L’initiative de Sephora, qui a décidé d’ouvrir un espace de parapharmacie dans l’un de ses magasins parisiens, a fait vivement réagir Pharmazon, centrale d’achats et spécialiste du digital pour les pharmacies, qui pointe une «dangereuse dérive».
Une fois n’est pas coutume, l’enseigne de parfumeries avait choisi d’ouvrir son corner de parapharmacie en toute discrétion dans une de ses boutiques parisiennes, boulevard Saint-Germain, après avoir recruté deux pharmaciens. Seulement voilà, le magazine LSA a dévoilé l’information, aussitôt reprise par le site Web de Capital et Profession bien-être.
Qu’une grande chaîne de parfumeries mette un pied sur ce marché, longtemps convoité par ses concurrents, n’était pas de nature à nous étonner. Le distributeur avait fait ses premiers pas à Barcelone, sept ans plus tôt. Depuis Nadia Payot ou le coup marketing génial d’Estée Lauder avec le lancement de Clinique, le monde aseptisé du médical a très vite tenté celui, plus glamour, des cosmétiques…
Mais les temps ont changé. Et l’apparition des «dermo-cosmétiques» ou de la «cosméceutique», dont on attend toujours la définition légale, a contribué, à grands coup de campagnes publicitaires dans la presse féminine, à rendre les frontières entre les deux univers de plus en plus floues. D’autant que certaines marques prestigieuses maîtrisent tellement bien leur mix-marketing, qu’elles vendent chez Sephora France des produits qui sont exclusivement commercialisés outre-Atlantique en parapharmacie…
Mais c’était sans compter sur Pharmazon, qui revendique plus de 250 fournisseurs de médicaments non remboursables, produits d’hygiène et de beauté, compléments alimentaires et dispositifs médicaux. Sa fondatrice, Audrey Lecoq, après avoir créé une centrale d’achats, en 2015, a lancé l’an dernier une plateforme Web, qui aide les pharmacies se développer sur Internet. Son initiative a été récompensée, en février dernier, par le Prix espoir or, décerné par la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), selon nos confrères des Echos.
« Confusion des mots »
Dans un communiqué intitulé «Sephora sème la confusion et dénature la profession de pharmacien», Pharmazon ne mâche pas ses mots contre l’enseigne du groupe LVMH. «Associer le mot ‘parfumerie’ à celui de ‘parapharmacie’ est un dangereux raccourci, sinon une tromperie», y affirme Jean Meyer, un pharmacien adhérent.
Car, selon lui, «la désignation d’un produit de parapharmacie ne peut se concevoir que dans le cadre d’une pharmacie». Et donc, en toute logique, poursuit-il, «dans les autres espaces, ce sont des produits cosmétiques ou des accessoires de toilette». Et Pharmazon, dont la plateforme d’e-commerce a été lancée il y a tout juste un an, d’enfoncer le clou : «Voulons-nous demain que la confusion des mots amène à une prise en charge de notre santé par les parfumeries, les grandes surfaces ?».
Un coup de gueule qui a le mérite d’ouvrir le débat. Pas sûr, en retour, que les pharmaciens abandonnent la vente de cosmétiques et de parfums, surtout avant Noël, pour se recentrer sur la santé…



