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Sebastien Viscogliosi : « Le retour de la boucle va modifier la rentabilité du salon de coiffure »

2023 SERA L'ANNÉE DE LA BOUCLE

Pour Sebastien Viscogliosi, créateur du laboratoire Divisco, pas de doute, 2023 sera l’année de la… boucle et cette tendance va impacter le chiffre d’affaires des salons de coiffure ! 

Sébastien ViscogliosiProfession bien-être : À quoi attribuez-vous le retour de la boucle ?

Sébastien Viscogliosi : Nous sommes en plein revival des années 1980. On le constate avec le retour du mulet et des coupes de lionne. C’est un retour un peu logique après des années de lissage brésilien, mais c’est surtout le triomphe de tous les cheveux texturés. Brassage ethnique et nouvelles populations ont remis au goût du jour les crinières ondulées, une vraie libération pour toutes celles qui ont passé des années à lisser leurs cheveux pour arborer des coiffures plus conventionnelles.

N’oublions pas que 60% de la population a les cheveux bouclés ou frisés. Ce n’est plus Black is beautiful, mais Curl is beautiful ! L’émergence de la boucle est donc une renaissance, avec aussi des effets inattendus. Elle attire une toute nouvelle clientèle, une clientèle homme très jeune, qui, à l’instar des footballeurs, veulent suivre cette nouvelle mode. Et ils n’hésiteront pas à faire appel à leur coiffeur pour afficher leur nouveau look.

Cette tendance peut-elle avoir un impact sur le chiffre d’affaires d’un salon ?

Absolument ! Même si les coiffeurs n’en ont pas encore pris conscience, parce que cela fait 4 à 5 ans qu’ils vivent de balayages, de colorations et de lissages, les prestations les plus demandées. Les clientes qui ont les moyens de s’offrir ces prestations sont aussi les plus susceptibles de suivre la mode.

C’est là que le bât blesse. Car appliquer une permanente sur des cheveux décolorés peut se révéler catastrophique ! C’est une des raisons pour lesquelles beaucoup de coiffeurs ont abandonné la prestation.

Pourquoi ? Cela reste pourtant une prestation rentable ?

Les coiffeurs n’aiment pas la permanente pour plusieurs raisons. Les uns parce qu’ils détestent passer du temps lors de l’enroulage, d’autres, par crainte d’abîmer le cheveu, parce que cela représente un risque important, qu’il s’agisse de permanentes alcalines ou acides. Enfin, des coiffeurs ont peur d’être déçus par le résultat : la boucle obtenue est souvent terne et sans ressort. La réaction de la cliente sera alors sans appel.

Ce qui est sûr, c’est que, globalement, ce service est aujourd’hui sous-exploité. Une poignée d’élus a pourtant déjà pris le train en marche : ils sont devenus des experts et remplissent allègrement leur carnet de rendez-vous, avec des prestations rentables. Les autres vont vite se retrouver face à ce que j’appelle un «problème de riche» : ils vont avoir beaucoup de demandes, mais sans pouvoir la satisfaire, à défaut d’avoir les produits et la technicité requise.

Vous misez sur la pérennité de cette tendance « bouclée » ?

Oui. Une tendance  coiffure s’installe généralement pour 4 à 5 ans. Mais ne nous leurrons pas : nous sommes à un tournant de la profession. On le voit bien dans l’attitude des clientes face à la coloration. Elles sont de plus en plus soucieuses de protéger leurs cheveux et leur cuir chevelu. Et privilégient donc la couleur au détriment de la permanente.

Quant à la coloration végétale, elle ne satisfait pas encore ni la cliente, dont la nuance est plus aléatoire, dans la mesure où le cheveu continue à s’oxyder dans les 24h suivant le soin, ni le salon, qui passe plus de temps à chaque prestation. Et coloration végétale ou pas, elle est tout aussi sensible à la permanente.

La permanente est-elle si nocive ?

Rappelez-vous comment fonctionne la permanente. Qu’il s’agisse de permanente alcaline ou acide, l’ensemble des produits est 100% chimique et fonctionne en obligeant le cheveu à changer de forme. Comme la sensibilité des cheveux est différente, il faut  jongler entre force du produit et temps de pose, ce qui oblige le coiffeur à travailler avec un chrono.

Il fallait donc trouver une autre voie. Nous avons tourné autour du problème depuis six ans. La solution est d’utiliser un polymère qui va enrober le cheveu et c’est lui que l’on va courber – et non pas le cheveu. Ce dernier est préservé de toute sensibilisation. Pour le coiffeur, cela ne change rien : il monte sa permanente de la même façon. Mais pour le cheveu, cela change du tout au tout : il reste intact, plus brillant et la boucle est plus naturelle, plus rebondie. Ce sera la première innovation dans le domaine de la permanente depuis 45 ans!

Comment allez-vous convaincre les coiffeurs de revenir à la boucle ?

En les impliquant dans le processus. Nous lançons jusqu’au 5 mars un concours pour que les coiffeurs  puissent réviser leurs connaissances, et participer à la conception de ce produit qui va leur permettre de réaliser des permanentes sans danger, à la fois sur des cheveux décolorés ou sur du cheveu asiatique, difficile à boucler par définition. Nous allons communiquer auprès d’eux pour leur apporter des outils pour surmonter leurs réticences envers la permanente, et la remettre au goût du jour en mode sécurité.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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