe et fascinant. Prenez-en soin, comme votre enfant, votre famille (ou votre chien, si vous voulez). Car c’est la seule que vous aurez ! Elle remplit de multiples fonctions, notamment celle de protection. Mais de quoi parlons-nous exactement ? De quelle protection ? Contre quoi ? Et comment ?
Avis à toutes celles d’entre vous qui s’affichent «professionnelles» ou expertes. Si vous ne pouvez pas répondre à ces questions, c’est que la professionnelle sommeille encore en vous. Ne pensez-vous pas que vous vous devez à vous-mêmes – et surtout à vos clientes – plus de connaissance ?
Ne serait-ce que pour mieux élaborer vos protocoles, mais aussi pour justifier vos tarifs, plus élevés que ceux de vos concurrents ? Une blouse blanche, une tablette et des technologies ne font pas de vous une professionnelle. C’est ce que j’appelle la «déco de studio». Il suffit d’avoir assisté à un tournage pour se rendre compte qu’il n’y a rien derrière.
Un petit retour aux sources de la peau
La couche cornée, le fameux et unique stratum corneum (SC), est composée de cellules mortes, certes, mais pas sans vie. Bien sûr, ces cellules sont anucluéées (sans noyau), mais quand vous parlez de cellules mortes, cela sous-entend sans vie et inutiles. Or, c’est là que se situe le problème. Car il s’y passe des choses incroyables.
Le SC réalise de nombreux services métaboliques, physiques et chimiques. On retrouve à sa surface une vie riche et dynamique, du fait notamment du microbiote et des enzymes. On distingue deux types d’enzymes : les lipases, qui décomposent les triglycérides et les lipides, ainsi que les huiles appliquées sur la peau, en di- et mono-glycérides, glycérine et acides gras, des éléments importants pour conserver une peau saine, et les protéases, qui fournissent les acides aminés nécessaires.
À quoi diable peuvent-elles servir, allez-vous me demander ? Tout simplement, à la formation du NMF (Natural Moisturizing Factor). Euh… Je sens que je vous ai perdues, là ! La professionnelle en vous est de plus en plus endormie. Alors, faisons simple.
Le NMF hydrate la peau, car ses composants fixent l’eau. Présents à l’état naturel dans les couches supérieures de l’épiderme (le SC, pour rappel), ses composants hygroscopiques et hydrosolubles (acides aminés, sucres, urée, acide lactiques, ions) contribuent à maintenir un pH acide en surface.
Le NMF a tendance à s’évaporer – normal, c’est de l’eau – et à être emporté quand la peau est mouillée ou lavée. On arrive donc à un paradoxe : trop ou uniquement hydrater peut… dessécher.
Pour aller plus loin…
Enzymes et NMF sont donc étroitement liés, car les enzymes ont besoin de l’eau du NMF pour réaliser un processus de desquamation naturel. Une carence d’eau du NMF peut provoquer un assèchement de la peau, la rendre atypique et peut déclencher à terme des dermatoses, du type psoriasis ou eczéma.
Dans de nombreux cas, ces dermatoses ont une origine génétique ou sont dues à un stress important. Nul besoin donc de favoriser leur apparition, par manque de professionnalisme. On sait aujourd’hui que le lavage quotidien élimine le NMF, ce qui induit une déshydratation, un dessèchement et accélère le vieillissement.
Merci qui ? Merci aux produits des grandes surfaces trop décapants pour les besoins réels de la peau, merci aux produits type gommages, aHa, rétinol, brosse nettoyantes, utilisés à tout va, merci aux produits «extra formidables» vendus sur Internet, qui font la peau trop belle, merci aussi aux «pauv’ meufs», qui n’ont même pas de diplôme d’esthétique et qui prodiguent malgré tout des conseils, soins et ventes dans leur «institut» ou leur appart, merci enfin aux «influenceuses», à ranger dans la même catégorie que les «pauv’ meufs» ci-dessus !
Merci aussi à vous… Oui, vous, les esthéticiennes diplômées (et cela me fait du mal) qui ne connaissez pas la peau. Car, à votre insu, vous êtes responsables de la détérioration de la vraie protection de la peau. Car c’est la barrière lipidique – qui se trouve dans le SC profonde et moyenne, qui retient l’eau de notre épiderme. Ce sont les NMF dans les cornéocytes qui maintiennent environ 40% d’eau dans le SC. Apporter seulement de l’hydratation ne suffit donc pas.
Faut-il stimuler la kératinisation ?
La kératinisation a un rôle clé dans la formation du NMF. C’est lors de la migration de nos kératinocytes que se synthétisent les composants du NMF. Mais attention, quand l’épaisseur de notre couche cornée est trop fine (et les raisons sont nombreuses : gommages, dermabrasion, peelings, trop forts ou trop fréquents), la couche basale va multiplier les mitoses pour compenser. La kératinisation peut alors s’accélérer en moins d’une semaine !
Or, le temps de la migration étant alors fortement réduit, cette kératinisation provoque une altération des composants protecteurs produits par les cellules. Le pouvoir protecteur en prend un sacré coup ! La peau devient plus réactive, les pertes en eau s’accélèrent, la peau s’affine et le vieillissement s’accélère.
Aïe ! Savez-vous le nombre de techniques, produits et technologies qui suppriment une grande partie de la couche cornée ? Et on vous explique les yeux dans les yeux, parfois on l’écrit noir sur blanc, que tout cela est nécessaire, c’est anti-âge…
Bon. L’industrie cosmétique pèse pas moins de 400 milliards de dollars. Alors, vous, pauvre esthéticienne, que pouvez-vous faire face à ce rabâchage de fausses informations ? Qui croire ? Comment expliquer aux clientes ? Mais peut-être faut-il commencer par vous former, non ?
Actifs et pH : le secret de l’équilibre cutané
Car le pH cutané est, lui aussi, directement lié à la quantité d’eau. Déshydratation et sécheresse perturbent le pH acide de la peau. Et impacte la population de micro-organismes présents. Flore cutanée, microbiote, micro-organismes, enzymes, NMF, couche cornée : tout ce petit monde est lié. Les uns ont besoin des autres. Ils travaillent en symbiose, en équipe !
Souvenez-vous : seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Notre peau, c’est pareil. La symbiose entre la couche cornée et la flore est un équilibre fragile. Mais indispensable pour avoir et conserver une peau saine, fraîche et jeune. Pour assurer cet équilibre, les actifs cosmétiques doivent imprégner la barrière cutanée.
Le choix des actifs, technologies, protocoles manuels ou assistés, doivent être étudiés et proposés dans un programme sur mesure est personnalisé pour chaque cliente. Ces actifs sont les premiers outils d’une bonne professionnelle. Finalement, nos cosmétiques sont plus utiles que futiles. Peut-être, un jour, parviendrons-nous à tordre le cou aux remarques perpétuelles du style «c’est trop d’argent pour une crème», «on passe trop de temps dans sa salle de bains» ou ma préférée : «ça ne sert à rien» !
Vous avez une ou deux marques dans votre institut et certainement de très bons actifs dans vos cosmétiques. Il faut vous penchez dessus. Oui, il est important d’apporter de l’eau, mais aussi savoir limiter son évaporation, et relancer les mécanismes naturels de la peau pour qu’elle reste dense.
Actifs anti-inflammatoires, protecteurs, régénérants, peptides, liposomes, etc. Vous avez tellement d’actifs à votre disposition et de quoi vous amuser. La cosméto, c’est de la cuisine créative. L’eau c’est la vie, préservons-la. Une couche cornée lésée, c’est comme un seau d’eau avec de minuscules trous. Voulez-vous éternellement remplir ce seau d’eau ou vous décider enfin à boucher les trous ? De quoi provoquer une belle réflexion, une auto-critique constructive et un libre arbitre aiguisé !
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BIO EXPRESS
Esthéticienne et formatrice, CEO MédiAge Formations et de la skin Académie, Cécile Michel est aussi présidente du Mouvement des Esthéticiennes de France, élue CMA Rhône et présidente de la CNAIB 69 & 42.




