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Cnaib-Spa : « Il est urgent d’avoir une définition plus claire des soins esthétiques »

Dans un entretien à Profession bien-être, la présidente de la Cnaib-Spa, Martine Berenguel, et le consultant en affaires publiques auprès du syndicat, Sacha Benhamou, insistent sur la nécessité de réformer le cadre réglementaire actuel des métiers de l'esthétique. Un projet qu’ils souhaitent voir aboutir avant la fin de l’année.

Profession bien-être : Est-ce que le cadre réglementaire actuel est adapté à l’évolution du marché de l’esthétique ?

Martine Berenguel : Ce cadre n’est plus adapté depuis 1962. On a un règlement qui nous dit qu’on n’a le droit de faire de l’épilation qu’à la cire et à la pince, ce qui est largement obsolète depuis très longtemps. L’esthétique, c’est un métier qui a évolué et qui s’est perfectionné, avec du matériel nouveau, faisant appel à des compétences supplémentaires. C’est pour ça qu’on a besoin d’une vraie définition de la profession.

Il y a une évolution technologique très rapide, vous venez de le dire, est-ce que c’est elle qui pousse aujourd’hui les esthéticiennes à exercer leur métier à la frontière entre l’esthétique et la médecine esthétique ?

Martine Berenguel : Ce n’est pas uniquement la technologie qui nous pousse vers cela. Il y a aussi des pratiques esthétiques qui nous échappent. Par exemple, le massage, le drainage, des nouvelles méthodes qui arrivent sur le marché, des soins corps, et même des soins visage, sont aujourd’hui pratiqués par des gens non qualifiés. Pourquoi ? Parce qu’on nous dit que, comme ce n’est pas interdit, c’est autorisé…

C’est pourquoi on voudrait que le cadre de l’esthétique regroupe les prestations qui sont, pour nous, qualifiantes. Cela permettrait d’éviter la concurrence déloyale des non diplômés et d’ouvrir le champ vers des technologies. Il ne faut pas oublier que les esthéticiennes françaises sont les plus diplômées d’Europe, ce qui nous donne des compétences tout à fait adaptées à toutes ces technologies mais aussi à tous les soins et toutes les pratiques esthétiques

Les formations, selon vous, sont encore en retard aujourd’hui par rapport à l’évolution du marché ?

Martine Berenguel : Non, je ne pense pas que les formations soient en retard par rapport au marché. Ce que je déplore, c’est que certaines d’entre elles soient ouvertes à des non qualifiées, ce qui fait, effectivement, qu’on se retrouve avec des personnes qui apprennent une méthode ou une technique sans aucun diplôme. Elles peuvent être formées par des organismes de formation qui ne leur demandent aucun pré-requis, ce qui n’est pas normal. Cela vient, justement, du fait que la définition des soins esthétiques n’est pas complète.

Sacha Benhamou, vous êtes consultant en affaires publiques auprès de la Cnaib. Votre message passe-t-il auprès des parlementaires ? Comprennent-ils les enjeux actuels pour l’esthétique ?

Sacha Benhamou : Mon travail ne se concentre pas que sur les parlementaires. En réalité, on parle beaucoup plus avec les ministères et les administrations. Je pense que les parlementaires ne réalisent pas encore l’importance de ce qui se joue, dans cette profession, en termes sanitaires mais aussi de concurrence déloyale. En revanche, on a une très bonne écoute de la part des administrations et des ministères.

Votre rôle, c’est aussi de faire avancer – et c’est une information que vous nous révélez – des propositions que vous allez présenter aux parlementaires et aux ministères…

Sacha Benhamou : Oui, on va travailler avec la Cnaib sur une proposition de refonte des métiers de l’esthétique, avec beaucoup de volets qui seront discutés directement auprès des ministères, parce qu’ils relèvent de l’ordre réglementaire. En revanche, il y a vraiment ce noeud gordien, qui est la définition des soins esthétiques. Aujourd’hui, le code de l’artisanat nous dit qu’il faut être qualifié professionnellement pour pratiquer des soins esthétiques mais, nulle part dans la loi française, on nous dit ce que sont les soins esthétiques…

C’est cette absence de clarté dans la définition des soins esthétiques qui, selon vous, pose des problèmes entre la médecine esthétique et l’esthétique non médicale ?

Martine Berenguel : Pas seulement avec la médecine esthétique, mais aussi avec les non qualifiés. Certains pensent qu’ils ont le droit de le faire, puisque ça n’est pas interdit ! Aujourd’hui, on veut réglementer notre profession de manière à ce que nos qualifications nous donnent le droit de pratiquer d’utiliser certains appareils, tout en anticipant le futur, parce que tout va très vite dans notre milieu.

Dans les cinq prochaines années, il y aura des choses qui n’existent pas aujourd’hui, mais il ne faut surtout pas retomber, à chaque nouveauté, dans une incertitude juridique. Ce qu’on veut, c’est que les esthéticiennes puissent travailler avec sérénité et qu’elles n’aient pas de problème avec la DGCCRF.

De quelle manière vous voulez que la réglementation évolue ?

Sacha Benhamou : C’est important qu’on passe par la loi et les parlementaires, parce qu’aujourd’hui, à défaut de définition claire, la qualification d’une pratique de soins esthétiques relève de l’interprétation de l’administration, qui peut être extrêmement fluctuante. On a besoin de l’inscrire définitivement dans la loi, ce qui donnera une base d’interprétation commune et uniforme.

Alors, comment le faire ? Avant l’été, il y aura un projet de loi de simplification administrative dit Pacte 2, puis, à la rentrée, un projet de loi dit Macron 2 sur la libération de l’activité. On pense que ça serait ce véhicule législatif qui nous permettrait d’avancer sur la définition des soins esthétiques, puis, dans un second temps, avec l’administration, sur d’autres encadrements à apporter.

Les pouvoirs publics vous entendent ?

Sacha Benhamou : Je dirais qu’on est entendus et j’irais jusqu’à dire que j’ai l’impression qu’on est plutôt alignés sur les objectifs des ministères. Encore une fois, c’est vraiment la question du timing qui nous importe. On veut avancer très vite mais on sait qu’en face il y a la question du périmètre de la médecine esthétique.

Cette réforme du cadre réglementaire que vous appelez de vos voeux n’est-elle pas d’autant plus urgente, pour vous, que le contexte économique est particulièrement tendu aujourd’hui pour les instituts ?

Martine Berenguel : Oui, je pense beaucoup à mes collègues qui sont en difficulté, parce qu’il y a eu pas mal de défaillances en 2023. Mais aujourd’hui, on a besoin de rebondir. L’esthéticienne, c’est une personne qui est capable de se reconstruire, de repartir et de sortir de sa zone de confort, pour redémarrer. J’ai donc confiance et je me dis qu’il faut que, justement, le gouvernement nous écoute et que les pouvoirs publics nous envoient un signe positif pour nous aider à reprendre l’énergie nécessaire.

Propos recueillis par Georges Margossian.

LIRE AUSSI : Dans une tribune, la Cnaib appelle à « une réforme ambitieuse de la réglementation »

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