Tempête à Aroma-Zone… Plusieurs anciennes intérimaires de l’enseigne rachetée en 2021 par le fonds d’investissement Eurazeo décrivent auprès de franceinfo un fonctionnement marqué par l’enchaînement de contrats courts, un turnover permanent et des fins de mission parfois brutales dans plusieurs boutiques de l’enseigne de cosmétique.
Selon les témoignages recueillis par le média public, Aroma-Zone recourt largement à l’intérim dans ses magasins. Certaines ex-collaboratrices disent avoir découvert leur statut d’intérimaire «quand on arrive», tandis que d’autres évoquent des contrats renouvelés «à la semaine».
«C’était un peu Koh-Lanta. On arrivait un jour, et quelqu’un était encore parti. Tous les deux jours, il y avait des nouvelles têtes», se souvient Kéhina, passée par la boutique Paris Haussmann. De son côté, le magazine Challenges, qui a également enquêté sur la chaîne de magasins, évoque une «main-d’œuvre interchangeable» et une «ambiance Squid Game». Malaise.
Tensions autour des contrats courts
Plusieurs anciennes intérimaires expliquent que la perspective d’un CDI était régulièrement avancée par l’enseigne. «On nous promettait toujours que ce serait le mois prochain», raconte Pauline à franceinfo. Des ex-collaboratrices disent avoir vu des équipes entières remplacées au fil des semaines.
Kéhina, quant à elle, décrit une scène où elle a dû porter «un chapeau de la honte» après des ventes jugées insuffisantes. Les remarques sur l’apparence physique ne sont pas rares non plus. L’une des personnes citées affirme qu’une manager disait : «mettez des décolletés, mettez-vous en valeur, il faut vendre». Une autre parle d’une responsable qui «demandait aux vendeuses de l’appeler ‘Maman’».
Le conseil aux clients ? Problématique, aussi. Plusieurs anciennes salariées jugent la formation insuffisante. Kéhina, de son coté, assure que certains vendeurs «disaient n’importe quoi aux clients» sur les produits de soin. «Des mauvais conseils, ça peut détruire un visage», alerte-t-elle.
Une expansion rapide des boutiques
Sollicitée par franceinfo, Aroma-Zone admet avoir recours à l’intérim «ponctuellement», notamment pendant les soldes, les fêtes ou les ouvertures de magasins, et parle d’«une pratique courante» dans le secteur. L’enseigne souligne aussi que «sur les 500 emplois créés» en magasin «depuis quatre ans, 60% ont été pourvus par des intérimaires».
Pour autant, l’entreprise, dirigée aujourd’hui par la DG, Sabrina Herlory-Rouget, passée par le groupe L’Occitane et Estée Lauder, déclare qu’elle prend ces témoignages «très au sérieux» et rappelle l’existence d’un comité d’éthique créé en 2024. L’inquiétude est compréhensible. Si ces critiques se multipliaient, elles pourraient peser sur le modèle de croissance.
Voilà plusieurs années que Aroma-Zone connaît une croissance fulgurante. Après une hausse de chiffre d’affaires de +56% en 2024, l’enseigne revendiquait encore +70% sur les cinq premiers mois de 2025, selon les déclarations de sa très ambitieuse dirigeante au Journal des Entreprises.
En trois ans, la marque est passée de quatre à une trentaine de boutiques et a fortement accéléré dans les produits finis, notamment en dermocosmétique, dans les capillaires et en compléments nutritionnels, tout en poursuivant son expansion à l’international avec l’ouverture d’une première boutique à Londres fin 2025.



