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Bien-être et travail : « L’un ne se fait pas aux dépens de l’autre ! »

Bien être au travail

Faire de son corps son meilleur allié au bureau ? C’est le pari du dernier hors-série de Madame Figaro consacré au «capital bien-être». Un supplément original qui porte un nouveau regard sur la vie professionnelle des femmes, comme l’explique sa rédactrice en chef adjointe, Morgane Miel.

Profession bien-être : Un récent sondage Ifop indique que plus d’une femme sur deux rêve de reconversion professionnelle, tandis que le tiers déclare faire face à un épuisement professionnel. Cela vous étonne ?

Morgane Miel : Non. Cela fait des années que nous travaillons sur le thème de la fatigue des femmes. Parce qu’on leur demande parfois deux fois plus qu’aux hommes pour atteindre certains postes. Et elles n’ont pas souvent le droit à l’erreur. Il y a, bien sûr, la charge de la double journée, même si la nouvelle génération d’hommes se sent plus concernée qu’auparavant par le partage des tâches. Car c’est souvent la femme qui est l’ordinateur central de la maison, d’où cette double exigence, au travail et dans sa vie personnelle, avec cette habitude d’exiger d’elle-même d’être parfaite, dans le contrôle…

Après deux ans de crise sanitaire, le travail est-il davantage vécu comme une contrainte par les femmes ?

Le confinement et la pandémie ont accentué ce sentiment d’épuisement, c’est ce qui ressort dans les études. On est même revenus un peu en arrière en termes de répartition des tâches. Par exemple, le télétravail est présenté comme une aide, mais combien de femmes me disent, en interview, «c’est pas mal, parce que, comme ça, je peux faire mes lessives»… En fait, elles travaillent plus, d’où un sentiment de burn-out.

D’un autre côté, avec le confinement, les gens ont ressenti plus fortement qu’avant que leur corps existait, que le fait de le faire bouger, respirer et le mettre en contact avec la nature était fondamental et que cela pouvait nous aider à nous sentir mieux, à libérer une énergie créative, une force qui se ressent aussi dans notre travail.

Et pour l’illustrer, vous avez interrogé des spécialistes – philosophe, neurobiologiste, psychiatre… – et brossé le portrait de femmes qui ont réussi à trouver cet équilibre si fragile, tout en donnant de nombreux conseils. Quel est votre message ?   

Que les femmes apprennent à lâcher prise ! C’est le cinquième hors-série «business» de Madame Figaro que nous proposons, mais c’est la première fois qu’on relie business et bien-être. On avait vraiment envie de lier ces deux univers, parce qu’il y avait cet épuisement, de plus en plus marqué. Et c’est aussi une autre façon de parler «business» aux femmes, en évoquant leur santé physique et mentale.

À vous lire, le lieu de travail semble jouer un rôle clé sur leur bien-être au quotidien. Vous parlez même de «capital bien-être», comme si on devait le faire fructifier tout au long de sa vie professionnelle…

Notre idée, à travers le titre, était surtout de montrer la fusion des deux préoccupations, c’est-à-dire la vie professionnelle et le bien-être. Souvent, on a tendance à séparer la première de la vie privée. C’est une erreur ! Si les femmes continuent à se dire «je dois équilibrer ma vie personnelle et ma vie professionnelle», elles s’imposent une pression supplémentaire. Et, généralement, c’est toujours la vie personnelle qui en pâtit…

C’est pourquoi je pense que l’on peut donner au bien-être une place aussi importante que le travail. L’un ne se fait pas aux dépens de l’autre. On peut aménager son bureau avec des plantes vertes ou préférer la marche au métro, pour se rendre au travail. Nous disons donc à nos lectrices : «Votre santé physique et mentale doit être votre dossier prioritaire !».

Dans ce hors-série, on apprend qu’accepter l’imperfection, c’est aussi un moyen d’affirmer son leadership. Qu’est-ce que vous entendez par là ?

Aujourd’hui, la nouvelle génération de femmes dirigeantes refuse cette exigence de perfection que l’on a longtemps fait peser sur elles. Elles estiment que la femme «parfaite» à tout point de vue n’existe pas. En effet, si tout est parfait dans sa vie, quand aurait-elle le temps de travailler ?

Elles disent, au contraire, que si elles sont arrivées là où elles sont, c’est qu’elles ont accepté ces imperfections. Et ça, c’est nouveau. De plus, elles estiment qu’elles ont un rôle à jouer en expliquant aux autres femmes que ce n’est pas grave si tout n’est pas parfait, leurs parcours faisant office de modèles.

Bref, il y a un moment où les femmes doivent accepter que tout ne soit pas parfait. Ce n’est pas grave si les enfants arrivent un peu décoiffés à l’école, si le repas du soir n’est pas parfaitement équilibré… Ne parlons pas des réseaux sociaux : on sait très bien qu’Instagram montre la façade parfaite de la vie, mais pas la vraie vie !

Le bien-être au travail, ce n’est donc pas qu’une question de petits conseils pratiques…

On n’est pas trop pour, parce qu’en fait, ça ne marche pas. On est plutôt pour agir sur le modèle lui-même, c’est-à-dire : revendiquer d’être imparfaites. C’est une bonne façon de redescendre et de prendre soin de soi, de se demander comment on se sent, de mieux distinguer ce qui est important de ce qui ne l’est pas.

Et c’est aussi une façon de redescendre dans son corps, en y mettant un peu plus de nature et de ressenti, et d’intégrer, dans sa journée, davantage de choses pour se sentir mieux, comme s’offrir un petit plaisir par jour… On peut y arriver en rédécouvrant les bienfaits de la marche, apprendre à mieux travailler assis ou protéger ses yeux, sollicités toute la journée quand on travaille derrière un écran. Des petites choses qui permettent d’avoir un lien plus organique à la vie, au lieu de n’être que dans le mental.

Finalement, soigner son «capital bien-être», préparer son corps au stress de la vie professionnelle, faire en sorte d’être toujours performante, n’est-ce pas une nouvelle façon d’envisager la course à la productivité dans l’entreprise ?

En fait, c’est l’inverse ! Ce qu’on défend dans ce numéro, c’est la possibilité de trouver un nouveau modèle de croissance, de sortir du règne de la productivité. On s’est rendu compte, pendant la pandémie, que les métiers les plus essentiels, c’étaient la médecine, l’éducation, le soin apporté aux autres, l’attention portée au troisième âge, ainsi que la préservation de la planète et de l’environnement.

Propos recueillis par Georges Margossian.

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